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La semaine qui suivit, Louison sentit un besoin irrépressible de retourner dans la maison familiale.
Elle passa la matinée dans sa chambre d’enfant, manipulant ses affaires avec une douceur presque précautionneuse. L’air était un mélange étrange : le parfum familier de la vieille maison, celui du bois ancien et des rideaux un peu fanés, et l’odeur plus lourde du chagrin qui lui nouait la poitrine. Chaque objet, chaque photo sur les murs lui rappelait Céline. Elle touchait les cadres, effleurait les peluches oubliées, et à chaque geste, un pincement la traversait.

Dans le salon, Lucas était installé sur le canapé, un café chaud à la main. Ses cheveux toujours en bataille, son sourire facile, sa manière de s’immobiliser juste assez pour sentir, sans poser de questions.
— Alors… comment ça va ? murmura-t-il doucement, comme si ses mots pouvaient briser l’équilibre fragile de Louison.

Elle haussa à peine les épaules, incapable de parler. S’asseyant près de lui, elle laissa sa tête tomber sur son épaule. Lucas la serra légèrement, et le silence qui suivit était plus parlant que n’importe quelle parole.

À midi, leurs parents descendirent pour partager un repas simple mais réconfortant. La table était soigneusement dressée, avec des assiettes aux tons doux, et un bouquet de fleurs fanées mais encore parfumées trônait au centre. Le silence était présent, mais il n’écrasait pas : on sentait l’effort pour être ensemble, malgré tout.
— Tu veux que je te serve un peu de gratin ? tenta Hélène, en esquissant un sourire.
— Oui, merci, murmura Louison.

Jean observait ses enfants avec une tendresse contenue. Ses yeux brillaient d’inquiétude et d’amour à la fois, mais il ne disait rien, laissant les gestes parler pour lui.

Au fil du repas, des souvenirs de famille s’infiltraient doucement : des anecdotes de vacances, les blagues un peu nulles de Lucas, et les rires étouffés de Louison qu’elle croyait oubliés. Pour la première fois depuis longtemps, elle sentit un frisson de légèreté : cette maison, malgré tout, pouvait encore être un refuge.

En fin de journée, Louison et Lucas prirent la route vers Villefranche pour rejoindre Manon. Le trajet fut paisible, seulement ponctué de souvenirs d’enfance.
— Tu te souviens du chien de Mamie ? Celui qui nous courait après ? demanda Lucas en souriant.
— Oh oui… je croyais qu’il allait m’attraper à chaque fois, répondit Louison, un rire léger montant de sa gorge. Ses grandes pattes bondissaient toujours trop vite.
— Et toi, tu criais, je te suivais derrière, et on finissait souvent dans le buisson…
— Oui ! Et toi, tu riais tellement que le chien s’arrêtait, se demandant ce qui se passait.

Louison sourit, nostalgique. « On formait une sacrée équipe… toi, moi et ce chien fou », murmura Lucas. Elle hocha la tête, le cœur à la fois léger et serré.

Le paysage défilait, et Louison sentit le poids de la maison familiale s’alléger peu à peu. En arrivant chez Lucas et Manon, l’atmosphère vivante l’enveloppa dès qu’elle franchit le seuil : l’odeur du café, celle d’un gâteau chaud qui venait de sortir du four, le rire cristallin de Manon qui arrangeait les coussins du salon.
— Louison ! s’exclama Manon en la serrant dans ses bras. Mets-toi à l’aise. Et voilà pour toi, ajouta-t-elle en posant une tasse de thé fumante sur la table basse. J’ai fait des cookies aussi, impossible de résister.

Lucas lui tendit un plaid moelleux, qu’elle enroula autour de ses épaules. La chaleur se répandit doucement, et pour la première fois depuis des jours, elle sentit ses muscles se relâcher.

La soirée s’égrena dans la douceur : ils évoquèrent des souvenirs d’enfance, les manies de Lucas, les gestes précis et presque rituels de Manon lorsqu’elle préparait le café ou disposait les assiettes. Tout semblait simple, parfait dans son ordinaire.
Ils s’installèrent autour d’un plateau de petites choses à grignoter : fromages, fruits, biscuits maison. Les bougies diffusaient une lumière tamisée, les ombres dansaient doucement sur les murs, et le chien tournait autour d’eux, espérant quelques miettes. Le salon semblait les envelopper, un cocon de chaleur et de rires. La soirée se termina doucement, chaque son et chaque odeur restant suspendus dans l’air, comme pour prolonger ce moment d’évasion et de réconfort.

Louison se sentait détendue, presque légère, lorsque Lucas rompit le silence, la voix pleine de curiosité :
— Et Paul, des nouvelles ?

Le mot fit écho dans le salon, suspendant un instant le temps et ouvrant la porte à de nouvelles conversations…

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