Chp 8 - Maelys : essais infructueux

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« Tibo, 42 ans, livré avec trottinette, deux p’tits bout’chou, bonne humeur... »

Je jette un dernier regard au visage à la moustache ripoliné et au crâne luisant qui surmontait cette description. Encore un père de famille récemment divorcé au surnom idiot. À croire qu’il n’y a plus que ça sur le marché. Pour moi, sûrement.

Cela fait une semaine maintenant que je me suis sevrée de la chose et de ses plaisirs sataniques. Sur les conseils de sa sœur, qui n’est jamais restée célibataire plus d’une semaine, je me suis inscrite sur les sites de rencontre en ligne. Une expérience qu’Agathe, plutôt chasseuse en milieu naturel, n’a jamais tentée. Mais, comme elle dit, « on sait jamais, ça peut marcher ! ». Sur un malentendu, alors, ai-je complété dans ma tête.

Le problème, c’est que aucun de ces types réels ne me plait. Et visiblement, c’est réciproque. Il faut dire que je n’ai pas énormément d’atouts à mettre en avant, dans ce monde de photos trafiquées, de culs refaits et selfies bouche de canard.

Je referme l’ordinateur en soupirant. Parfois, c’est dur de résister à la tentation, alors que la chose attend là, dans sa boîte, tout près d’elle... je me rattrape sur les crêpes au Nutella et les tablettes de chocoletti. Les crèmes Montblanc et les cerises Haribo, de temps en temps. J’ai déjà repris deux kilos. Déjà que je ne suis pas spécialement mince…

Au moins, pas de complexe à avoir avec la chose. Il se fiche de mes bourrelets et de mes jambes non épilées, lui. Les critères monstrueux ne sont pas les mêmes que les nôtres.

Allez.

Je me lève et vais chercher le coffret en nacre.


*


— C’est pas trop tôt, ironise la créature le soir même.

Je ne me cherche pas d’excuses. Avec lui, cela ne sert à rien. Je me mets direct au lit, et lui fais signe de me rejoindre.

— J’ai attendu une semaine, grogne-t-il, mécontent de mon silence. Tu n’as rien à me dire ?

— J’étais occupée, mens-je.

Le démon me rejoint en deux-deux, et, s’étant assis à califourchon sur moi, il attrape mon menton dans sa main noire et griffue. Il me force à lever le visage vers lui, en direction du nuage de brume sombre qui le cache à ma vue, ne me dévoilant toujours que des parties stratégiques de son anatomie. Je me demande à quoi il ressemble réellement.

— Faux, grince-t-il. Je te surveille tous les jours : je sais ce que tu as fait. Tu te cherchais un mâle humain !

Il me surveille ? Comment ?

— Tu es là quand je ne me sers pas du… de la chose ?

Je peux presque entendre son sourire dans le noir, qui résonne avec sa voix rauque.

— Bien sûr. Je suis tout le temps là. C’est ça, d’inviter un démon dans sa vie ! J’ai vu ce que tu faisais, en te croyant hors de mon atteinte. Et je vais te punir pour ça. Mets-toi à quatre pattes !

Ça y est, les réjouissances commencent. Je dois dire que j’étais impatiente. Mon entrejambe palpite d’anticipation, avide du contact dur et raide de la chose.

Je s’exécute, poussée en avant par la main griffue du monstre. Il me met quelques claques rapides sur les fesses, puis glisse son organe le long de mon sillon interfessier.

Je me fige immédiatement.

La sodomie, non jamais !

— Si, insiste le démon, impitoyable.

En plus, il lit dans mes pensées.

— J’aime pas, et j’ai jamais essayé… protesté-je.

— Tu ne sais pas ce que c’est. Et je sais que tu fantasmes là-dessus ! Tu crois donc pouvoir me tromper, moi, un incube, qui festoie sur les désirs inavoués des mortels depuis des millénaires ? Allez, donne-moi ce joli petit cul ! Je vais être gentil, pour ta première fois.

Gentil ? Je tressaillis en sentant l’extrémité de son sexe énorme sur mon anus. Mais je dois avouer que je trouve la situation excitante. Si je n’avais jamais osé, c’est plus par gêne ou honte que réel dégoût. Avec un démon, ai-je à craindre quelconque jugement ? En plus, il fait tout ce que je lui dis. Il n’a aucun moyen d’action en-dehors de ce que je lui ordonne. Pour preuve, il ne vient que quand je sors le gode.

Je le laisse faire, donc. Et après m’avoir copieusement badigeonnée de gel parfumé, il s’enfonce en moi.

J’étouffe un râle dans l’oreiller. C’est aussi agréable qu’un suppo puissance mille, mais aussi diablement excitant. De sa main libre - le monstre me tient l’autre - je me stimule l’entrejambe, jouant des hanches pour alterner douleur et plaisir. Je dois reconnaitre que j’aime ça. La seule idée de ce hampe longue et veineuse qui va et vient entre mes fesses me donne une bonne suée.

— Le plaisir et la douleur ne sont que les facettes d’une même pièce, ricane le démon derrière moi. Toutes les sorcières le savent !

— Je ne suis pas une sorcière… haleté-je.

— Si, tu l’es. Tu m’as invoqué.

Sa voix caverneuse est agréable, mais j’ai besoin de me concentrer sur mes sensations.

— J’en ai marre de parler. Prends-moi plus fort, chose. Et caresse mon clito. Je suis fatiguée de le faire moi-même.

Il gronde et grommelle quelque chose dans une langue gutturale et inconnue, mais il obéit, glissant sa main experte sur mon entrejambe. Et comme de coutume, la jouissance monte rapidement. De ma main, je repousse le gode, et ma paume rencontre un ventre dur et musclé. Le démon… il est encore là. Je l’avais presque oublié.

Je me laisse retomber dans le lit, aussitôt enlacée par les bras accueillants du monstre. Je suis bien. Repue de sexe, mais dégoûtée de moi-même.

J’ai succombé à la tentation, une fois de plus. Au lieu de faire des efforts pour m’intégrer à la vie réelle.

— Il faut que ça cesse, dis-je tout haut, comme si je parlais à une vraie personne.

Les mains griffues du démon se déplacent sur mon ventre.

— Pourquoi ? Ce que tu as avec moi, aucun homme ne pourra te le donner.

— Ce n’est pas bien. C’est stérile, vain.

— Je pourrais t’apparaître... tu verrais alors à quel point c’est réel.

— Non merci. Retourne dans ta boîte.

La créature se redresse en grognant et quitte la chambre : je vois sa silhouette noire et indistincte, environnée de fumée, passer la porte. Je ferme les yeux, puis me lève à mon tour pour nettoyer la chose et la ranger.

C’était la dernière fois, me morigéné-je en me dirigeant vers la douche.


*


— T’as raison, Tinder et Badoo, c’est nul, concède Agathe lorsque je lui avoue ma désinscription des sites susnommés. J’ai une meilleure idée pour toi.

— Ah oui, quoi ? demandé-je, méfiante.

— Il y a ce mec dans l’équipe de rugby de PH... Cédric. Ne dis pas non avant de l’avoir vu. Il est CA-NON ! Et artiste, en plus.

— Artiste ?

— Il fait de la photo. Animalière ! Pour toi qui aimes les animaux, c’est cool, non ? Le brame du cerf, tout ça. T’aimes bien, non ?

Je hausse un sourcil. Ma sœur enchaîne aussitôt :

— Je vais l’inviter à dîner. Il est nouveau dans la région, et il s’ennuie tout seul, dans sa grande maison... Je crois qu’il a du mal à s’intégrer parmi tous ces bouseux. C’est un mec un peu à part, comme toi ! Il habite juste en bas, de l’autre côté du bois de Ficelle. Facile pour se voir ! insiste Agathe avec un coup de coude enjoué.

— Mouais, articulé-je en imaginant les cancans si une voiture inconnue se mettait à stationner dans le domaine à intervalles réguliers.

Toute la famille serait au courant en moins de deux, et ma mère viendrait frapper au carreau pour se faire présenter. Ma belle-sœur viendrait « jeter un œil » et me harcèlerait de sa voix pointue : « il est beau ? Ah non, il est dégueu ! ». Ma grand-mère m’appellerait pour me féliciter d’avoir enfin « ferré un mec », rassurée qu’en fait, je ne sois pas lesbienne comme elle le croyait. Quant aux voisins... à leurs yeux, je passerais d’« aspirante nonne au style de vie vertueux » à « pècheresse qui couche sans être mariée » en moins de deux. Possible qu’ils me virent du domaine.

J’accepte néanmoins que ma sœur organise ce dîner. Depuis le collègue complotiste que mon beau-frère a ramené en croyant me faire plaisir, je me méfie, mais Cédric n’est pas militaire. Il est juste rugbyman, et - probablement - chasseur repenti. Mais bon. Nous sommes en zone rurale. Ce n’est pas ici que je vais rencontrer un architecte franco-japonais amateur de poésie et de musique indé avec anneau dans le nez.

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