3. Le Traître

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Sizel déboula sur les remparts, la poitrine et les jambes en feu, et manqua se cogner à Pitlovis et le Comte qui descendaient.

  • Sizel qu’est-ce que tu fais ici ! Tu devrais être avec les autres dans le castellet ! Alderic a tué le courrier, il a parlé d’un bain de sang, quelque chose cloche !

La respiration saccadée, Sizel parvenait à peine à prononcer quelques mots :

  • Roanen… traître… pour le Duc.
  • Qu’est-ce que tu dis ?

Mais alors qu’elle tentait de reprendre son souffle pour faire une phrase complète, des bruits de combats retentirent, venant du côté sud. Le Comte gémit et s’éffondra dans les bras de son fils. D’une voix à peine audible, il dit ce que tous avait déjà compris :

  • Nous sommes attaqués de l’intérieur. Kastelrénan est perdu.
  • Les souterrains ! cria Sizel.
  • Roanen les connaît tous, ils auront posté des hommes à chaque sortie, murmura le Comte.
  • Non pas tous !

Pitlovis releva son père.

  • Il y en a un que je suis seul à connaître.

Son père le regardait, en proie à une grande confusion. Sizel n’était pas surprise, le jeune homme avait déjà démontré sa passion pour les passages secrets.

  • Il faut nous rendre à la crypte.
  • Nous devons prévenir les autres, intervint Sizel.

Au-dessus d’eux, sur les remparts, ils entendaient Gurvan hurler ses ordres aux archers. Les premières flèches sifflaient en direction du camp ennemi. Soudain, un mur du château reçut un énorme roc qui fit voler en éclat plusieurs pierres qui s’effondrèrent au sol.

  • Allons au castellet, mon père y sera plus en sécurité.
  • Mais Goulvenic et Klézée sont sur les remparts Sud !
  • Alors ils savent déjà ce qui se passe. S’ils sont en vie, ils sont sans doute en train d’essayer de s’y rendre pour te retrouver.

La logique de Pit était implacable, sa maîtrise des émotions forçait l’admiration de Sizel.

Elle se sentait soudain, sereine et déterminée. Elle passa un bras du Comte autour de ses épaules et tous trois se dirigèrent vers le bâtiment où se trouvaient Emée, Nonamé et la Comtesse.

Ils étaient à peine arrivés au pied du castellet, que la porte s’ouvrit à volée sur Emée. Les joues rouges, et le regard assassin, elle pointait sur eux une flèche menaçante, qu’elle décocha.

Pit hurla mais la pointe passa à quelques millimètres de son oreille, pour venir se ficher quelques mètres derrière eux, dans le cou d’un soldat.

Derrière eux, Roanen menait un petit groupe de gardes. Il enjamba le cadavre de celui que la flèche avait atteint et brandit son épée, déjà rouge de sang. Les lueurs orangées de l’aube rendaient la scène surnaturelle.

Pit leur cria de le suivre, Sizel se dégage de l'étreinte du Comte pour dégainer son épée et Emée décocha une nouvelle flèche qui atteignit un garde à la cuisse.

Le Second du capitaine en évita une autre, et abaissa son épée qui se fracassa sur celle de Sizel à hauteur de son visage. La vibration du choc lui vrilla les os.

Avec toute la force dont elle était capable, elle repoussa l’homme, qui faisait bien deux têtes de plus qu’elle, pour se laisser suffisamment d’espace pour riposter. D’un geste vif et précis, elle tenta une estocade qu’il para. Son épée rebondit sur celle de Roanen, mais elle enchaîna avec un coup plus bas, qui lui égratigna la cuisse. Voir le filet de sang jaillir à travers les chausses du traître lui redonna de l’énergie.

Lui, accueillit la douleur avec un rire sardonique.

Pendant ce temps, tout en reculant pour couvrir la fuite des quatre autres, Emée continuait de vider son carquois sur les gardes. Elle ne ratait quasiment jamais sa cible, et bientôt Roanen fut seule face à Sizel, dans l’étroite cour au pied du castellet.

Comprenant que Nonamé risquait de lui échapper, il esquiva une attaque d’une pirouette un peu ridicule. Avec une agilité qu’elle ne soupçonnait pas, il lança sa jambe et, emporté par son mouvement, il la faucha aux chevilles. Prise de cours, elle se vit s’écraser au sol, parvenant tout juste à tourner la tête pour protéger son nez. Mais une douleur fulgurante lui fit monter la bile dans la gorge. Sa pommette avait explosé sous le choc.

Sans un regard pour elle, Roanen fonça droit sur Emée. Elle décocha une première flèche qui se ficha dans son bras de bouclier. Il la brisa avec un cri sauvage et continua d’avancer.

Sizel se mit péniblement debout, tentant de reprendre ses esprits malgré la douleur lancinante dans son crâne et son visage. Elle essuya d’un revers de manche sur ses lèvres le sang poisseux qui coulait de la plaie ouverte sur sa joue. Elle se mit à courir, mais ses jambes encore flageolantes, répondaient mal.

Emée décocha un nouveau trait qui effleura la joue du traître et s’écrasa aux pieds de sa sœur. Les flèches ne lui servaient plus à rien, alors elle se saisit de son poignard. Mais que pouvait-elle contre l’épée monumentale de Roanen ?

Il allongea le bras, et sans effort, il plongea sa lame dans le flanc d’Emée, juste sous son plastron.

Sizel laissa échapper un hurlement au moment où sa sœur tombait à genou. Le géant s’apprêtait à lui trancher la gorge lorsque la lame de Goulvenic, surgit d'une ruelle sur leur droite, vint stopper son geste.

Emée s’effondra sur le sol poussiéreux.

Sizel et Goulvenic, muent tous deux par une rage inhumaine, se jetèrent sur Roanen et déchaînèrent leurs coups sur lui. Malgré sa taille, il ne put faire le poids et fut rapidement désarmé. Mais les deux autres continuèrent de le frapper, partout où ils pouvaient, même lorsqu’il n’opposa plus aucune résistance.

Klézée arrivée en même temps que Goulvenic, s'était agenouillée près d’Emée, mais ne put que constater qu’elle était déjà morte. Son don ne lui serait d’aucune utilité.

Le corps de Roanen était réduit à une masse de chair et de sang. Alors seulement, les coups s'arrêtèrent de pleuvoir. Sizel et Goulvenic, laissant retomber leurs bras d'épée en même temps que leur rage, s’approchèrent d’Emée.

Klézée ne parvenait pas à les regarder dans les yeux. Elle se releva et s'éloigna de quelques pas pour leur laisser de l'espace. Quand elle regarda le cadavre du Second, un frisson lui parcourut l’échine, au souvenir révoltant de leurs corps mêlés.

Goulvenic s’agenouilla pour prendre le corps sans vie de sa femme dans ses bras et pleura dans son cou. Sizel à genoux à ses côtés, laissait couler ses larmes en silence.

De l’autre côté de la cour, au pied du castellet, ils entendirent les pas précipités de soldats. Impossible de savoir s'ils étaient amis ou ennemis. Alors ils se relevèrent précipitamment, afin d'avoir une chance de disparaître avant qu’on ne les voient.

Goulvenic ne put se résoudre à abandonner Emée. Il souleva son cadavre, et avec une force surhumaine, le porta tout en courant vers l’étroite allée par laquelle s’étaient enfuis Nonamé et les autres, à l’opposé du castellet.

Un silence étrange avait envahi les lieux.

Le passage formait un coude qui s’insinuait entre les hauts murs des bâtiments. Ils étaient hors de vue. Ils ralentirent le pas.

Ils débouchèrent sur une petite placette. Sous les premiers rayons du soleil levant, Pitlovis les attendait sur le seuil d’un temple à la gloire de Loardyl. Ils s‘engouffrèrent vivement derrière la porte, qui fut refermée sans un bruit.

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