Chp 7 - Asmodius : un rival

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Les pieds sur mon bureau, je plante mes crocs dans une pomme du verger de Lilith en observant mon humaine évoluer dans sa maison. À l’époque où les mortelles m’invoquaient souvent, j’en avais rien à cirer de leurs emplois du temps. Mais maintenant, je m’y intéresse. J’attends avec impatience qu’elle soit prise d’une petite envie de luxure, et sorte l’artefact pour y frotter sa petite chatte. Ce qui ne saurait tarder, d’après moi. Elle est en train de consulter du contenu excitant sur ce réseau social humain, Instagram, et vient de s’arrêter de scroller pour mater la vidéo d’un jeune mâle torse nu en train d’agiter son corps musclé dans une baignoire.

— Tu as réussi à régler ton problème d’invocation malvenue ? demande Baphomet en entrant dans mon bureau, ses cornes manquant de se prendre dans mon superbe lustre vénitien.

Je me hâte de faire disparaitre l’écran hors de sa vue. Hors de question qu’un autre démon s’intéresse à ma sorcière.

— Comment t’es au courant de ça ? répliqué-je peu aimablement. Attention aux lustre. J’y tiens.

Baphomet jette un œil rouge sur le verre de Murano, puis croise les bras sur son épais poitrail poilu. C’est un démon à tête de bouc, doté d’un physique bestial et d’une queue d’acier, aussi grosse que la mienne sous ma forme complètement démoniaque. Il le sait, et il en est fier, le salopiaud.

— Gobannus m’en a parlé, lâche-t-il avec un petit air goguenard que je n’apprécie pas du tout. Il m’a aussi dit que tu cherchais à te libérer de cette servitude. Je peux t’en débarrasser, si tu veux… cela fait longtemps que je n’ai pas fait crier une sorcière !

— Celle-là est laide, plus de première jeunesse et peu appétissante, mens-je. Et pour l’instant, elle ne m’a rien demandé de bien folichon.

— Je me fiche qu’elle soit moche et vieille. Je fais comme Satan : je prends les belles devant, et les vilaines derrière. J’ai tendance à préférer ces dernières, d’ailleurs. Je préfère leur fondement à leur nature, pas toi ? Et elles sont plus gourmandes, car leurs hommes les rejettent.

— Je prends les deux, grogné-je.

Je gratte mon menton d’un faux air désinvolte, pour cacher à quel point je suis contrarié.

— Je n’en attendais pas moins du Roi des Incubes. Bon, comment ça fonctionne, ton truc ? Gobannus m’a dit que c’était un moulage de ta bite. T’as réussi à déterminer quel mage avait fait ça ?

Je secoue la tête.

— Je t’avoue que je n’ai pas encore cherché, dis-je en mordillant mon stylo.

— Tu devrais enquêter là-dessus. Je peux t’aider, d’ailleurs. Une fois qu’on aura l’invocateur, je le contraindrais à faire un moulage de mon braquemart d’acier, et de le mettre sur le marché. Je veux que les sorcières m’invoquent, moi aussi.

— Pour l’instant, il n’y en a eu qu’une, tempéré-je.

— Peu importe. Une, ça me va très bien aussi.

La tuile. Si des démons comme Baphomet commencent à s’intéresser à cette histoire, je vais devoir partager ma petite sorcière… et ça, c’est hors de question.

— Gobannus m’a aussi raconté que tu lui avais emprunté un Œil de Sapience, afin de surveiller l’humaine. J’aimerais regarder, moi aussi. Notamment quand tu la baises.

Gobannus est bien bavard… un peu trop, d’ailleurs.

— Je n’ai pas pu l’installer chez elle, encore, marmonné-je. Et je ne la baise pas encore.

— Vraiment ? Tu ne me mentirais pas, par hasard ?

— Mais non, voyons. Je commets beaucoup de péchés, mais le mensonge n’en fait pas partie.

Baphomet n’a pas l’air convaincu. Il traîne autour de mon bureau, soulève les beaux objets de déco qui l’ornent, comme cette statuette en or massif de moi-même en pleine action, offerte par l’ADAA, l’Amicale des Démones Adoratrices d’Asmodius, mon fan-club personnel.

— En tout cas, si tu as besoin d’aide avec cette histoire, appelle-moi, finit-il par lâcher dans un murmure.

— Je n’y manquerais pas.

— Je suis sérieux.

— Moi aussi, baillé-je. Bon, je te laisse fermer la porte en sortant. Du travail m’attend.

— Mmh.

Il se décide enfin par sortir, plutôt réticent. Je garde mon sourire accroché sur mon visage jusqu’à que la porte se referme, puis retrouve mon expression naturelle, bien moins aimable.

Sacré fouineur.

Je fais réapparaitre l’écran, priant les forces du chaos pour n’avoir rien raté. La sorcière est encore devant son ordinateur. Mais ses joues sont légèrement rouges, et je remarque que le premier bouton de son pantalon est déboutonné.

Elle s’est caressée sans moi, réalisé-je alors. La salope !

Je me sens bizarrement trahi. Elle a fantasmé sur un espèce de bellâtre gonflé aux anabolisants qui se trémousse sur du mauvais rap, et n’a même utilisé ma queue. Je ne comprends pas. La boîte est juste là, pourtant… et le moulage de ma superbe verge n’attend qu’à servir. S’en est-elle déjà lassée ? Est-ce seulement possible ?

Je fouille ma mémoire pour retrouver des précédents. Il n’y en a tout simplement pas. Toutes les sorcières étaient unanimes : j’étais le meilleur démon dans les sabbats, celui avec le meilleur coup de reins, le meilleur rythme, la meilleure intensité, la meilleur verge. Le plus beau, aussi. C’est moi que Satan a envoyé pour tenter Eve, pas Baphomet ou Méphisto. Tout le monde ne parle que de Lucifer, mais c’était moi, le serpent. Le premier orgasme d’une femelle humaine, on me le doit, à moi, et moi seul !

Par les couilles de titane chauffées à blanc de Baal ! Vais-je me laisser tourner en bourrique par cette fille ?

De nouveau, je tourne mon attention sur l’écran, plissant des yeux. Maintenant, elle est en train de surfer sur un site de rencontres… elle a le feu aux fesses, ma parole ! Un prince de l’enfer, incube et particulièrement bien monté, ne lui suffit apparemment pas…

Je grince des dents devant le côté pathétique des annonces qu’elle regarde. Elle élimine d’office les beaux mecs, les jeunes étalons fringants qui promettent un rodéo bien sportif. Pourtant, je sais qu’elle aime ce genre d’hommes, pour l’avoir vu se languir devant les vidéos de bellâtres de vingt-cinq ans il y a à peine quinze minutes. Elle ne doit pas oser… se trouver trop vieille, trop grosse ou je ne sais quelle ineptie imaginent les femelles humaines. Peu d’entre elles comprennent que les mortels ne sont que des animaux, devant lesquels nous, les anges, avons refusé de courber la tête. Le mâle mortel lambda est comme Baphomet : pour lui, un trou est un trou, ainsi qu’en témoignent les nombreuses histoires sordides dans lesquelles nous intervenons, en trainant en Enfer des contrevenants pas trop regardants sur la nature dudit orifice. Et cette sorcière est plus que baisable. Elle est plus que baisable, même, et assez agréable à regarder, avec ses courbes moelleuses, sa bouche pulpeuse, ses longs cils et ses cheveux aux reflets enflammés.

Mais elle me résiste, sans même le savoir. Elle ne s’intéresse pas à moi, ne tente pas de découvrir mon nom. C’était pourtant l’enjeu majeur, autrefois. Découvrir le nom du démon, pour pouvoir le plier à sa volonté.

Tant pis. Je vais peut-être laisser les autres démons s’amuser un peu avec elle, finalement… pour qu’elle puisse comparer, et se rendre compte de ce qu’elle perd, en laissant ces diables rustres la monter. Ensuite, elle n’aura plus qu’une envie : m’invoquer à nouveau.

J’éteins l’écran et me laisse aller en arrière dans mon fauteuil. Je me paye une érection bien raide, justement… mais je ne peux rien en faire : je dois attendre que cette petite garce de sorcière indécise m’invoque. Quoique je pourrais aller rendre une petite visite à mon fan-club… Oui, c’est ce que je vais faire. Je ne vais pas me laisser mener par le bout de la queue, nom d’un chien des Enfers !

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