Chp 2 - Maelys : prise en main
— Tu n’as pas trop mangé aujourd’hui, s’inquiète PH, le mari d’Agathe. Tu n’as pas aimé mon bourguignon ?
— Si, je me suis régalée. Mais je n’ai pas trop d’appétit, aujourd’hui.
— Bon. Tu pourras te faire un tupperware et le congeler.
Je hoche la tête et remercie. PH aime qu’on complimente sa cuisine et le bœuf bourguignon est l’une de ses spécialités. Malheureusement pour lui, Agathe n’en raffole pas, alors que c’est l’un de mes plats préférés.
Mais pour l’heure, je suis incapable de me concentrer sur la nourriture. Ou sur n’importe quoi d’autre, d’ailleurs. Je n’ai qu’une hâte : pouvoir rentrer chez moi, ouvrir le tiroir, sortir la pochette et contempler le magnifique objet qui s’y trouve. Mais Agathe fait durer le supplice.
— Tu veux venir jouer au tennis avec nous ? propose-t-elle après le café.
Je suis consciente de jouer comme un pied, mais ces séances - même si elles me demandent un effort - me font du bien. Si je, que ferais-je, une fois l’objet regardé et rangé ?
— D’accord, concédé-je alors.
*
Enfin de retour ! Pendant toute la séance, la vision mentale de la chose, que je commence d’ailleurs à oublier, m’a fait manquer une balle sur deux. Mais j’ai bien transpiré et je me sens détendue. La nuit tombe vite, et pour une fois, Agathe et PH ne s’attardent pas.
— Fait froid quand on s’arrête ! remarque PH en essuyant son crâne lisse avec son t-shirt. Tu nous feras bien des crêpes et un petit chocolat, Agathe ?
— Du thé, plutôt ! renchérit cette dernière. Maelys, tu nous amènes ton super thé parfumé de la dernière fois ?
Et je les suis pour le goûter. Lorsque ma mère, puis mon frère et ma belle-sœur débarquent pour nous inviter à manger en face, je me joins naturellement au mouvement. De temps en temps, je dîne seule chez moi. Mais ce soir-là, ma mère a fait du porc au sucre. Je pouvait bien endurer un peu de socialisation familiale et les outrances aigües de ma belle-sœur… et oublier, le temps d’une soirée, que je vis dans une maison vide où m’attend un objet sulfureux caché dans son sac de velours noir.
Lorsque rentre enfin chez moi, il fait nuit noire. Ma petite maison au bout de la cour a disparu dans les arbres du bosquet derrière, et je dois m’éclairer à la lampe de poche. Parfois, je rêvasse en regardant cette forêt, dans laquelle j’imagine toutes sortes de créatures fantastiques. Mais pas ce soir. La chose m’attend dans son tiroir.
Là encore, je décide de faire durer le plaisir. J’enlève mes chaussures, me fait une tisane et nourris le chat qui ronronne, avant de monter calmement. Je prends une douche, me mets en pyjama. Savoir l’objet dans le tiroir, prêt à être pris en main, me rassure. Me fait un peu peur, aussi. J’ai jamais utilisé de gode de ma vie, ni même le moindre petit vibromasseur. Jamais osé. Je sais que ne n’oserai pas plus aujourd’hui, mais la curiosité, la tentation, sont là. Je ne saurais sans doute pas m’en servir… je n’ai jamais été douée avec les hommes, non plus. Jamais tenté de folie. Je me laissais faire, passivement, comme une étoile de mer. Je ne ressentais pas grand-chose non plus, il faut l’avouer. Un jour, un partenaire m’a qualifiée de « frigide ». Je préfère le terme « asexuelle », sans savoir s’il me correspond vraiment. Est-ce qu’une personne pas du tout intéressée par le sexe s’achèterait des objets comme celui que je viens de me payer ?
Une fois dans ma chambre, j’éteins toutes les lumières sauf la petite lampe étoilée Nature et Découvertes, allume une bougie parfumée et ouvre le tiroir.
Le satin noir glisse lentement le long du silicone, comme une gaine. La chose en sort, vibrante et glorieuse dans toute son intensité. Je la caresse lentement. C’est vrai qu’elle est douce : le site n’a pas menti là-dessus ! Ils font des matières tellement dingues... Et elle semble chaude, même.
Je la regarde de longues minutes, sent la chaleur familière s’accumuler entre mes cuisses. Alors, je la range hâtivement dans sa pochette, referme le tiroir et me glisse dans les draps. Le chat me rejoint aussitôt. Je le laisse au bout du lit et éteignit la lumière. Une fois plongée dans l’obscurité totale, je bascule dans un autre monde. L’image de la chose est restée imprimée dans ma rétine. Je la visualise, dressée et luisante, glissant dans un anneau de chair... mais il manque quelque chose. Une image plus nette, ou une sensation plus franche. L’un ou l’autre.
*
Le lendemain, je retourne sur le site. Je lis les commentaires élogieux des utilisateurs sans me reconnaitre dans aucun d’eux.
« Il est si beau et original dans son animalité, j’aime la façon dont il ressort sur mon étagère à dildos. Trop gros pour être enfilé, mais parfait pour être regardé ! »
« Mon copain l’adore. Rien de mieux que cette extrémité effilée pour le pegging. »
Le pegging ? Qu’est-ce que c’est, encore ? Je passe ces commentaires incompréhensibles et vais directement sur l’onglet « recommandations ». Là, jee trouve ce que je suis venue chercher : le gel intime associé à l’usage de ces objets contondants. L’un deux en particulier attire mon attention :
« Une odeur musquée qui évoque à la fois le rut puissant du mâle et la délicatesse vanillée de délicieux bonbons. On en mangerait ! À consommer sans modération pour de glissantes sensations »
L’emballage n’a rien à voir avec les trucs moches qu’on voit dans les rayons des parapharmacies : il est rose et violet, avec des rayures de tigre qui décomplexent. Sans réfléchir plus avant, je clique. La petite bouteille acidulée tombe dans mon panier virtuel.
Hop, ça, c’est fait.
*
Il arrive une semaine après. Une semaine d'attente fébrile, pendant laquelle je m’imagine chaque nuit être pénétrée par l’objet. Juste l’extrémité, hein, et avec beaucoup de lubrifiant. Pour le reste, quelques frottements seulement.
Le parfum du gel est envoûtant. Mieux encore, il est parsemé de petites paillettes iridescentes qui vont très bien avec la chose. J’ai hâte de l’essayer.
Le soir même, j’éteins son téléphone, ferme la porte à clé et me fait couler un bain. Puis je sors l’objet et le pose sur le rebord de la baignoire. Avec son socle épais, il tient tout seul : on pourrait même pu s’asseoir dessus, en mode torture de l’inquisition.
Mais à quoi je pense, tout de même…
Je prends son bain en laissant mon ordi tourner avec une petite playlist relaxation, comme celles que passe mon prof de yoga avant que je m’isole dans cette campagne paulée - le seul homme vivant que je trouvais potable, malheureusement, cela n’apas été réciproque - et je me laisse aller à rêver. L’image que j’ai de la chose est devenue plus précise, à force de la contempler. C’est comme ces exercices de visualisation à la méditation... maintenant, j’imagine un ventre ferme, pourvu de muscles abdominaux à la forme et au nombre légèrement différents de ceux des humains, mais néanmoins proches - pas trop quand même. Mon regard mental descend le long de ce ventre – sombre et très poilu en bas - et se pose sur la chose qui y est rattachée, dressée et turgescente, son gland effilé couvert de gouttes blanches qui coulent le long de la hampe veineuse…
L’eau est devenue froide. Je la vide, sors de mon rêve nébuleux, et enduit la chose du gel pailleté et odorant. Puis je la glisse entre mes cuisses. Je la sens, ferme et chaude, contre mes chairs. Comme toujours, j’imagine que tout cela arrive à quelqu’un d’autre - surtout pas à moi, jamais. Cet avatar inconnu de mes fantasmes est caressé par des mains sombres et griffues émergeant d’une mystérieuse brume noire, léché par une langue longue et pointue qui lui titille les mamelons alors que l’énorme verge noire se glisse et re-glisse le long de sa fente, sans jamais la pénétrer. Deux yeux jaunes la fixent alors qu’elle se tord sous les caresses. Contrairement à mon avatar que je visualise pénétrée par tous les trous, je n’ose pas enfoncer la chose. Je m’arrête prudemment en posant l’extrémité du phallus de silicone sur mon entrée alors que mes doigts frottent mon clitoris, ce qui ne m’empêche pas de jouir violemment, bien plus fort que d’habitude.
Puis je reste là, dans l’humidité, la chaleur de mon rêve et de ce qui reste des vapeurs du bain.

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