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Le palais, les manoirs de la noblesse, c’était la haute ville, séparée de la basse par une falaise et une route escarpée qui zigzaguaient, creusées dans la roche. La basse ville était liée à la haute par un vieux système de funiculaire, la station d’embarquement se trouvait près des mines du fond de la Cité. Cela faisait longtemps que cette science des Précurseurs avait été perdue par les hommes, si tant est qu’un jour, il l’ait maîtrisée.

Amel regarde la ville, comme s’il la découvrait. Il avait une attention particulière pour elle aujourd’hui, parce qu’il allait maintenant devoir la défendre et la diriger.

Il entend des bruits de pas derrière lui. Le Praedicator continue de contempler la ville, sans se retourner vers l’homme qui vient à ses côtés.

Le vieillard en toge ne regarde pas non plus le chef de l’ordre. Ses yeux dessinent l’horizon lointain, bien au-delà de la ville qui accapare toute l’attention d’Amel.

« Vous devriez regarder les faubourgs, les champs, la campagne et les forêts, Praedicator, c’est une vision plus réconfortante que cette triste ville. »

Le jeune homme, sans répondre à son interlocuteur, laisse dériver son regard plus haut.
Au-delà de la voûte, dans la vallée, le monde est vert. Plein de vie.

Le ciel est parfaitement découvert. Il n’y a pas un nuage dans l’océan bleu. La fumée du bûcher a été totalement avalée par l’univers, des particules d’Ylius, il ne reste probablement plus rien hormis les cendres qu’Amel a répandues.

Il prend une longue inspiration, l’air a un parfum amer, et sa bouche a encore le goût cuivré des plaies qui ne sont pas encore refermées.

« Ylius vivait pour cette ville. Même s’il a réprimé des manifestations par le sang, il tenait à ce que Ragwell survive, malgré toutes les crises qu’elle a traversées. »

Amel ne peut voir la tête du vieillard qui se penche un instant, ni la grimace qu’il réprime.

« C’est sans doute tôt pour vous le dire, Praedicator, mais vous gagnerez vite à apprendre à accepter les failles de votre prédécesseur et à ne pas lui vouer dans sa mort le même culte que vous lui vouiez dans sa vie. »

Ni prêt à être appelé Praedicator, et encore moins à attendre des critiques sur Ylius, les poings d’Amel se serrent. Il lève le menton et garde le regard tourné vers la ville.

« Je tenais à vous le dire. J’ai fait de mon mieux pour conseiller votre prédécesseur, et je respecterai sa mémoire, mais je préférerais que vous vous comportiez de sorte que l’Ordre soit à nouveau une figure de respect et de confiance pour la population. Vous avez plus de cœur qu’il ne lui en restait, Praedicator. Veillez à en faire usage. »

Il aurait pu ajouter mille compliments, Amel n’aurait entendu que l’insulte proférait à l’égard de son maître. Il demeure stoïque, tandis que son interlocuteur s’éloigne en retournant au temple.

« En tout cas, nombreux sont nos frères à avoir apprécié vous voir venir malgré vos blessures. C’est un bon départ dans vos fonctions, Praedicator. »

Amel laisse le vieillard s’éloigner. Il se tourne vers le palais, et repère du mouvement de l’autre côté de ce dernier, sur des chemins escarpés qui mènent au cœur de la montagne. Il voit, au loin, progressant vers un plateau où repose un arbre seul, trois personnes qui semblent tirer une charge.

Il fronce les sourcils.

L’instant qui suit, il descend les marches menant à la Haute-ville, en direction du palais.

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