Le bûcher

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Les deux tours du temple Praeceptorien toisent la place.

Au milieu de l’esplanade, les flammes dévorent ce qui reste des chairs du Praedicator. Les statues de ses prédécesseurs qui enjolivent la façade du bâtiment saint rendent hommage par leur silence à leur descendant qui les rejoint.

La main tenant le marteau du maître de l’ordre et le visage tuméfié, Amel contemple le bûcher funéraire, les yeux rivés sur le visage de son mentor.

Ses traits fondent dans la chaleur.

Mais il voit encore son expression de haine, lorsque ses poings s’abattaient sur lui.
Tout l’Ordre s’est réuni. Deux cents hommes en armure et en toge, le bout de leur lame reposant au sol, demeurent cois devant le brasier.

Personne n’a fait la moindre remarque à Amel quand il s’est rendu au temple avec le corps d’Ylius. Ils ont tous accepté de le sacrer nouveau Praedicator, comme c’était prévu, comme l’avait décidé Ylius.

Rien n’a changé. Si ce n’est Amel.

Les choses reprenaient leur cours normal. Les hommes, le vent, le ciel, le soleil, indifférents.

Il n’y avait bien que quelques flocons gris qui tombaient des cieux. Personne ne les expliquait, on les remarquait à peine. Certains murmurent que c’est un signe du dieu Rysonell.

Le nouveau Praedicator n’en savait rien. Il ouvre juste la main pour attraper un des flocons lorsque l’un d’entre eux passe devant son nez.

De la cendre.

Amel regarde le soleil.

Peut-être n’est-il pas si indifférent.

Le Praedicator reste devant le bûcher jusqu’à ce que la dernière brindille ait fini de crépiter. Une fois les braises froides, il en réunit plusieurs poignées et les glisse dans un sac.

Il amène ce fardeau jusqu’au bord de l’esplanade, au surplomb de la ville, à cent mètres en contrebas. Le temple a été construit sur un plateau du versant de la montagne de Ragwell, qui a aussi donné son nom à la Capitale.

Amel plonge sa main dans le sac. D’un geste solennel, il disperse Ylius dans les airs, laissant ses cendres portées par les vents et retomber sur les toits en contrebas.

Il les regarde partir. Ses yeux longent la gueule de la caverne dans laquelle Ragwell a été construite. La voûte terrestre qui recouvre la cité, et se termine aux murailles qui la séparent du monde extérieur lui apparaît plus proche que jamais, comme si la montagne éventrée s’apprêtait à dévorer les citoyens de la Capitale. Les cendres finissent par disparaître dans les méandres des ruelles qui s’entrecroisent. Les sommets des clochers et des cheminées saillent de l’océan des masures, les différences de hauteurs forment une houle qui perturbe constamment le calme des toits.

C’était la basse ville, un enchevêtrement de nouvelles bâtisses de bois conçues au-dessus de vieux bâtiments en pierres noires anthracites. On retrouvait ce matériau dans la flèche qui trônait dans la cour du palais, montant jusqu’au sommet du plafond de la ville et le traversant.

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