Chapitre 5 : Patricia — Alain

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Les années ont passé, et chacun a continué comme il a pu, avec ses travers, ses habitudes et ses manques. Mais certaines rencontres n’effacent rien : elles déplacent juste les ombres. Alain en faisait partie.

==O==

Je me suis levée d’un bond et me suis regardée dans le miroir défraîchi de la penderie. J’ai cherché à tâtons le paquet de Boule D’or et j’en ai allumé une. Elle avait un drôle de goût. Cela venait certainement des effets de la cuite de la veille. Ensuite, je me suis avachie sur le canapé. J’ai mis un disque de pop. Mais il m’a saoulé. Alors, j’ai mis une cassette. À son retour, Alain m’a demandé si je voulais fumer de l’herbe avec lui. J’ai répondu :
« Ah non. Pas aujourd'hui. j’ai la tête dans le cul. Mais tu peux fumer cela ne me dérange pas. — Faut d’abord que j’aille pisser. Le froid, c’est le froid.» Il a répondu avec un rictus au bord des lèvres. Comme il ne revenait pas, je me demandais ce qu’il boutiquait dans le cagatoire. Il s’est pointé cinq minutes plus tard.
« Tu en as mis du temps, j’ai fait.
— J’ai déposé le bilan.
— Il était bon, j’ai dit en riant.
— Plutôt liquide, qu’il a répondu. »
Il a pris ma place à côté de moi dans le canapé. Nos jambes se touchaient.
« D’où viens-tu ? j’ai demandé.
— Ben des toilettes.
— Non, cet après-midi, nigaud.
— Oh, cet après-midi ? »
Il mettait de l’herbe dans son papier et essayait d’allumer sa clope avec un vieux briquet Dupont qui marchait aussi bien que la vieille dame du dessus.
« Oui, j’ai gueulé sans savoir pourquoi.
— De Music Action.
— Et alors ?
— Et alors quoi ?
— Raconte.
— Patricia est malade, elle a attrapé un rhume carabiné.
— Il y avait du monde ?
— Non, il n’y avait personne. »

Il cherchait sur la table de nuit une boîte d’allumettes. J’ai fouillé dans mon jeans et je lui ai tendu des allumettes. Une agréable odeur s’est répandue dans la chambre.
« Toulouse se vide de ses freaks. Il a ri et s’est mis à tirer sur sa tige.
— Oui ? Tu comptes foutre le camp aussi ?
— Foutre le camp ? Non, il a répondu en riant toujours. Ses pupilles étaient dilatées.
— C’était une question comme cela, je me disais que… j’ai arrêté ma phrase.
— Non, je voyage dans ma tête grâce à cela. »
Il m’a montré son joint. Il a fait semblant de le sniffer.
« Et ça marche ?
— Du tonnerre, il a dit.
— Tu visites quoi en ce moment ?
— Le septième ciel. Je le regardais aspirer les bouffées, puis me tendre le mégot. J’ai fait :
— Non, non. Je lui montrais la bouteille de Chivas sur la table de nuit. Je vais me mettre à ça, Aujourd'hui. ce sera le liquide à la place du feu. Il s’est gratté le cuir chevelu.
— Tu as tort, c’est de l'herbe de premier choix. »
Je me suis aperçue que ce qui me plaisait dans ce mec, c’était son côté déconstruit. Peu importe sa philosophie de vie. Un quelque chose d'inexplicable m’attirait en lui. Je ne savais pas exactement quoi. Mais je m’en foutais, il me bottait, point final.

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