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Le téléphone n’avait cessé de vibrer depuis l’annonce, mais je n’avais répondu à rien. Chaque message de Lucas me rappelait que je devais partir. Que je devais la voir. Céline.

Avant de prendre la route pour Trévoux, je passai au restaurant de Gabriel, en bas de mon immeuble. La lumière y était douce, les arômes de café et de pain chaud flottaient dans l’air. Gabriel, comme toujours, me sourit avec son charme tranquille. Nous échangions quelques mots, légers, presque banals. Il ne savait rien. Je n’avais pas la force de lui dire. Je commandai un café et restai là quelques minutes, laissant le monde tourner autour de moi. La chaleur de la tasse entre mes mains me rappelait que j’étais encore vivante, même si mon cœur semblait suspendu.

Je payai mon café, saluai Gabriel d’un sourire absent, et montai dans ma voiture. La route vers Trévoux s’étira devant moi, paisible et silencieuse, alors que mon esprit, lui, tournait en boucle autour de son nom : Céline.

L’hôpital me sembla irréel. Le couloir était blanc et silencieux, chaque pas résonnait trop fort dans l’air immobile. Quand je poussai la porte de la chambre mortuaire, elle était là. Céline. Immobile. Le drap blanc posé sur elle comme un voile de paix, mais trop froid, trop définitif.

Je m’assis près d’elle, posai mes mains sur le drap glacé. Le monde autour de moi s’était effacé. J’ouvris la bouche, et des souvenirs, des rires, des bêtises d’enfance, tout ce que nous avions partagé, me sortirent sans que je puisse les retenir.

— Céline… murmurais-je, la gorge nouée, la voix étranglée par les larmes.

Je me rappelais ses colères, ses jalousies, toutes les fois où elle m’avait repoussée, et je sentais la colère se mêler au chagrin. Paul… son choix avec Paul me brûlait encore, souvenir d’une trahison silencieuse.

Je restai là longtemps, parlant, lisant à voix basse quelques phrases, caressant le drap, laissant chaque geste être un rituel, un moment pour tenir, pour ne pas sombrer complètement.

Quand je dus me lever, je posai ma main sur son bras, en souvenir, en promesse silencieuse. Je sortis dans le couloir, laissant derrière moi son corps figé, mais emportant avec moi chaque mot, chaque souvenir.

La route vers la maison familiale m’attendait. Trévoux. La vieille maison en pierre dorée, les volets bleu-gris, les murs qui avaient vu notre enfance. J’allais retrouver mes parents, le silence lourd et figé, et affronter ce qui restait de notre famille… et ce qu’il restait de Céline dans mes souvenirs.

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