Chapitre 4 – Espagne III : La redoute
Enfin, après trois échecs, chargé d’enlever une redoute à la tête de 50 hommes seulement, et voyant son escouade vaciller, il décida de s’élancer seul au combat.
Il faut dire que l’enthousiasme, dans ce genre d’exercice, connaît parfois des limites. Trois tentatives infructueuses ont en effet tendance à entamer ce que l’on appelle communément le moral des troupes — surtout lorsque les canons, eux, conservent une constance remarquable.
Il tua le commandant ennemi, fendit les canonniers et rendit courage à ses hommes, qui, par cette action aussi suicidaire que remarquable, plongèrent à leur tour dans la bataille.
Le phénomène est bien connu : lorsqu’un homme décide de faire quelque chose d’absolument déraisonnable, les autres, par un mélange d’admiration et de panique, se sentent souvent contraints de l’imiter.
La redoute fut prise.
De Chambure, lui, revint — une fois encore — grièvement blessé au bras. Détail qui, à ce stade de sa carrière, relevait presque de la formalité.
Mais ces péripéties lui vaudront d’être fait chevalier de la Légion d’honneur en 1811.
Récompense méritée, sans doute, bien qu’elle ne semble pas avoir eu d’effet notable sur sa propension à se jeter dans des situations où la médaille, en cas d’échec, aurait été remise à titre posthume.

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