Chapitre 2 – Vacances italiennes Partie 1 : Sous le soleil
Il y a deux sortes d’Anglais en vacances en Italie : ceux qui s’extasient devant chaque cappuccino comme si on venait d’inventer le café, et ceux qui se plaignent du soleil trop chaud en regrettant immédiatement le crachin londonien. Jonathan, lui, réussissait l’exploit d’appartenir aux deux catégories en même temps.
En descendant du train à Savone, il fut frappé par la lumière. Une lumière qui ne vous caressait pas comme à Portsmouth, mais qui vous cognait directement sur le crâne. Le ciel était d’un bleu insolent, comme s’il se moquait de la grisaille anglaise.
— Regarde-moi ça, marmonna Jonathan. On dirait que Photoshop a abusé du contraste.
Anna leva les yeux au ciel, sourire en coin.
— Tu ne peux pas, pour une fois, juste dire que c’est beau ?
— C’est beau, admit-il, mais c’est quand même suspect. Personne n’a le droit d’avoir un ciel pareil.
Emily, ravie, sautillait déjà sur le quai, ses cheveux blonds reflétant la lumière. Daniel, lui, se plaignait que le soleil “lui rentrait dans les yeux”. À quatre ans, il n’avait pas encore appris que c’était le concept même du soleil.
n droite.
Ils rejoignirent leur hôtel, un bâtiment aux volets verts, légèrement défraîchi mais fier de ses trois étoiles. La réceptionniste, une jeune femme au sourire mécanique, leur tendit les clés avec un accent anglais approximatif. Jonathan eut envie de lui répondre dans un italien inexistant, mais se ravisa : l’humour britannique passe mal quand il est mal traduit.
Dans la chambre, tout semblait typique : un lit double à la couverture orange criarde, deux petits lits pour les enfants, une télé minuscule fixée au mur qui diffusait probablement en boucle des variétés des années 80, et un balcon avec vue sur la mer — enfin, si on acceptait de considérer que “vue sur la mer” signifiait “vue sur un parking avec, au loin, un coin d’eau bleue coincé entre deux palmiers rachitiques”.
Jonathan posa sa valise et s’effondra sur le lit.
— Voilà, dit-il en s’étalant, la dolce vita. On respire mieux déjà.
Anna, debout près de la fenêtre, ne répondit pas. Elle regardait la mer au loin, songeuse.
Jonathan l’observa. Il connaissait ce silence. Ce n’était pas un silence de fatigue, ni d’ennui. C’était autre chose. Un silence habité. Comme si elle pensait à quelque chose qu’il ne pouvait pas atteindre.
Il se força à briser l’instant.
— Bon, je vote pour qu’on aille tester immédiatement les glaces locales. Pour la science.
Emily approuva bruyamment. Daniel demanda s’il y aurait du chocolat. Anna sourit vaguement.

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