ça sera dur : Partie II

5 minutes de lecture

Lorsqu’elle arrive dans un couloir où de deux grandes portes ouvertes elle voit poindre l’aura de lumière jaune de torches, elle s’engouffre dans la pièce.

Une grande table, plein d’espace en dessous.

Il ne l’enfermera plus dans sa chambre.

Elle plonge au sol et se met à ramper sous la table, profitant de sa petite taille. Amel arrive peu après et s’abaisse pour attraper la jambe d’Iris, mais ne parvient qu’à effleurer la plante des pieds de l’enfant.

Elle pousse un petit rire moqueur en s’amusant de cette situation. Amel ne l’a jamais pourchassé comme ça. L’homme s’agace en tire les chaises en arrière, sous le regard médusé du domestique qui était en train d’épousseter les meubles alentours.

« Praedicator ? Que faites-vous à ces heures dans la salle du conseil ? »

L’intéressé, en train d’essayer de se dégager un chemin pour mettre la main sur Iris, se tourne vers le domestique et lui lance :

« Petite balade nocturne, qu’est-ce que vous croyez ?! »

L’homme se fait petit face à la fureur du Praedicator. Iris, au milieu du dessous de la table, sent au-dessus de son crâne quelque chose qui la griffe. Lorsqu’elle lève les yeux, elle découvre des échardes qui dépassent d’un enfoncement, comme si quelque chose de lourd était tombé sur la table et avait failli la transpercer.

Lorsqu’elle descend son regard, Amel se trouve devant elle, agenouillé, la regardant la tête baissée. Il ne peut la rejoindre là où elle est. Tous les deux halètent, l’une d’avoir trop couru, l’autre d’avoir trop géré et sa colère, et sa peur, toute la nuit où il a fait le tour du Palais à la recherche de la petite.

Elle le regarde et il peut lire dans ses yeux qui flamboient qu’il n’est plus face à la même enfant. Amel craint la profondeur de ses changements, et se demande s’il a encore ne serait-ce qu’une forme d’autorité sur elle, maintenant qu’elle lui échappe, et qu’elle a le pouvoir de le repousser.

Il soupire.

« Désolé.

— De quoi ? »

Il déglutit. La question d’Iris est d’autant plus dévastatrice qu’il ne sait pas de quoi il doit s’excuser en premier.

« J’aurais dû mieux réagir, j’ai eu peur de ne plus jamais te revoir.

— Moi aussi. »

Iris s’assoie, replie ses jambes contre elle et pose sa tête sur ses genoux.

Amel se pose aussi au sol, continuant de tenir le regard de la jeune fille, dont la Marque commence seulement à moins briller.

« Mais je suis aussi désolé de ne pas avoir été là pour l’empêcher de te prendre, ça a dû être horrible.

— J’ai vu des arbres, des maisons comme la tour au milieu de la cour, et un bassin plein d’énergie où un enfant m’a dit que ça finirait par aller mieux. »

Le Praedicator passe la main sur son visage, essuyant la sueur tout en essayant de mettre de l’ordre dans ses pensées. Qui aurait pu lui apprendre à élever une enfant aussi particulière, il ne saurait même pas dire si elle affabule, ou si elle dit la vérité, et il saurait encore moins dire ce qu’il préférerait.

« Tu veux bien sortir de sous la table ?

— Pas tant que tu m’auras pas fait une promesse. »

D’un coup d’œil, il voit clairement que la petite à une idée en tête qui ne va pas lui plaire. Mais assailli par la culpabilité de tous ses échecs avec Iris, il acquiesce doucement avant de répondre.

« Ce que tu veux.

— Apprends-moi à combattre, et je veux plus être enfermée dans ma chambre, sinon je casse la porte avec la Marque. »

La première demande l’estomaque, mais la seconde le fait sourire. Il ricane en secouant la tête, les yeux au plafond. Il croise le regard du domestique, et d’un coup de tête sur le côté, lui ordonne.

« Sortez d’ici. »

Lorsque ce dernier s’est exécuté, Amel revient vers Iris, et répond.

« Pour la chambre, c’est d’accord, si tu promets de ne pas partir la nuit dans les couloirs.

— Promis.

— Mais pour t’apprendre à combattre, il faut que tu saches que celui qui m’a appris, était pas tendre, et je ne sais pas comment apprendre à quelqu’un autrement qu’en étant… »

Il se tait. Pense à Syziak, puis à l’Ordre. S’ils apprennent qu’il forme un apprenti, de surcroît une fille, en plus d’une fille qu’il considérerait comme mutante, il serait conspué par tous les Praeceptors, en plus de trahir une seconde fois le garçon.

Mais… quelle importance tout cela revêt vraiment ?

La seule promesse qu’il peut encore tenir, après tout ce temps à essayer de tout réussir et à tout échouer, c’est bien de protéger Iris.

Et s’il projette l’avenir de cet enfant, il ne pourra pas la protéger, elle serait bien meilleure à cette tâche, notamment s’il lui apprend à se servir des armes, et qu’elle apprend à maîtriser ses pouvoirs, quoi qu’il pense d’eux.

Parce qu’elle ne sera jamais la petite fille innocente et inoffensive qu’il aurait aimé pouvoir élever sans que ça ne lui coûte trop.

« Demain, à l’aube, on commence. »

Il ne le regarde même pas. Elle, la bouche entrouverte, déglutit tandis que la boule dans sa gorge se dissout en traversant son corps.

Lorsqu’elle croise le regard du Praedicator, elle sait parfaitement faire le différence entre Amel lorsqu’il essaye d’être gentil, et quand il est dans son rôle.

Elle frisonne.

« Maintenant, on va dormir.

— D’accord. »

Il sourit, et pour la première fois, c’est juste un sourire en coin. Iris sent immédiatement qu’il est sincère, contrairement à tous ceux qu’il lui faisait avant, qui étaient trop larges.

Lorsqu’elle sort de sous la table, elle lui tend la main.

Il la regarde un instant d’hésitation, avant de la saisir.

Avant qu’ils ne sortent de la salle du conseil, Iris jette un œil à la table une dernière fois. Cette fois, elle voit distinctement là où le choc s’est produit. Curieuse, elle demande à Amel :

« Qu’est-ce qui s’est passé pour que la table soit cassée ? »

Il souffle du nez. Sa propre réaction le surprend. Le Praedicator se creuse la tête trois secondes, à la recherche d’une excuse quelconque, puis il hausse les épaules, et répond :

« J’étais très en colère. »

Iris lui jette un regard en coin. Lorsqu’il abaisse les yeux vers elle, il découvre la petite pétiller d’une forme d’admiration pour lui. Il secoue la tête en riant, sans s’expliquer pourquoi il se sent si bien.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Les Interstices ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0