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Il se passa plusieurs jours avant que Louison ne reprenne la lecture des carnets de Céline. Elle se concentra sur son roman, qu’elle essayait d’avancer. Mais il était difficile d’écrire une histoire d’amour quand son propre cœur était encore rempli de chagrin. Pourtant, les soirées passées et les liens qu’elle commençait à nouer avec Gabriel l’aidèrent à progresser dans son récit.
"Cela fait bientôt deux mois que je suis ici. Certains jours j’ai envie de guérir, d’avoir une vraie vie normale, de me lever sans avoir l’impression de traîner un poids invisible. D’autres jours, je me sens juste vide, comme si plus rien ne pouvait entrer ou sortir de moi.
Depuis quelques semaines, il y a des petits trucs qui changent. Au début, c’était presque rien. Un matin où je suis sortie de ma chambre sans attendre que quelqu’un m’y pousse. Une journée où j’ai réussi à écrire non pas une seule phrase triste, mais trois phrases où je racontais une petite chose qui m’avait fait sourire, même juste une seconde. Valérie dit que ce sont des progrès. Elle sourit légèrement, et parfois, elle dit : « C’est bien, Céline, on avance. » Et ça me donne envie de pas tout casser, juste parce qu’elle a dit ça. Quand Valérie me dit ça, j’ai l’impression que quelque chose, même minuscule, se met en mouvement dans ma tête.
Valérie m’a fait faire plusieurs exercices qui, au début, me paraissaient ridicules. Écrire une lettre, noter trois choses dont je suis reconnaissante, faire une liste de petites actions qui me font du bien, essayer une minute de respiration pour calmer mon cœur qui bat trop vite… Ce sont des trucs que les thérapeutes utilisent souvent avec les ados pour les aider à comprendre leurs émotions, apprendre à ne pas se laisser submerger, ou repérer les pensées qui tournent en boucle dans la tête. Certains de ces exercices viennent de ce qu’on appelle la thérapie cognitivo‑comportementale, où tu apprends à reconnaître tes pensées et à changer doucement ta façon de les voir ; ça inclut des trucs comme écrire ses sentiments ou essayer de faire parfois des choses qui te faisait peur mais à ton rythme ; tout ça est fait pour t’aider à avancer sans te brusquer.
La lettre que j’ai écrite à Louison est restée dans mon tiroir depuis des jours. Au début je pensais que ça m’aiderait à tout vomir par mots, tout ce que j’ai sur le cœur. Et en fait, juste écrire « Tu étais mon soleil avant que je ne me perde » m’a fait pleurer, mais pas de la même façon que d’habitude. C’était comme libérer un poids que je ne savais même pas que je portais. Et après, j’ai pu écrire un peu plus, sur d’autres choses, des trucs plus doux aussi, même si c’est plus dur de les dire à voix haute.
Valérie me regarde souvent écrire, puis me dit que ce qui compte, ce n’est pas que la lettre soit parfaite, mais que j’essaie de mettre des mots sur ce que je ressens. Elle m’a expliqué que l’écriture, même quand c’est dur, peut aider à comprendre ce qu’on traverse, et que ça peut faire moins peur quand on peut voir ses pensées sur une feuille.
Alors voilà… je progresse, doucement. Pas en grand saut, non. Juste en mini pas. En remarquant que certains jours, je respire un peu mieux. En arrivant à dire une phrase sans pleurer. En écrivant sans déchirer la feuille. Et quand Valérie me dit « On avance », je me dis que ça doit être vrai, même si je m’en rends pas toujours compte immédiatement. Elle m'a dit, hier, que si je continuais de progresser, je pourrais être récompensée en ayant la visite de ma famille. J'en ai très envie, mais j'ai aussi très peur, de les voir, de leur réaction. Est ce qu'ils m'en veulent? "

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