Chapitre 85

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Alexis

En ce midi ensoleillé, alors que l'été s'attarde et donne l'impression de ne pas vouloir finir, je m'installe à une table de la terrasse de "La Montagne". J'ai attrapé le journal sur le comptoir, en arrivant et en saluant Mariette. En première page du Dauphiné Libéré s'étale un grand titre : "Relance des usines Noury : un projet de relocalisation industrielle en Ardèche".

Hier, depuis Paris, depuis le siège social de l'entreprise, Layla a annoncé son projet à la presse, à l'issue du comité central d'entreprise. La nouvelle a fait l'effet d'une bombe ici et depuis ce matin, je n'ai pas eu un seul patient qui ne m'en ait pas parlé. Layla est attendue dans les prochains jours à Ucel et à Labégude, pour rencontrer élus et acteurs de toutes sortes sur le terrain et préciser déjà les premières étapes de cette relance.

Je lis l'article avec attention, n'y apprenant rien de nouveau, ce qui n'est pas surprenant : je suis au courant du projet de Layla depuis le début ou presque et j'ai connaissance de chaque étape, de toutes les réflexions qu'elle a menées, du travail de Maïwenn également. En plus de l'article sur le projet, il y a aussi une interview de Layla et une petite rétrospective de l'histoire des usines, avec quelques photos. Ils ont fait du bon boulot, au Dauphiné Libéré. Je n'ai pas la télévision, mais plusieurs patients m'ont dit que "ils l'ont dit à la télé, et même au journal national !". Je n'en suis pas étonné : après tout, les cosmétiques Noury sont une grosse entreprise et une relocalisation, ça ne passe pas inaperçu par les temps qui courent.

- Alors, Alexis, tu prends quoi ? Menu du jour ou à la carte ?

- Menu du jour, ça me va très bien, avec crudités en entrée et un pichet d'eau. Merci, Mariette.

- Je t'apporte cela de suite.

- Merci.

Je reprends ma lecture, à peine interrompue une nouvelle fois par l'arrivée de l'assiette de crudités. Je termine les deux en même temps. Mariette va et vient entre les tables, il y a encore un peu de touristes, la place n'est pas déserte. Quelques personnes la traversent, je vois François sortir de la mairie. Nous nous saluons d'un signe de la main, mais il ne s'arrête pas pour discuter : son temps est précieux et il sait que le mien l'est tout autant. Mais il repasse quelques minutes plus tard, avec un pain sous le bras.

- Bonjour, Docteur, tu vas bien ? me dit-il en tendant la main par-dessus la petite barrière qui limite la terrasse du restaurant.

- Bonjour, François. Oui bien, et toi ?

- Bien, merci. Avec ce genre de nouvelles, ajoute-t-il en désignant le journal étalé sur la table, on ne peut que se réjouir. Layla a bien gardé le secret... Et toi aussi !

Je souris :

- C'était ma mission. Elle ne voulait rien laisser filtrer avant d'être certaine que ce soit possible. Et puis, elle se devait aussi d'informer d'abord ses collaborateurs.

- Cela se comprend. J'ai reçu plusieurs appels à ce sujet ce matin.

- Ah bon ? fais-je, étonné.

- Oui. Mes collègues de Vals, de Labégude, d'Ucel, bien sûr. Quelques habitants aussi sont passés à la mairie pour demander si on en savait plus. Et puis j'ai même été contacté par une équipe de journalistes qui veut faire un portrait de Layla en me disant "puisqu'elle est née ici". J'ai répondu qu'elle était née à Aubenas, mais native d'Aizac et non d'Antraigues. Il faudrait qu'ils revoient leur géographie, conclut-il en riant légèrement.

Je ris avec lui. Pour qui ne connaît pas, on peut aisément assimiler des communes entre elles, surtout par ici, les regroupements n'étant pas rares et les lieux-dits nombreux.

- Bon, allez, je te laisse, Alexis. Bon appétit et bonne journée. Tu félicites Layla de ma part et si elle a besoin de quoi que ce soit, dis-lui qu'elle peut compter sur moi pour le coup de main.

- Merci, François. Promis, je lui passe les messages. Bonne journée aussi !

Et il s'éloigne alors que je termine mon repas. Mariette vient ensuite m'apporter un café. J'ai replié le journal et je savoure le liquide fumant en laissant mon regard se perdre sur les flancs du volcan. Si la fermeture des usines Noury avait, en son temps, fait beaucoup de bruit, il est certain que leur relance en fera au moins tout autant.

Layla

- Bonjour, Mademoiselle Noury.

- Bonjour, Monsieur Renac. Enchantée de vous rencontrer.

- Moi de même. Je vous remercie de m'avoir prévenu très vite...

- C'était bien normal. Je ne voulais pas que vous et Monsieur Lemercier appreniez la nouvelle par la presse.

En ce jeudi matin, je vais à la rencontre des élus d'Ucel et de Labégude, pour leur présenter le projet de relocalisation de façon un peu plus précise que ce que j'ai pu faire par téléphone, la semaine passée, à l'issue du comité d'entreprise. Nous avons très vite convenu d'un rendez-vous, à la mairie d'Ucel, en cette fin de semaine. Nous prenons place, Laurent, Maïwenn, Alban Buissonneau - le technicien qui suivra particulièrement le chantier - et moi autour d'une table, avec le maire et plusieurs élus qu'il nous présente. Un petit café nous attend. Les élus de Labégude arrivent très vite et après les salutations d'usage, nous pouvons commencer.

- Mesdames, Messieurs les élus, sachez d'abord que je suis très heureuse de vous rencontrer ce matin pour parler avec vous du projet sur lequel nous travaillons depuis plus d'un an. Mais laissez-moi d'abord vous présenter mes collaborateurs, Laurent Turchaud, mon adjoint, Maïwenn Le Gall, chargée de l'étude de faisabilité, et Alban Buissonneau qui va suivre toute la phase de chantier et de remise en route des usines. D'ici quelques mois seront également nommés des responsables pour chacune des deux usines, leur recrutement va être lancé très prochainement, afin qu'ils ou elles puissent en suivre le chantier et être ainsi au courant de cette étape.

Je marque une petite pause, puis je reprends :

- Je tenais donc à vous rencontrer très vite après l'annonce à la presse et la décision du comité d'entreprise pour vous présenter le projet plus en détails, et vous remettre aussi un dossier. Nous aurons à travailler ensemble pour certaines questions d'ordre administratif, autorisations de chantier, assainissement, autorisation de circulation des camions, etc... Mais je vais laisser la parole à Mademoiselle Le Gall.

Maïwenn dresse une rapide, mais précise, présentation de son travail, des différentes étapes et surtout des conclusions qui ont mené à notre prise de décision. Les premières questions des élus fusent, nous répondons aussi précisément que possible. Beaucoup portent très vite sur le recrutement, le nombre d'emplois. J'insiste aussi sur l'aspect environnemental du projet et explique nos choix. La production sera différente de celle des années précédentes : les produits seront en majorité toujours élaborés à Libourne, mais la gamme de luxe va revenir à Ucel. Je note un éclat de fierté sur le visage du maire.

La matinée passe ainsi, entre présentation des différentes phases du chantier, premiers éléments dont nous allons vite avoir besoin et questions diverses. A l'issue de la réunion, nous leur laissons dossiers à étudier et à présenter à leurs conseils municipaux, coordonnées. Et je sais déjà qu'au moins Maïwenn, Alban et moi aurons à être présents pour les prochains conseils municipaux des deux communes, quand le projet sera présenté à l'ensemble des élus de manière officielle.

En quittant la réunion, nous nous rendons avec Messieurs Renac et Lemercier, les deux maires, et leurs premiers adjoints au restaurant. Il est encore question du projet, bien entendu. Puis nous passons l'après-midi avec eux, à visiter les deux usines, à présenter les choses de façon plus concrète.

**

- Hum...

- Ca va ?

- Alexis ?

- Oui ?

- Es-tu certain de ne pas avoir suivi aussi un cursus de kinésithérapie durant tes études ?

Son rire léger éclate à mes oreilles. Les yeux fermés, je souris et savoure. Après cette bonne journée, Alexis m'a envoyée sous la douche car je bâillais à qui mieux mieux à peine étais-je rentrée à la maison. Et j'en étais à peine sortie qu'il m'a invitée à m'allonger sur le lit pour me faire un massage.

Je ne sais pas depuis combien de temps ses mains passent et repassent dans mon dos, détendent chacun de mes muscles, de la nuque jusqu'aux reins. Mais c'est bon.

Puis je pouffe. D'un ton intrigué, il me demande :

- Qu'est-ce qui te fait rire à ton tour ?

- J'étais en train de me dire que tes patientes devaient adorer quand tu les examines.

- Layla... soupire-t-il. C'est totalement différent. Une relation médecin / patient demande de la distance. Sur tous les plans, et à commencer par ses propres émotions. On peut, on doit même avoir de l'empathie, tout en gardant de la mesure.

- Ce qui signifie que tu ne pourrais pas t'occuper de personnes qui te sont proches ?

- Tout dépend du diagnostic à poser. Pour des affections bénignes, rhumes, toux, bronchites... cela irait encore. Mais si le cas est plus complexe, je préférerais que ce soit un collègue qui s'en occupe.

Les mains d'Alexis continuent à masser mes épaules. Je soupire.

- Je continue ? demande-t-il en se penchant vers moi.

- Hum... fis-je, lascive.

Et je me retourne lentement, ouvre les yeux et plonge dans ses paillettes dorées.

- Je veux bien que tu continues... Mais de ce côté-là, réponds-je d'un ton mutin.

Sa réponse ne se fait pas attendre : ses lèvres s'emparent des miennes, ses mains glissent sur ma taille, remontent jusqu'à ma poitrine et s'arrêtent sur mes deux seins, les câlinent, font durcir mes tétons. Le bien-être et la détente qu'il m'a insufflés se transforment en désir profond et mes propres mains partent à l'assaut de sa peau, sous son t-shirt.

Ce dernier vole à travers la pièce, bien vite suivi par son caleçon. Nos corps s'épousent et fusionnent délicieusement. Oui, c'est un délice et je le savoure au plus haut point.

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