Chp 6 - Maelys : le démon
Tout bascule le soir de Noël. L’automne a été morne et je n’en peux déjà plus de couper du bois tous les jours pour alimenter la minuscule chaudière de mon logement. Je passe plus de temps à côté, chez ma sœur ou ma mère, et ne rejoins la chose que la nuit, après un bain bouillant que je prends avec un verre de coca light plein de glaçons.
La soirée n’a pas trainé en longueur. Presque tout le monde a travaillé pendant la journée, que ce soit aux écuries ou dans un bureau, et après avoir ouvert les cadeaux – j’ai reçu le dernier Musso - et bu un verre en regardant vaguement les émissions de Noël, les yeux commencent à se faire lourds. Les voisins partent pour la messe de minuit - cela fait longtemps qu’ils ne nous proposent plus de les accompagner - et le domaine retombe dans son obscurité silencieuse, troublée, çà et là, par le hululement du chat-huant.
— Bon, il se fait tard, attaque PH. Vous m’excuserez, mais je vais me coucher !
Cette décision de mon beau-frère sonne le début de la reddition. Un à un, chacun regagne qui, sa chambre, l’autre sa maison. Je traverse la cour sans lampe de poche, me fiant aux lumignons laissés par les voisins sur leurs fenêtres pour m’orienter.
La maison est plongée dans le noir total. Passé la porte, j’appuie sur l’interrupteur.
Mais rien ne se passe. Une fois de plus, les plombs ont sauté. Cela arrive souvent dans le domaine, avec les quatre maisons toutes branchées sur le même système électrique vétuste, en bout de ligne et en fond de campagne.
— Bon. On verra ça demain.
Avec un soupir las, j’allume mon téléphone et monte les marches pour rejoindre sa chambre. Pas de bain ce soir.
Arrivée sur le palier, je me fige. Il y avait quelqu’un en haut. Je sens sa présence, lourde et envahissante, et surtout, son odeur. C’est celle du gel intime que j’utilise avec la chose.
Les films d’horreurs montrent toujours des idiotes demandant d’une voix tremblante « qui est là ? », mais je ne vais pas faire la même erreur. Primo, j’en suis incapable. Secundo... j’ai une petite idée de l’identité de l’intrus.
Lui. L’ombre que je vois se glisser dans ma chambre quand j’utilise la chose.
Et comme pour me répondre, ce dernier se manifeste. Je perçois soudain une masse chaude toute autour de moi. Comme des bras, des mains, mais aussi des choses longues et sinueuses qui viennent m’entourer comme dans un cocon, faisant reculer le froid glacial de la maison vide. Je m’abandonne à cette étreinte, aussitôt apathique, comme anesthésiée.
C’est lui, bien sûr. La créature. Le démon.
Car dans ma tête, c’est bien un démon. Un démon de la luxure, brun et dominateur, autoritaire au lit, doté d’un sexe aussi énorme que son appétit insatiable. Un incube à mon service, un ange des ténèbres au sex-appeal bestial.
— Tu es rentrée tard, murmure-t-il à mon oreille.
C’est vrai. D’habitude, je suis là plus tôt.
— C’était le soir de Noël, tenté-je de lui expliquer. Un soir spécial.
Est-ce que les monstres venus d’une autre dimension fêtent Noël ? Je me doute bien que non.
— Spécial ? ricane le démon. Ça mérite quelque chose de spécial, alors.
Mon cœur manque un battement. Est-ce la peur, ou l’excitation ? Probablement les deux.
— Oui. Je veux un truc spécial, ce soir, murmuré-je, la voix tremblante. Réalise mes fantasmes, chose. Sois un mâle fort, impérieux et dominateur. Fais-moi jouir.
J’ai l’impression que l’air autour de moi se densifie, change de nature. Je me sens alors saisie, soulevée par des bras puissants et portée jusqu’au lit, où je suis presque jetée. Dans les ténèbres opaques, je crois discerner une haute silhouette, qui n’a rien d’humain : je discerne des cornes, une queue fine terminée en pinceau qui s’agite. Puis je sens son poids sur mon corps. Il est massif, imposant. Les ombres autour de cette silhouette noire me saisissent comme des lassos qui écartent mes cuisses, les maintenant ouvertes en liant chevilles et poignets, alors que je gis là, impuissante, sidérée mais oh combien consentante à ce traitement. Des mains remontent le long de ses jambes, douces et glissantes, jusqu’à ouvrir collant et culotte d’un seul coup de griffe. Je me sens léviter, quitter le matelas. Mes mains sont immobilisées au-dessus de ma tête.
Oh, putain…
Et la chose, soudain, est devant mon entrée, chaude et bourgeonnante. Quand l’ai-je sortie de son sachet, que je cache sous mon oreiller ? Je n’arrive même plus à discerner le fantasme de la réalité…
Merde. C’est une expérience d’apparition démoniaque, de paralysie du sommeil… ça y est, ça m’arrive à moi !
C’est mon pire cauchemar, et je devrais être terrifiée. Pourtant, je ne ressens qu’excitation et bien être. Une envie pressante d’être enfin emplie par cet organe hors-normes, qui lui dans la pénombre, avide et enduit de gel.
La voix, dans le creux de son cou, se fait caressante, à l’image de ce que la chose accomplit en bas.
— Je vais te pénétrer, ronronne-t-elle de sa voix caverneuse.
Je s’agite, soudain en panique.
— Non, non ! On avait dit pas de pénétration !
— Tu m’as demandé de te faire jouir. Et je suis là pour réaliser tous tes désirs, mortelle, grogne-t-il sur un ton plus sombre, presque contrarié. Ne me fais pas perdre mon temps !
— C’est trop gros… ça ne va jamais rentrer… protesté-je, répétant la phrase culte lue dans maints livres hot.
Le démon ricane, et je discerne un flash d’yeux rouges fusant dans les ténèbres opaques. Des yeux sans aucune humanité, emplis d’un désir possessif et ardent.
— Ah. C’est ce que vous dites toutes. Mais ça rentre toujours, ne t’en fais pas. Et je sais que tu en as envie. Je peux sentir les désirs cachés de celles qui m’invoquent.
Je l’ai invoqué, moi ?
Je décide de laisser cette question sur le côté pour l’instant. Il dit vrai : j’ai envie de sentir la chose en moi. Je dois accepter ce désir, maintenant.
— Fais ce que tu dois faire, démon, lâché-je dans un souffle.
— Amen, grince-t-il, narquois.
Les mains de la créature - si ce sont bien des mains - quittent mes cuisses pour saisir mes hanches. Une langue pointue et terriblement longue vient s’enrouler autour de mes mamelons, durs comme des cailloux. Et la chose, lentement mais sûrement, commence à s’enfoncer, centimètre par centimètre.
Je me sens écartelée, fendue en deux. Non seulement cela fait des années que je n’ai pas été pénétrée, mais en plus, je le suis par ce sexe massif, à la forme atypique. Mes chairs palpitent autour du phallus de silicone, cherchant désespérant à expulser le corps étranger. Mais la pression ne faiblit pas et la chose continue de plonger, inlassable et impitoyable. En moi, de plus en plus loin. C’est si douloureux, et en même temps, si bon... je n’arrive plus à étouffer mes gémissements. La sueur coule sur ma peau tremblotante, le long de mes tempes, sur mes seins secoués par les coups de reins à la fois lascifs et profonds du démon. Sa queue est si dure, si raide… je la sens à la fois brûlante et glaciale, très différente de ce que je pensais d’un objet en plastique.
— C’est bien ma verge diabolique que tu sens dans ta petite chatte serrée, humaine, souffle le démon à mon oreille. Du moins, un petit aperçu.
— Un « petit » aperçu ? gémis-je. Parce que ça peut être plus gros ?
— Bien plus gros. Mais je réserve ces réjouissances pour plus tard. Aujourd’hui, ce n’est qu’un avant-goût !
Oh, mon dieu…
Le démon accélère le rythme, sa queue en lasso étroitement serrée contre ma cuisse, son extrémité poilue venant titiller mon clitoris en caresses lentes et régulières. C’est à la limite du supportable, et maintenant, je crie comme je n’ai jamais crié dans un lit.
La jouissance explose en moi comme une série d’échos se répercutant dans un bâtiment vide et abandonné. La vague passe mon vagin recroquevillé, mon utérus endormi. Ouvre mes côtes et mon œsophage avant de jaillir en un cri guttural, doublé par celui, plus rauque, de la créature. Mes yeux papillonnent, et je m’évanouis, ou plutôt m’endors, dans ses bras.
*
Je me réveille le lendemain tout habillée dans un lit en bataille. Dans ma hâte de me coucher la veille – j’étais probablement bourrée - j’ai déchiré mes collants. Ma culotte git entre les draps, à côté de la chose souillée de gel lubrifiant et de cyprine séchée. Je me sens un peu dégoûtée de moi-même. Ce petit jeu masturbatoire va trop loin… Ce n’est pas sain.
Je saisis l’objet entre le pouce et l’index.
— Allez, à la niche !
En me levant, je grimace de douleur. Mon entrejambe me fait mal. J’ai dû pousser la chose un peu trop profond... Au cours des rares rapports sexuels que j’ai eus dans ma vie, je n’ai ressenti, au mieux, que de la gêne lors de la pénétration. En général, cela faisait mal. Mes partenaires se rengorgeaient en prétendant que leur sexe était trop gros, mais je sais que c’est moi qui suis étroite, avec mes petites hanches et mes fesses plates. J’ai fini par arrêter de me forcer, et, progressivement, les volontaires se sont faits rares. Reprendre le sexe avec un dildo monstre taille XXL n’était sans doute pas une bonne idée.
Après l’avoir nettoyé, je le rangee dans sa pochette, puis descend le tout dans le grand salon du bas. Là, je déniche une boîte héritée de mon arrière-grand-mère, qui ferme à clé. J’y fourra la chose et tourne la serrure.
Voilà. Fini les galipettes mentales et les fantasmes illicites.
Je vais retourner à la vraie vie et me reprendre en main.

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