Interlude : Jumelles

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Des tiges grises, larges comme des tornades, longues comme des fleuves, s’étendent dans l’immensité d’un ciel veiné de lumières filandreuses. Le sol est mou, poisseux au toucher, Iris sent des courants électriques qui remontent dans sa chair.

Ses doigts s’enfoncent dans cette espèce de masse gluante qui recouvre le monde, elle se redresse et regarde autour d’elle. Un marécage gris, d’où poisse de l’énergie qui jaillit des pores de cette éponge qui respire doucement sous ses mains. Iris n’arrive pas à s’en écœurer, les courants qui la traversent semblent répondre aux flammes qui la consument et les apaisent d’une chaleur paisible.

Comme si le brasier était apaisé par ce nouvel incendie.

Si elle se sent aussi bien, c’est parce qu’au milieu de cette immensité, elle se sent regarder par ces longues étoiles qui s’étendent dans la voûte céleste. Appelé par le ciel comme par la cour inaccessible sur laquelle sa fenêtre donne, Iris étend ses bras et tourne sur elle-même, la tête dans les nuages d’énergie.

Le paysage défile autour d’elle, un tourbillon de gris ternes qui ne l’interpellent pas… jusqu’à ce qu’une tache bleue apparaisse dans son champ de vision et interrompe sa danse.

Lorsqu’Iris s’arrête, le paysage défile encore un peu et distord la forme de la tâche. Il lui faut quelques secondes pour que sa vue redevienne claire et que l’objet de sa curiosité ne se précise.

Une flamme de près de deux mètres, curieusement détourée, comme si elle était un corps.

La jeune fille ne s’est vue que quelques fois dans un reflet, elle a un hoquet quand elle croit se reconnaître dans ce visage aux traits plus mûrs mais trop familiers.

Son cœur a le réflexe de s’accélérer, sa gorge de se serrer et ses entrailles de se tordre.

« Je ne suis pas ta mère, Iris. Je m’appelle Canta. »

Le ton de cette dame enflammée, à jamais en train de se consumer, est celui qu’elle rêverait d’entendre lorsqu’on s’adresse à elle. Déjà habituée à la traîtrise de l’espoir, Iris commence à secouer la tête doucement.

« Il faut que tu arrêtes de te faire du mal, il faut… »

Soudain, la flamme lève la tête vers la droite d’Iris. La petite pivote pour suivre le regard de Canta et découvre sa fenêtre, ouverte, une silhouette se découpant dans la nuit et la lumière des torches.

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