Chapitre 40 – Souricière
Le lendemain matin, je reçus un coup de téléphone. L’hôpital nous apprit le décès de Louis Baudouin, surnommé "P’tit Louis" qui, malgré les soins, avait fini par succomber à ses blessures. J'allais en avertir le commissaire lorsque je tombai subitement en arrêt. Une idée totalement farfelue m’était venue en tête. Puis, y réfléchissant, peut-être pas tant que ça.
J’avais appris par le bouche à oreille que l’un de nos indics, André Lecoeur, après avoir purgé une courte peine de prison, allait ressortir d’un moment à l’autre. Alors, pourquoi ne pas me servir de lui ?
Les barrages routiers n’avaient pas suffi, les indics se montraient muets. C'était un moyen désespéré pour piéger Cacheux et ses complices.
Je pesai le pour ou le contre. Devais-je en parler à Renouf ? Finalement, je me décidai à aller le voir. On verrait bien. Je toquai à sa porte et sur son invitation à entrer, je le trouvai discutant avec Martineau.
— Commissaire, Je viens d'apprendre par le directeur de la prison que P’tit Louis avait succombé à ses blessures. Cela me donne une idée pour coincer cette fameuse bande. Puisque tout ce que nous avons tenté n’a pas marché jusqu'à présent, pourquoi ne pas prendre les malfaiteurs en flagrant délit en les attirant au musée ?
Il leva son regard bleu vers moi.
— Encore une de vos idées biscornues ? Expliquez-moi ça.
— Il faudrait que la mort de cet homme soit cachée pendant quelques jours.
— Ah ? Et pourquoi donc ?
— Nous pourrions faire répandre une rumeur : P’tit Louis aurait été incarcéré à la Prison Bonne Nouvelle et révélé la cachette à un détenu sur le point de sortir après avoir purgé sa peine. De crainte de se faire dérober le butin, ses complices iraient certainement se précipiter pour le récupérer avant lui et nous n'aurions plus qu'à les cueillir.
— Mais c'est dingue, ce plan ! Comment as-tu pu imaginer un truc pareil ? s'esclaffa Martineau.
— Ben, euh... j'ai piqué cette idée dans un roman policier, ça m'est revenu tout à coup, répondis-je avec un sourire en coin. Et puis, étant donné que Cacheux et consorts l’ont lâché, P'tit Louis aurait pu vouloir se venger à sa façon.
— Un roman policier ? J'y crois pas ! Vous y croyez, vous, commissaire ?
— Vous voyez bien qu'il nous mène en bateau, répondit Renouf et vous, vous ne marchez pas, vous courez ! Mais, ce plan n'est pas si fou que ça. C'est même plutôt futé. Cela s'appelle... une souricière ! Cependant… c’est risqué ! J’aimerais bien savoir comment vous vous y prendriez !
Le plus drôle c'est que j'avais réellement pioché cette idée dans un roman policier lu l’année dernière, pendant que j'étais encore au centre de rééducation après la fusillade. Mais, finalement, je préférai leur laisser croire le contraire, cela faisait plus sérieux.
— Eh bien, continuai-je, j'ai appris par notre réseau d'indicateurs qu'un détenu allait sortir demain matin de cette prison. Je le connais bien. C'est Lecoeur, l'un de nos indics, qui avait replongé pour escroquerie. Si vous êtes d’accord, je vais le contacter directement à sa sortie et je suis sûr qu'il sera prêt à jouer le jeu.
— Ah oui ? demanda Renouf, je vois que vous avez déjà mis votre petit traquenard au point. Et depuis quand ?
— Tout à l'heure. Je connais bien ce type et je suis sûr qu'il sera prêt à coopérer avec nous. D'ailleurs, je pense qu'il acceptera, étant donné qu'il a encore quelques petits délits à se reprocher, sur lesquels je crois qu'on pourrait passer l'éponge.
— Donc, maintenant, tu as recours au chantage ? Pas très moral tout ça ! ironisa Martineau, un sourire en coin.
— Ernest, arrête de jouer les innocents devant le commissaire ! J'ai simplement appliqué tes méthodes, c'est tout ! Je sais, ce n'est pas dans mes habitudes, mais il faut en finir ! Et puis, j'ai été à bonne école avec toi. Alors, qui veut la fin, veut les moyens et à malin, malin et demi!
— Ernest ? Ça vous ressemblerait bien ce genre de combine ! s'amusa Renouf. Avec vos coups tordus, vous avez fini par déteindre sur Gilbert.
Celui-ci prit un air faussement innocent.
— Pauvre garçon ! Aurais-je donc corrompu l’incorruptible et gentil Gilbert ?
Il se retourna vers moi.
— Eh, gros malin ! m'interpella-t-il. Qui propagerait cette fausse nouvelle ? Lui ? As-tu pensé au danger que tu lui ferais courir, si la bande voulait le faire parler ?
Renouf réfléchit quelques instants.
— Ça vaudrait le coup de lui faire prendre ce risque, si toutefois il l'acceptait. On pourrait le payer en puisant dans les fonds secrets : une enveloppe bien garnie comme appât.
Les fonds secrets, une caisse plus ou moins occulte qui servait donner une prime supplémentaire aux indics pour des opérations spéciales.
— Banco ! reprit le commissaire. On tente le coup !

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