Baptême : Partie I
Aspirée par le fond, consumée par les flammes, Iris se diffuse dans le bassin.
Ses bras battent pour regagner la surface mais transie par la chaleur, ils ne parviennent qu’à remuer l’énergie. L’enfant plaque sa main contre sa Marque, mais elle sent déjà le fluide partout dans son corps.
Ses yeux s’enflamment, et le feu couvre l’entièreté de son champ de vision. Progressivement, tout ne devient qu’une lumière blanche si épaisse qu’en tendant la main, elle la sent sous sa peau comme un obstacle, un cercueil éclatant dans lequel elle se trouve piégée.
Iris ouvre la bouche pour chercher un air qui n’existe pas. Son cri se perd et son cœur se met à ralentir.
Sa détresse se mut en désespoir, et l’embrassade du brasier l’enveloppe progressivement. Ses jambes se joignent et ses bras se resserrent autour d’elle. Lovée dans cette lumière solide, Iris s’ensarcophage dans les eaux azur.
Elle ne sait combien de temps passe dans cet état second, incapable de voir, d’entendre ou de sentir jusqu’à ses organes devenus muets, des images fiévreuses traversent son esprit, un kaléidoscope de souvenirs comme autant de rêveries d’un sommeil fiévreux remplacent sa mémoire.
Des branches de lumière dans un ciel sombre.
Un sable pourpre recouvre un monde coupé en deux par une digue azure, comme une vague qui ne cesse jamais de surgir sans jamais s’abattre, un nourrisson dans un cocon de cristal, dont le cœur bat sous une poitrine décharnée…
… l’afflux d’émotions qui la traversent lui font vivre des peines qui plongeraient le plus sage des hommes dans une catalepsie dont il ne sortirait que par la mort.
Statue de chair, imbibée de feu liquide, Iris se laisse traverser par la mémoire des flux.
Elle entend un son, dans le brouillard de ses sens.
Une deuxième paupière s’ouvre à l’intérieur de son œil, et elle voit la réalité lui apparaître comme si elle pouvait contempler un souvenir.
La lumière est si solide qu’elle a la texture et la couleur du verre, celui qui déforme et réfracte à peine les images. Elle regarde la plaque devant ses yeux, sans savoir si elle est toujours dans le bassin ou si elle est en train de rêver.
La scène est trop réelle pour être en train de se produire, comme si son esprit avait appliqué un filtre à un souvenir ou son imagination pour rendre tangible et tactile cette scène. Iris frotte ses mains contre ses épaules, et se sent exister comme jamais. La douleur ne l’atteint plus, seule demeure une clarté d’esprit qu’elle ne saurait qualifier.
Elle regarde le verre, à la recherche d’un reflet qu’elle ne trouve pas.
Jusqu’à ce que, derrière la plaque, commence à poindre une forme humanoïde qui coule dans un autre bassin.
La silhouette se précise.
Un visage de jeune homme, les cheveux en pétards, parfaitement blancs. Un sourire radieux malgré la compassion dans son regard. Dans ses pupilles, elle voit se réfléchir son propre visage et la peine qui la mine et l’empêche de répondre à la bienveillance qui irradie cet être.
La main du jeune homme se pose sur le verre, mais elle la sent sur sa joue. Un frisson la parcoure et la reconnecte brutalement à ses sensations corporelles, la chaleur qui coule sous sa peau, les palpitations de son cœur et son pouls.
« Si pour chérir à nouveau la lumière dans laquelle nous sommes nés, elle doit nous quitter pour mieux nous revenir, n’en ait pas peur, il lui sourit avec une telle intention qu’elle sent les larmes monter, Tu la reverras, plus blanche que jamais. »
Les mots n’ont pas besoin d’être compris pour nous toucher.
Elle ne parvient pas à réagir, incapable de retrouver ses pensées dans l’afflux de reconnaissance qui obstrue sa gorge.
Iris voit le corps de l’inconnu se désagréger dans des particules sombres qui se dissolvent dans l’énergie, autour d’elle, à la lumière blanche cède à nouveau l’énergie.
« On se verra un jour ! »
Il cligne de l’œil, et lorsque sa paupière s’ouvre, il s’est déjà répandu dans les flots.
Le dos de la main droite d’Iris brille plus que l’énergie.
Lorsqu’elle serre le poing, son corps est projeté en l’air.
À la surface, l’Éternel voit l’énergie frémir tandis qu’il sent les flux alentours converger à l’endroit où Iris a disparu sous les flots. Il recule juste à temps lorsqu’Iris fend le bassin et tombe sur les berges, bras en avant.
Une quinte de toux suit le fracas des vagues qui s’écrasent sur les bords de la cuve. Le maître des Fantômes s’approche de la petite et l’aide à se retourner sur le côté pour cracher l’énergie qui reste dans sa trachée.
Le fluide qui s’écoule de la commissure de ses lèvres transportent avec lui des restes d’écumes écarlates qui s’évaporent en quelques secondes. Les yeux de l’enfant sont à présent d’un bleu si clair qu’il en paraît presque blanc. Il passe sa main sous la tête de la Marquée et l’aide à s’asseoir. Les doigts de l’enfant s’enroulent autour de son bras et elle se blottit contre lui, ses expirations hachées par des sanglots.
Il se laisse accrocher, hésite à s’excuser de ce qu’il vient de faire subir à Iris, mais lorsqu’il aperçoit l’éclat parfait de la Marque au dos de sa main, l’Éternel se pardonne sa propre brutalité.
« Il y avait un garçon… dans l’énergie. »

Annotations
Versions