Des lettres pour mémoire : Partie II
Iris marche dans les couloirs du Palais, le carnet à la main.
Elle lève la tête lorsqu’elle passe à côté de la salle du trône. Deux gardes entourent la porte et la regarde tandis qu’elle n’a d’attention que pour l’entre deux battants.
Derrière, son père a rendu son dernier soupir.
Elle serre son poing droit, et l’air autour d’elle se tend. Les deux gardes se jettent un œil, alors qu’ils sentent une brise chaleureuse qui les effleure.
La jeune Marquée ferme les yeux, et à l’intérieur de ses paupières, voit un spectre de lumière bleu qui se dessine devant elle. Alors qu’elle rouvre les yeux, la silhouette rémane, brillante derrière la porte comme si elle en ignorait l’obstacle.
« Puis-je entrer ? »
Les deux gardes qui s’œillaient encore, se tournent vers la jeune femme. Le premier se met à rire, et son sourire illumine le peu de visage que l’on peut voir sous son calot.
Le second fronce les sourcils, lisant mieux que son compère dans le visage sérieux de la Marquée.
« La salle du trône est réservée aux membres du Conseil, madame.
— Ma dame ? répète son collègue d’une voix pincée, en quoi est-elle une dame ?
— C’est la fille Véeltath, souffle le second bien qu’Iris l’entende distinctement, donc un peu de respect.
— Attends, c’est l’entendeuse de voix ? »
La gorge d’Iris se serre instantanément. Elle bombe le torse et contracte sa mâchoire avant de réagir :
« Je vous demande pardon ? »
Le premier détourne son regard de son collègue, et croise les yeux brûlant d’énergie de la Marquée. Leur éclat est tel qu’il lui paraît voir des braises en jaillir.
Il s’humecte les lèvres et se redresse.
« Pardonnez-moi, mademoiselle, je ne devrais pas colporter ni commenter les rumeurs. »
Cette phrase retourne le couteau dans la plaie. Iris secoue la tête, et réitère :
« Qu’importe, laissez-moi passer, je connais le Praedicator, il ne trouvera rien à redire que j’ai visité la salle du trône.
— Il n’en a pas donné l’autorisation, ma dame.
— Et s’il me la donne à posteriori et qu’il apprend que vous m’en avez bloqué l’accès, ne craignez-vous pas qu’il vous en veuille ? »
Le premier s’esclaffe en secouant la tête.
« Vous n’obtiendrez rien en nous menaçant, mademoiselle.
— Et vous en faisant de l’obstruction. »
Le second siffle.
« Quel vocabulaire !
— J’ai de bons enseignants.
— Pour une fois qu’il se passe quelque chose si tôt le matin, raille le second, demandez l’autorisation au Praedicator et revenez-nous vo…
— Ce ne sera pas nécessaire. »
Iris n’avait pas entendu les échos des pas encore lointains. Elle se détourne pour faire face au couloir nord, et ouvre grands ses yeux.
Vêtue de son manteau de voyage, la canne-épée accrochée à sa ceinture et battant au côté de sa cuisse, Marion avance les bras croisés vers les deux gardes.
« Dame Véeltath ! »
Les deux hommes inclinent la tête, par mimétisme, celle d’Iris se penche d’un doigt, avant qu’elle ne s’arrête dans son mouvement et ne redresse son cou.
Marion pose une seconde le regard sur sa fille avant que les yeux de cette dernière ne la croisent. Si tôt, elle reporte son attention sur les gardes.
« Cette jeune femme ne veut que contempler les hommages aux Rois, pourquoi lui refuser l’accès à la salle du trône ?
— Nous respectons le protocole, Dame Véeltath, « ne sont autorisés à entrer que les membres du conseil », déclare le second d’un ton ferme.
— À la seule exception occasionnelle des personnels d’entretien, complète le premier. »
à leur scansion robotique, Iris lève les yeux au ciel.
Marion soupire et répond.
« Eh bien disons que cette jeune femme peut entrer en présence d’un membre du conseil alors, laissez-moi entrer, et laissez-la me suivre. »
Les gardes se jettent à nouveau un œil et se concertent deux secondes.
Avant que d’un homme, ils ne poussent chacun des battants de la porte de leur épaule.
Une lumière pâle filtre à travers la verrière au plafond, se glissant dans l’ouverture. Marion avance d’un pas vif, laissant Iris la suivre dans son sillage.
Cette dernière regarde la conseillère entrer. Son premier pas est avorté par la seule pensée qu’elle puisse devoir quelque chose à la dame.
Sa Marque lui brûle.
Puis elle emboîte le pas de sa mère.

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