2
Les heures qui ont suivi ont été un enfer silencieux.
Chaque minute semblait durer une éternité. L’air lui-même était trop lourd pour que je puisse le respirer. Les murs familiers autour de moi me renvoyaient mon isolement, comme un miroir cruel.
Lucas m’avait appelée quelques instants après l’annonce. Sa voix tremblante, à peine audible, me brisait un peu plus :
— Elle… elle a pris un tube de somnifères…
Mon cœur s’est arrêté. J’ai voulu hurler, pleurer, m’effondrer. Mais rien ne sortait. J’ai juste écouté, figée, comme si bouger pouvait la ramener.
— C’est… c’est Paul qui l’a trouvée… a ajouté Lucas, la voix étranglée.
Paul… mon ancien amour… L’image de son visage figé m’a traversée comme un froid glacial. Une ironie cruelle : mon premier amour, témoin du dernier souffle de ma sœur.
Après cet appel, le silence a repris, écrasant. Lucas ne pouvait pas venir, il habitait loin. Pourquoi étais-je partie vivre si loin?
Ses messages arrivaient par bribes, des mots trop courts pour combler le vide : « Je pense à toi », « Je suis là si tu veux parler », mais c’était dérisoire face à l’ampleur du néant.
Mes parents, eux, restaient silencieux. Aucune réponse à mes appels...
Le soir est venu. La nuit a déposé sur mes épaules un poids supplémentaire. J’ai regardé le plafond, compté les fissures dans la peinture, écouté mon cœur battre, seul compagnon de mon isolement.
Par réflexe, j’ai attrapé le cadre posé sur la table basse.
Une photo. Céline, Lucas et moi, enlacés sur une plage, les cheveux en bataille, le visage brûlé par le soleil.
On riait, sans raison, juste parce qu’on était ensemble.
Je me souviens du goût du sel sur mes lèvres, du vent dans nos cheveux, de nos éclats de rire qui se mêlaient au bruit des vagues.
C’était avant les blessures, avant les rancunes.
Avant que la vie nous sépare.
Je caresse la vitre du bout des doigts, comme si je pouvais la toucher à travers le temps.
Son sourire me transperce.
Elle avait ce regard plein de lumière, ce rire nerveux et éraillé que j’aimais tant.
Parfois, d’autres images surgissent : ses colères, sa possessivité, ses bras autour de moi quand j’étais triste.
Et puis, le vide.
Tout cela n’existe plus que dans ma mémoire, fragile et douloureuse. Pas un appel, pas un message. Rien. Juste ce poids écrasant du vide, qui me donnait l’impression d’être abandonnée au monde, seule face à ma douleur.
Je suis restée toute la journée dans mon appartement. Chaque objet semblait me juger, chaque lumière me rappeler qu’elle n’était plus là. Le frigo ouvert me renvoyait l’image d’une normalité absurde, que je ne pouvais plus rejoindre. Le tic-tac de l’horloge me martelait le crâne. Le vent dans les arbres dehors faisait bouger les ombres sur le mur, comme pour me narguer.
Je ne mangeais pas, je ne dormais pas. Je n’avais plus faim, plus soif, plus envie de rien. Juste ce vide immense. Mon corps était là, mon esprit absent. Chaque respiration était un effort.
Les heures s’étiraient, interminables. Je passais d’une pièce à l’autre, effleurant les meubles, cherchant une présence, un souffle, n’importe quoi qui me rassure. Rien. Juste le silence.
Le soir est venu. La nuit a déposé sur mes épaules un poids supplémentaire. J’ai regardé le plafond, compté les fissures dans la peinture, écouté mon cœur battre, seul compagnon de mon isolement.
Par réflexe, j’ai attrapé le cadre posé sur la table basse.
Une photo. Céline, Lucas et moi, enlacés sur une plage, les cheveux en bataille, le visage brûlé par le soleil. On riait, sans raison, juste parce qu’on était ensemble.
Je me souviens du goût du sel sur mes lèvres, du vent dans nos cheveux, de nos éclats de rire qui se mêlaient au bruit des vagues.
C’était avant les blessures, avant les rancunes.
Avant que la vie nous sépare.
Je caresse la vitre du bout des doigts, comme si je pouvais la toucher à travers le temps. Son sourire me transperce. Elle avait ce regard plein de lumière, ce rire nerveux et éraillé que j’aimais tant.
Parfois, d’autres images surgissent : ses colères, sa possessivité, ses bras autour de moi quand j’étais triste. Et puis, le vide. Tout cela n’existe plus que dans ma mémoire, fragile et douloureuse.
Lucas envoyait quelques messages : « Tu tiens le coup ? », « Je suis là si besoin ». Trop peu, trop tard. Ils n’effaçaient rien. Je ne savais pas comment continuer à vivre, respirer, avancer.
Le monde dehors continuait son cours. Les lumières des voisins brillaient, un chien aboyait au loin, les voitures passaient. Tout allait bien pour les autres. Pour moi, il n’y avait plus rien.
24 heures. Vingt-quatre heures à entendre battre mon cœur dans une maison vide, à pleurer en silence, à tourner en rond, à chercher une présence qui ne viendrait pas.
Et moi ? J’étais seule. Complètement seule.
Comment allais-je survivre à cette absence, à cette douleur?

Annotations