Chapitre 6 – L’incendie
Là encore, l’imprécision — qui commence à devenir aussi habituelle que pénible, et m’oblige à déblatérer de vaines palabres aussi inventées qu’inexactes — s’impose à moi. Mais passons.
Dans la nuit du 21 juillet -356, porté, tel Prométhée, par un feu aussi brûlant que flamboyant, Érostrate s’approche.
Nonchalamment, peut-être.
Mais d’un pas ferme, assurément.
Une torche à la main — ou du moins est-ce ainsi que je me plais à l’imaginer — il décide, dans une ultime tentative aussi incendiaire que désespérée, de mettre le feu à la merveille, au trésor de la cité.
Le geste est simple mais chaleureux… à sa façon.
Profitant de la nuit et du repos des habitants, il quitte les lieux sans précipitation, le sourire — narquois ? défiant ? — aux lèvres, la tête haute, conscient, peut-être, de ce qui l’attend.
Nul ne le sait.
Passa-t-il la nuit à errer ? À fuir ? Ou encore à contempler, de loin, l’œuvre de sa vie — celle qui, enfin, le ferait exister.
Car il faut bien le reconnaître : ce feu, qu’il alluma dans la pierre et le bois, il espérait sans doute le voir se refléter ailleurs.
Dans les esprits.
Car si la destruction de biens publics est condamnable, et qu’aucune source fiable ne permet d’affirmer qu’il s’agisse là d’un acte politique, peut-être a-t-il, malgré lui, secoué le cocotier d’un monde qui refusait de laisser certains briller.

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