ça sera dur

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Lorsqu’ils reviennent des ruines des Précurseurs, par la voie des airs, Iris se plonge déjà dans un avenir où l’astre terne redevient flamboyant.

l’Éternel sent son enthousiasme, et choisit de l’accompagner.

Juste au-dessus du Palais, Masqué repère la cour où le Monolithe brille d’un éclat renouvelé. Ensemble, ils plongent vers le sol, au milieu des fleurs qui luttent pour leur survie dans le manteau de cendre.

Lorsqu’ils reprennent forme humaine, Iris se tourne vers lui et repère immédiatement la main gauche du chef des Fantômes, crispée. Elle la regarde prise par ce qui ressemble à une crise d’arthrite, et lui demande :

« Ça va ? »

La main se soulève et Masqué y jette un œil distrait. Il sent en effet la nécrose énergétique remonter jusqu’au-dessus de son coude, et chaque fois qu’il fait usage de la Marque, la sensation remonte. Il s’agenouille devant la petite et d’une voix basse.

« Je suis vieux, et je ne suis pas né avec comme toi. Tu ne seras normalement pas concernée par ce mal.

— Mais qu’est-ce qu’il va t’arriver ? »

Il comprend alors ce qui se passe dans la tête de l’enfant. Devant les yeux brillants d’Iris, il prend une longue et lente inspiration, avant de dire d’un trait.

« Cela n’a pas la moindre importance, Iris. Il n’y a qu’une seule chose importante, c’est que tu sois en sécurité, et que je fasse en sorte que tu le restes. J’ai fait ma part pour que la Marque ne soit plus un problème pour toi, il me reste à m’assurer que le monde soit en paix pour que tu y grandisses sans trop souffrir. »

Bien sûr, elle ne peut comprendre ce à quoi il fait référence. Cependant, elle comprend très bien qu’en ne répondant pas à sa question, il y a répondu. Sa gorge se serre, et lorsqu’il perçoit les émotions qui traversent l’enfant, il y met un terme d’une phrase assassine.

« Tu ne sais pas qui je suis, Iris, je fais tous les jours des choses terribles, tu ne dois pas tenir à moi, tu dois tenir à ceux qui pourront prendre soin de toi.

— Mais tu prends soin de moi.

— C’est vrai, mais c’est pour moi que je le fais, parce que je n’ai pas été à la hauteur pour ma sœur…

— … Ariane. »

C’est à sa gorge de se nouer en entendant Iris répéter le nom de sa sœur. Il acquiesce.

« Je me rachète, ce sera ma vie à présent, faire en sorte que tout se passe au mieux pour toi, mais le plus loin de toi possible. »

Il se redresse, la Marquée tend sa main pour saisir la sienne, mais d’un pas en arrière il s’y soustrait. Masqué durcit sa posture et tient Iris loin de lui d’un regard fixe. L’enfant ne frémit plus face à l’Éternel, elle fronce même les sourcils, frustrée, et ce caractère naissant il se dit qu’il peut aussi le mettre à son crédit.

Un son le distrait. D’abord lointain, le son de pas de course devient de plus en plus clair à ses oreilles.

À travers une ouverture de la balade autour de la cour, Iris écarquille les yeux.

En simple chemise et pantalon, Amel accourt en hurlant son nom.

« Trouve la même force devant Amel. Iris. »

Elle détourne un instant le regard du Praedicator pour découvrir que l’Éternel est déjà en train de se dissoudre, les particules s’élevant vers le ciel.

Amel tire son épée de sa ceinture en dévalant les marches qui donnent sur la cour, levant sa lame vers Masqué.

« Encore toi !? »

Lorsqu’il arrive à portée de coup, il ne reste désormais plus que des braises en train de refroidir, tombant vers le sol tandis qu’un nuage de cendre vole vers l’autre bout du monde.

Le Praedicator jette son épée à terre et s’agenouille auprès d’Iris, l’enveloppant immédiatement dans ses bras et la plaquant contre lui.

Elle sent le cœur de l’homme battre contre sa poitrine tandis qu’il l’étreint. La petite mord sa lèvre inférieure et cale sa tête dans l’épaule d’Amel.

Si ce moment pouvait durer jusqu’à ce que le Soleil s’éteigne, Iris serait comblée. Mais alors qu’elle sent la chaleur du corps d’Amel la convaincre que plus rien de mal ne peut lui arriver, il lui revient son serment.

Elle place ses mains sur les épaules du Praedicator et le repousse légèrement. Il résiste, puis, sentant la petite insister, se détache d’elle pour la regarder. L’enfant voit bien les larmes prêtes à couler des yeux d’Amel et cela rend ce qu’elle va dire encore plus difficile à sortir.

« Je…

— Qu’est-ce qu’il t’a fait ? »

L’homme détaille la couleur des yeux de la petite, et la chaleur qui se dégage de sa main droite. Quand il constate l’intensité de son regard, de la lueur de la Marque et de la saillance du bleu des veines de l’enfant, il se met à imaginer des choses terribles.

« Iris, tu es malade ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ?

— Il m’a aidé…

— Aidé à quoi ? Amel fronce les sourcils et son ton monte, Iris, s’il t’a fait du mal dis-le-moi ! »

Il sent alors une force s’interposer entre eux. La chaleur venant de la main de la petite devient plus intense, et la force continue de le repousser, si bien qu’il doit se relever pour ne pas chuter.

La Marquée le regarde, les yeux écarquillés en sentant les flux qui traversent son corps et surgissent de sa main.

Lorsqu’elle déplie ses doigts jusque-là courbés, elle expire et toise Amel.

Les lèvres de l’homme tremblent, sa mâchoire est serrée, ses yeux vibrent tout en essayant de rester fixe.

La chaleur qui monte dans le corps de l’enfant et lui saisit le visage n’a rien d’un phénomène énergétique.

« Tu as peur. »

Amel la regarde, elle peut lire l’incompréhension dans son expression.

« J’ai peur pour toi.

— Tu as peur de moi. Comme les autres.

— Qu’est-ce que tu racontes, Iris ? »

Il essaye de s’approcher mais sent immédiatement un mur entre elle et lui. Il lève la main et tente de le traverser, mais c’est comme si l’air on venait lui bloquer le poignet.

« Iris, il est tard, je vais te conduire à ta chambre et on parlera de ça demain. »

La petite a le regard mauvais, il craint un moment que ça ne dégénère plus encore.

Mais elle tourne les talons, court vers le centre du Palais. Amel éructe en partant à sa poursuite.

Iris a beau être encore maladroite, elle parvient dans la balade de la cour et fonce vers un des couloirs adjacents en se servant de l’angle pour se propulser. Elle entend les pas d’Amel derrière elle, toujours plus fort.

« Iris, arrête ! »

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