Chapitre 8 – L’oubli
Après l'embrasement — car si périr sur le bûcher comporte, sans l’ombre d’un doute, une forme de flamboiement éternel, châtiment à la hauteur du crime, du moins pour l’époque, et d’une certaine manière symbolique — il n’était pourtant pas question pour les habitants de laisser notre pyromane jouir indéfiniment d’une gloire usurpée, acquise au prix du monument le plus emblématique de la ville, que nombre de cités rivales enviaient.
C’est dans cet esprit qu’un édit — ou quelque chose de ce type — fut prononcé.
On peut imaginer, à l’instar des débats interminables dont les Grecs avaient le secret, que les citoyens se réunirent afin de décider quoi faire de son nom, maintenant que son corps n’était plus qu’un tas de cendres.
Et tant pis si Éphèse ne fonctionne pas comme Athènes !
Vous comprenez l’idée générale.
Après des discussions traînant en longueur, le bon peuple d’Éphèse décida, dans un mélange de prudence et d’ironie, d’interdire à tout jamais que le nom d’Érostrate l’éblouissant soit désormais prononcé.
La cité espérait peut-être que toute cette affaire serve d’avertissement et, par là même, préserver la tranquillité publique… ainsi que les bonnes mœurs.

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