Prologue
Laurent-Augustin Pelletier de Chambure naquit le 30 mars de l’an que je qualifierais volontiers de grâce, mais qui, en l’espèce, pour ce cher de Chambure, semble bien inapproprié, puisqu’il s’agit de l’année 1789.
Certains le disent issu des familles subsistantes d’ancienne bourgeoisie française, peut-être apparentées à la noblesse — en d’autres termes, une naissance d’ordinaire bénie, qui se révélera quelque peu handicapante.
Car son père, Pierre Hugues Pelletier de Chambure, fut condamné en 1794 par le redouté accusateur public Antoine Quentin Fouquier-Tinville, puis exécuté le jour même, au motif d’avoir porté un message du roi Louis XVI — pardon, du citoyen Louis Capet, le ci-devant roi.
Je tiens à ma tête, même si je fuis depuis longtemps déjà de la cafetière.
Mais c’est son fils chéri, bien-aimé, qui nous intéresse aujourd’hui, car il faut bien avouer que son destin et sa vie ont la saveur de chroniques inventées — et même si je me réserve le droit de prendre quelques libertés, les faits, eux, sont bien réels.
Des guerres napoléoniennes en Espagne au siège de Dantzig, de son exil à Bruxelles après les Cent-Jours aux anecdotes suisses, de Chambure — et sa compagnie que l’on appelait alors « l’Infernale », et à raison — marqua, à sa façon, l’Histoire, non sans humour, obstination, colère et un certain panache… presque suicidaire.

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