1 - L'annonce
Le téléphone vibrait encore dans ma main quand j’ai entendu la voix de ma mère.
Brève. Tremblante. Puis ces mots. Ceux qu’on n’oublie jamais.
Au début, j’ai cru mal comprendre.
Mon cerveau s’est vidé d’un coup, comme si la réalité devait attendre encore un peu.
Le silence s’est glissé entre nous, lourd, épais. Et déjà, je savais.
Le téléphone me brûlait la main. Mon cœur cognait contre mes côtes, affolé. Je voulais parler, demander, comprendre, mais les mots refusaient de venir. Peut-être parce qu’au fond, il n’y avait rien à comprendre.
Céline. Ma sœur.
Celle que j’ai tant aimée. Tant redoutée aussi.
Celle qui riait trop fort pour cacher les tempêtes.
Celle qui s’attachait aux gens comme on s’accroche à une bouée.
Celle que j’ai voulu sauver, avant de m’en éloigner pour ne pas me noyer avec elle.
Et maintenant, elle n’était plus là.
Tout s’est figé autour de moi.
La lumière filtrait à travers les volets, indifférente. Dehors, la vie continuait — un chien aboyait, une tasse s’entrechoquait, un oiseau chantait. Tout était pareil. Et pourtant, plus rien ne l’était.
Je me suis assise, le souffle court.
Des images se sont bousculées : nos genoux écorchés d’enfants, ses bras autour de moi, son rire nerveux, ses yeux quand elle allait mal. Des morceaux de vie, sans ordre, sans logique.
— Comment ? ai-je murmuré.
Ma mère n’a rien répondu. Son silence suffisait. Il disait tout.
J’ai reposé le téléphone, avec précaution, comme si un faux geste pouvait tout effacer.
Et j’ai fixé le plafond, les larmes au bord des cils.
Comment on fait, déjà, pour continuer quand on savait que ça pouvait arriver, mais qu’on n’a jamais voulu y croire ?
Comment on vit avec ce mélange absurde de douleur et de soulagement, de manque et de fatigue, d’amour et de colère ?
Dehors, le monde poursuivait sa route.
Moi, je venais d’en tomber.

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