Chapitre 51 – Un allié inattendu

5 minutes de lecture


Vingt-deux heures. Dernière pause avant la fin. Je m’attablai au bar et commandai un jus de fruit. Fini les bières. Je souhaitais garder la tête froide. Renouf était à l’autre bout, m’ignorant ostensiblement.

Pendant que je sirotais mon jus de pommes, il se dirigea vers les toilettes. Quelques secondes plus tard, je finis de boire et le rejoignis.

Après avoir m’être soulagé, j’allai aux lavabos. Le commissaire était en train de se laver les mains. Je jetai un rapide coup d’œil aux alentours. Les portes des toilettes étaient ouvertes et il n’y avait personne d’autre que nous.

— Alors ? me demanda-t-il à voix basse.

— J’ai appris des choses plutôt inquiétantes.

Il haussa un sourcil surpris tandis qu’il se dirigeait vers l’essuie-mains, il tira un morceau de tissu du dévidoir.

— Le musicien que je remplace était un flic infiltré qui enquêtait sur un trafic de cocaïne, et il s’est fait assassiner. À part ça, tout va bien dans le meilleur des mondes !

— Un flic infiltré ? Encore un coup du 36 ! Pour des raisons de sécurité, ils travaillent en cachette et envoient leurs hommes sans nous avertir.

— Autre information importante. La bande de Cacheux serait maintenant réduite à lui-même et un complice.

— Intéressant ! D’où tenez-vous ça ?

— D’un copain de Dumortier qui avait l’air de trop vouloir parler. L’un de ses compagnons l’a fait taire vite fait. Maintenant, je suis sous leur surveillance étroite. Ils ne cessent de me questionner. Ils veulent que je leur livre le Coq. Qu’est-ce que je fais maintenant ? Ça commence à sentir le roussi. Ce sont sûrement eux qui ont tué mon prédécesseur. Les musiciens le savent et ne veulent pas parler. Ils ont peur.

Je n’osai avouer que moi aussi.

— Ne faites rien pour l’instant. Continuez à jouer au musicien pendant encore quelques jours.

Renouf quitta les lieux pendant que je me rinçais les mains. Après les avoir essuyées, j’allais sortir lorsque le British pénétra, flanqué du Danseur.

Oh non ! Pas eux !

— Alors, pas de nouvelles du tonton ? lança le British.

— Pas vu pas pris ! Difficile d’écrire un roman sur lui, s’il disparait tout le temps. N’est-ce pas ? ironisai-je.

Le blondinet me regarda d’un œil noir, semblant dire « ne te fiche pas de ma gueule ». Je sentais qu’il était davantage d’humeur à écrire une nécrologie sur Le Coq plutôt qu’un roman. Puis, il s’engouffra dans les toilettes.

Le British poursuivit à voix basse, me faisant un clin d’oeil : « Tu sais qui vient de sortir ? »

— Le monsieur aux cheveux gris ? Non. Qui est-ce ?

— Le commissaire Renouf. J’aimerais bien savoir ce qu’il a pu vous raconter.

— Rien. Il ne m’a rien dit. Je ne le connais même pas. Les flics, c’est pas le genre que je fréquente.

Le British me lança un sourire narquois.

— Fais bien attention à qui vous parlez. Tout le monde a l’œil sur vous !

— Votre ami au grand nez aussi. Ça en devient gênant ! Tout le monde me reluque en permanence.

— Dumortier n’est pas mon ami. Ce n’est qu’une relation de travail. Ce n’est pas pareil ! On joue pas dans la même cour.

Puis il se mit à rire. Un rire qui se mua en toux sèche. Il devrait soigner ses bronches, le British. Il reprit la parole.

— Savez-vous que votre petite histoire a fait le tour des bars de Rouen ? Pas mal d’oreilles trainaient ce soir-là au Blue Note. Maintenant, ils cherchent tous après le Coq. La chasse au trésor a commencé !

— Merde ! J’aurais pas dû en parler.

— Au contraire ! C’est très amusant de les voir s’agiter, ces chiens ! Pas un pour relever l’autre. Dès que l’un d’entre eux tombe, les autres se précipitent pour sonner l’hallali et se partager les restes.

Il soupira.

— Tout fout le camp ! Même la solidarité entre truands ! Maudite époque ! De mon temps…

Époussetant une poussière imaginaire sur son veston, comme s’il se sentait souillé par cette idée, il se tut lorsque le blondinet réapparut. Celui-ci se lava les mains et ressortit de la pièce sans mot dire.

Mon interlocuteur se pencha vers moi, parlant sur le ton de la confidence :

— Bon ! Sérieusement ! C’était très amusant, votre petite histoire. Même l’autre imbécile décoloré l’a gobée.

— Mais, c’est vrai, ce que je raconte !

Il ricana.

— À d’autres ! On ne me la fait pas à moi ! Vous n’arrêtez pas de mentir. Et vous mentez encore, et mal. Vous souhaitez simplement faire tomber Cacheux. Je vous ai reconnu, vous savez ? Dès le premier jour. Le jeunot qui accompagnait Martineau au Balto.

Il ricana.

— La moustache ? Pas très convaincante ! Et puis ça ne vous va pas du tout !

Je me sentis soudain aussi estourbi qu’un type qui reçoit une enclume sur sa tête.

Voyant ma mine, il reprit, posant la main sur mon épaule.

— Ne vous en faites pas. Je suis de votre bord. Je vais même la faire fructifier, votre rumeur, par mon réseau. Les braqueurs cinglés comme Cacheux qui utilisent un arsenal déshonorent le métier. Trop violents, trop dangereux. Ils attirent la police et jettent l’opprobre sur nous.

Il sortit son Smith & Wesson, le caressa amoureusement, souriant d’un air inquiétant. Une sueur froide me coulait dans le dos. Après l’avoir astiqué avec un mouchoir propre tiré de sa poche, il vérifia si le barillet était bien chargé. Puis, il se tourna vers moi, ponctuant chaque mot d’un petit mouvement de canon dans ma direction.

— Maintenant, vous êtes en danger. Je serai votre protecteur, votre garde du corps. En quelque sorte, votre bon papa ! À condition que vous soyez sage !

— Pourquoi feriez-vous ça ?

— Parce que je n’ai pas envie qu’on supprime mes sources de revenus. Je les surveille, je les bichonne et au besoin, je les protège. N’oubliez pas que je suis un bon indic, un très bon… Demandez à votre collègue.

Rangeant son arme dans la poche intérieure de sa veste, il ressortit de la pièce, me laissant dans un grand état de confusion. L’air me manqua soudain. Je desserrai ma cravate.

Maintenant, ma survie liée à son bon vouloir, j’étais devenu sa chose.

Lemoine fit soudain irruption dans les toilettes.

— Alors qu’est-ce que tu fous ? On t’attend !

Il me regarda soudain, inquiet.

— T’es tout pâle! T'es malade ?

— Une petite indisposition ! J’ai du mal à digérer. Mais ça va mieux !

Je remontai sur la scène. Et en avant la musique ! Tagada Tsoin-Tsoin !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire KatieKat ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0