Chapitre 5 – Le geste
Comme vous l’aurez compris, Érostrate était prêt à tout. Vraiment tout.
Bien que je répugne à dresser un portrait psychologique d’autrui, tant les méandres de l’esprit sont complexes, je m’essaie tout de même à cet exercice.
De ce que j’ai pu glaner, il occupait vraisemblablement le poste de berger. Profession parfaitement respectable, mais bien loin des strass et paillettes — à moins, peut-être, de posséder la toison d’or ou quelque bélier béni par l’Olympe.
On ne saurait d’ailleurs lui reprocher d’aspirer à plus grand, car il me semble, à chaque époque, que les plus humbles sont souvent méprisés, quand bien même leur comportement ou leur métier seraient irréprochables.
C’est peut-être là, au fond, la clé de cette quête folle et insensée : l’inégalité de traitement.
Ou alors n’était-ce que le symptôme d’un esprit profondément marqué par cette folie des grandeurs qui caractérise certaines âmes troublées ?
Je ne m’avancerai pas davantage.
Toujours est-il que, si Oscar Wilde — ou du moins ce qu’on lui attribue — dira bien plus tard que la seule chose pire que de faire parler de soi est de ne pas en faire parler du tout, Érostrate, lui, avait semble-t-il déjà saisi l’essentiel.
À sa manière.

Annotations