Chapitre 27 – L'ennemi public n°1

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Nous venions de revenir au commissariat lorsque Renouf déboula dans le bureau.

— Les gendarmes ont trouvé un nouvel indice sur les lieux de l’attaque, nous annonça-t-il. Un détail qu’ils n’avaient pas vu au premier passage. Il vous faut y retourner. Mais, auparavant, qu’avez-vous pu tirer du convoyeur ?

— Il est salement touché, fis-je. Néanmoins, il a pu parler, pas longtemps. Il dit avoir vu une camionnette noire qui les avait bloqués. Puis, il a entendu parler d’un certain "Bob". Ça pourrait-être le diminutif de Robert.

— Une camionnette noire. Il n’a pas donné le nom de la marque ?

— Non, cependant il a mentionné des éraflures, qui pourraient avoir été causées par la clôture de la carrière. Mais…

— C’est fort possible que cela soit la même. Néanmoins, vous avez dit "mais"…

— Le convoyeur prétend qu’il pourrait y avoir un complice dans sa compagnie. Quelqu’un qui aurait renseigné les braqueurs.

— Comment cela ?

— Ils changent tous les jours de route. Une personne pourrait les aurait informés sur le trajet.

— Nous devons enquêter chez eux. En attendant, retournez donc voir quel indice les gendarmes ont retrouvé.

Effectivement, un détail oublié, cela pouvait tout changer. Je soupirai. Il fallait reprendre la route.

Nous reprîmes la voiture et roulâmes jusqu’à ce fameux croisement, situé dans l’Eure. Les gendarmes étaient toujours là. Le fourgon calciné retiré, son empreinte noircie subsistait. Une escouade fouillait encore les fossés, les talus, les bas-côtés, à la recherche du moindre fragment.

Le brigadier qui nous avait accueillis le matin s’approcha, et nous montra un objet posé sur le bas-côté, entouré d'une trace à la craie.

— Ah, inspecteur ! On a trouvé ça, dit-il. Attention, n’y touchez pas. On attend les démineurs !

— Une grenade ?

— Elle a dû tomber de la camionnette. On a retrouvé aussi une trace de semelle juste à côté. On a relevé l’empreinte et on va l’analyser.

Martineau se pencha, l’observa longuement et émis un sifflement.

— Ce n’est pas du matériel de braqueur de bas étage, s'exclama-t-il.

Le brigadier hocha la tête.

— Je dirais même que c’est une grenade qui date de la deuxième guerre mondiale ! Ils sont dingues de se balader avec ça ! Si la goupille s’était détachée, ils sautaient !

Je repensai aussitôt à la cache d’armes retrouvées à Jumièges. Il y en avait aussi, des grenades de ce genre. Mais elles avaient toutes été emmenées. À moins que Cacheux, si c’était lui, ait eu accès avant et qu’ils n’ait puisé dans le stock. Qui sait ?

Je sentis une pièce du puzzle s’emboîter, mais d’une manière qui ne me plaisait pas du tout. Je repensai à l’affaire Malandain. Je croyais en être débarrassé définitivement. Le coupable avait été identifié. C’était de toute apparence une affaire classée ! Mais y en avait-il un autre ? Une affaire dans l’affaire, ressortant comme un lit gigogne que l’on déploierait ?

Lorsque je revins à la voiture, Martineau m’apostropha par un "Tu en fais une tête !".

— Des grenades, ça ne te dit rien ?

Il fit une moue dubitative.

— L’arsenal datant de la deuxième guerre mondiale retrouvé à Jumièges. C’est vrai, tu n’enquêtais pas sur l’affaire. C’était Bertier. Et puis… Cacheux et Marie Malandain étaient déjà impliqués.

— Tu crois que ça aurait un rapport ?

Je haussai les épaules. Au stade de mon état de fatigue, je ne savais plus rien. Des grenades en plus des bâtons de dynamite, pour attaquer un fourgon, à mon avis, ça faisait beaucoup.

Le lendemain, nous apprîmes qu’une réunion de crise se tenait à la préfecture de Rouen. Nous nous y rendîmes, Renouf, Martineau et moi.

La salle de réunion semblait glaciale, malgré le radiateur en fonte placé sous la fenêtre et qui faisait de son mieux. Nous gardâmes nos manteaux.

Une grande table occupait le centre, couverte de dossiers, de cartes routières et de photos du fourgon calciné.

Le Préfet, les mâchoires serrées, faisait les cent pas. Son visage aux yeux cernés témoignait de sa nuit blanche. La mienne n’avait pas été calme non plus. Je n’avais cessé de me retourner dans mon lit, me rappelant le visage de l’homme brûlé sur son lit d’hôpital et ses révélations qui faisaient me poser mille questions.

— Asseyez-vous ! Lança Varangue.

Renouf, Martineau et moi prîmes place en silence. Le brigadier de la gendarmerie de l’Eure était déjà là, ainsi que deux officiers de la PJ du Havre : Hamel et Dubosc. Ils me firent un sourire poli, ne souhaitant pas montrer trop d’amitié à mon égard. Cela aurait fait mauvais effet. Le préfet du Calvados se tenait là également.

L’atmosphère était lourde, presque électrique. Varangue frappa dans ses mains, comme un instituteur le ferait pour attirer l’attention d’élèves dissipés. Comme nous étions silencieux et attentifs, je trouvai que cela exagéré.

— Bien ! On commence ! Ce qui s’est passé hier est inacceptable. Un convoyeur mort, un autre gravement brûlé, un fourgon pulvérisé à la dynamite… Je veux comprendre comment on a pu en arriver là.

Il se tourna vers nous.

— Inspecteur, vous avez vu le survivant. Qu’a-t-il dit exactement ?

Je résumai calmement : la camionnette noire, portant une éraflure, surgie de la route secondaire, comme les traces de peinture relevées dans la carrière. Le témoin n’avait pas pu relever la marque. Puis, les hommes masqués, les rafales d’arme automatique, l'explosion.

— Cependant, le témoin a révélé une chose importante, précisai-je : Les convoyeurs changent tous les jours de trajet, dans la mesure du possible. Il a évoqué une fuite probable au sein de sa société. Nous allons également mener l’enquête là-bas.

Puis j’ajoutai :

— Le témoin pense avoir entendu un nom. "Bob", ce qui pourrait être le diminutif de Robert. Mais il était blessé, choqué, peut-être même assourdi par l’explosion. On ne peut pas s’y fier totalement. Néanmoins, il y a un fait nouveau : les gendarmes ont retrouvé une grenade sur les lieux, un vestige de la deuxième guerre mondiale. J’ai pensé que cela pouvait provenir de l’arsenal trouvé à Jumièges pendant l’affaire Malandain. Cacheux et Marie Malandain y étaient déjà impliqués.

— Ah oui ! l’affaire Malandain… Evidemment.

Le commandant de gendarmerie prit la parole.

— Cacheux n’a jamais utilisé d’explosifs. Jamais. Ce n’est pas son style. Il est violent, oui, mais pas suicidaire. Là, on parle d’un groupe prêt à tout faire sauter.

Renouf intervint sèchement.

— Qu’est-ce que vous en savez ? Nous courons après depuis sept ans. Il a déjà attaqué un fourgon à l’arme automatique. Il y a eu des morts. Et des indices incriminant la bande de Cacheux concordent ! Je suis certain que ce sont eux qui ont cambriolé la carrière. Quant à la grenade… Elle aurait pu venir de l’arsenal trouvé dans les souterrains de Jumièges. C’est à ce moment-là qu’il avait refait surface, avec cette affaire de fausse monnaie, après s’être caché pendant six ans.

Le silence se fit. Le Préfet se leva, se penchant sur la photo de la fameuse grenade, neutralisée par la suite par des démineurs.

— Alors, c'est cette grenade qu'on a trouvée ?

Le Préfet se rassit sur sa chaise.

— On a affaire à des militaires ?

— Ou à des anciens, répondit le gendarme. Des gars qui savent manier ce genre de matériel. Pas des petits voyous. Mais quand même, se balader avec et en perdre une !

Je pris la parole.

— A ma connaissance, Cacheux n’a jamais été militaire. Il a fui sa famille à l’âge de seize ans et, de petit voleur, a fini braqueur de banques. Cependant, il y a autre chose. L’attaque était propre, rapide. Ils connaissaient les horaires, les itinéraires, les temps de réaction. Ils ont frappé en trente secondes, pas plus.

— Une attaque précise, millimétrée... Peut-être que certains membres de sa bande pourraient être d’anciens militaires ? suggéra Martineau. On doit envisager que Cacheux n’est peut-être pas le cerveau, continua Martineau, imperturbable. Qu’il est utilisé. Ou qu’il a organisé un groupe plus structuré, engageant des pros, des anciens militaires peut-être.

Le Préfet se redressa.

Le Préfet passa une main sur son front.

— Vous êtes en train de me dire qu’on a une cellule paramilitaire qui opère en Normandie ?

— Je dis qu’on a un groupe organisé, entraîné, et prêt à tuer. Et qu’ils ne s’arrêteront pas là.

Un silence pesant retomba. On entendait seulement le tic-tac de l’horloge murale, égrenant les heures.

Le Préfet inspira profondément.

— Très bien. À partir de maintenant, c’est la priorité absolue. On met en commun toutes les informations. On croise les celles des indics du Havre, de Rouen, de Caen... On surveille les dépôts, les routes secondaires, les garages isolés, on s'informe sur les groupuscules paramilitaires, éventuellement aussi les gauchistes, les anarchistes, enfin, tout ce qui menace la sécurité... Vous devrez coopérer tous ensemble et échanger les informations, et me tenir au courant. Et surtout…

Il marqua une pause.

— Vous me trouvez ce Cacheux. Mort ou vif.

Martineau et moi échangeâmes un regard. Nous savions que la chasse venait de commencer. Une traque impitoyable, qui, ratissant large, allait mobiliser beaucoup de moyens. Cacheux, si c'était lui, devenait l'ennemi public n°1 de Normandie.

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