Chp 11 - Asmodius : la damnée
La sorcière a mordu à l’hameçon.
J’ai bien vu la façon dont elle me regardait. Dont toutes les femmes de la soirée me regardaient. Pour mieux servir mes sombres desseins – il me déplairait que la sœur de ma cible s’entiche de moi, quoique ça la rendrait peut être jalouse -, j’ai décidé d’apparaître comme un homme lambda à ses yeux. Mais pour toutes les autres femelles de l’assemblée, je ressemblais à un bel hidalgo désirable. Qui sait, ma sorcière montera peut-être un coven, comme il en existait dans le temps. Et alors, je pourrais honorer toutes ces filles en chaleur une à une, lors des sabbats qu’elles organiseront à ma gloire.
Et j’ai appris son nom : Maelys. J’aime beaucoup. La sonorité, d’abord : ce « lisse » qui ressemble à un agréable glissement, identique à celui que produit mon membre en coulissant dans ses chairs tendres. Et le lys est la fleur de la Vierge Marie… j’apprécie l’idée de froisser cette belle fleur blanche, de l’émietter jusqu’à ce qu’elle perde son intégrité. Un beau blasphème !
J’observe en sirotant un verre de whisky, à travers la pièce. Avec cette robe noire et moulante qui dévoile ses cuisses et cette perruque noire et blanche, elle est superbe. J’ai envie de la rejoindre et de l’enlacer par derrière, afin de montrer à tous qu’elle m’appartient. Il y a cet humain pathétique qui lui tourne autour… il veut se la faire, c’est certain. Mais j’ai posé ma marque en elle, grâce à la griffe au bout de mon organe diabolique, qui sort sur commande pour marquer les candidates à la damnation. Je le referais dans ses autres orifices. Puis je la marquerai de mes griffes noires, que j’ai déjà stratégiquement utilisées dans son couloir d’escalier, au cas où un autre démon comme Baphomet trouverait un moyen de se pointer. A propos de griffes… je n’ai pas réussi à les dissimuler. C’est mon erreur, avec les yeux dorés. Mes ongles sont longs, pointus et noirs. Pas terrible pour un humain… je cache donc mes mains sous des gants en cuir. Ça me donne un style qui détonne avec celui des autres hommes présents à cette soirée. Mais quand le diable s’invite à la fête, il doit être repérable immédiatement, pour pouvoir inviter à danser les imprudentes et leur faire oublier ce qu’elles laissent derrière elle.
— Salut, t’es nouveau dans la région ?
Une de ces candidates à la damnation vient de m’accoster. Je déporte mon regard sur elle, la scanne des pieds à la tête. Blonde, grande, mince, bronzée. Elle est pas mal. Mais je ne ressens pas sur elle cet appel au sexe, cette envie de luxure et de péché que j’ai reniflé dès le début sur Maelys. Ce qui attire cette fille, c’est mon costume Armani, ma grosse montre et les lunettes de soleil logotées qui sont accrochées au col de ma chemise.
— Je m’appelle Magali, insiste la fille en souriant, faisant craqueler son épaisse couche de fond de teint. Je suis la sœur de PH. Célib’… et toi ?
— Amadeo Ca’Diablo, lui réponds-je en citant ma couverture favorite, le riche magnat italien prodige du piano.
— Quel nom original !
— Je suis Italien. Vénitien, pour être plus exact.
— Waouh, la classe ! J’adore les masques vénitiens. Je trouve ça sexy… pas toi ?
Elle essaie de savoir si je suis kinky. Bien sûr, je le suis, comme tous les démons. Et elle commence à attirer mon attention. Maelys reste ma cible, mais rien ne m’empêche de dévoyer d’autres âmes en attendant d’avoir la sienne.
— Ça dépend. Si c’est porté par une très belle femme, nue dans un lit de satin…
Magali se met à glousser sans la moindre retenue. Elle a bu trop de vin.
— Quel romantique ! s’écrie-t-elle, les joues rouges. On voit bien que tu es Italien…
— Nous autres dé… Italiens portons ces choses au rang d’art, susurré-je d’une voix basse et mystérieuse.
— Quelles choses ? Tu pourrais me montrer…
— Pourquoi pas ? Mais j’habite loin d’ici.
— J’ai une voiture… murmure-t-elle en me montrant ses clés.
Un petit quickie dans sa Twingo. Pourquoi pas ? Mais je voudrais monter un peu le niveau, rendre l’expérience encore plus tentatrice. J’invoque rapidement un carrosse digne de ce nom, qui apparait sur le parking, ni vu ni connu, tandis que je lui parle.
— Allons plutôt dans ma Ferrari, proposé-je.
— Ta Ferra… oh !
Elle est séduite, et ne se pose aucune question. Je lui tiens la porte, la laisse passer devant, tout en surveillant Maelys. Elle ne me regarde même pas. Je lui ferais payer ça plus tard… en attendant, j’ai besoin de me dégourdir la verge avec cette gourgandine : cela fait des siècles que je n’ai pas baisé sous forme humaine.
*
— Tu n’enlèves pas tes gants ? me demande Magali, la bouche brillante de liquide séminal.
— Non. Continue à sucer ma queue.
Sa tête replonge sur mon bas-ventre, aidée en cela par la pression que ma main toujours gantée de cuir met sur sa tête. Je joue un peu avec ses cheveux décolorés, mais je m’ennuie passablement. C’est trop facile. Je pourrais sortir la griffe sur le bout de ma hampe, pour corser les choses… le sang coulant de sa bouche ferait une jolie addition au tableau, sans parler de ses cris de terreur.
Mais le diable se doit d’être séducteur. On verra plus tard, pour l’horreur. Quand elle aura signé de son plein gré.
— Tu aimes me pomper ?
Elle relève sur moi son regard de chaudasse, et lâche ma verge un court moment.
— Oh oui ! J’adore. Tu as une très belle queue, me complimente-t-elle en la caressant amoureusement.
— On me le dit beaucoup, en effet. Tu aimerais avoir l’occasion de la sucer encore ?
— J’adorerais… mais tu comptes t’en aller ?
Une lueur de déception passe dans ses yeux.
— Signe ce contrat, et tu la suceras tout le reste de ta vie, proposé-je.
Et même au-delà.
Je lui tends le papier que je viens de sortir de ma poche. Elle le regarde, interloquée.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un bulletin d’adhésion à mon fan-club personnel, l’ADAA.
— Tu es un genre de célébrité ?
La lumière revient dans ses yeux.
— On peut dire ça comme ça. Alors ?
— Je ne sais pas, je n’ai même pas de stylo… c’est cher, l’adhésion ?
— Je te demanderais juste ton âme. Quant au stylo, le voilà, dis-je en sortant une plume de verre du revers de ma veste. Pique-toi le doigt avec la pointe, et signe avec ton sang.
Elle me fixe un moment, interdite, puis éclate de rire. L’effet est bizarre, avec le pré-foutre qui souille sa lèvre humide.
— Tu ne manques pas d’humour… on dirait un contrat avec le diable !
— On ne peut rien te cacher.
— Et tu me balances ça comme ça !
— Contrairement à l’adage populaire, les démons sont honnêtes. Nous sommes tenus de proposer des contrats en bonne et due forme, et veillons à ce que les humains signent de leur plein gré.
— Si je te donne mon âme, qu’est-ce que j’obtiens en échange ?
— Tu voulais continuer à sucer ma bite, non ?
Elle peut avoir bien plus – même si ma queue est connue pour valoir tous les sacrifices - mais je préfère laisser les termes à l’imagination humaine, souvent défaillante. Les démons sont honnêtes, et ils sont flemmards, également. En outre, j’adore obtenir des âmes pour presque rien : la négociation serrée et les deals à perte, c’est l’une de mes passions, comme pour beaucoup de démons.
— Des balades en Ferrari, je dirais pas non…
— Des balades en Ferrari, c’est noté, dis-je en ajoutant mentalement cette ligne au contrat. C’est tout ?
— Avec un bel homme dedans, ajoute-t-elle en me faisant un clin d’œil.
— Un bel homme, d’accord.
Rien ne précise que ça sera moi. Ça ne le sera pas, d’ailleurs.
J’attends encore un peu, mais elle n’a pas d’autres idées.
— Signe, maintenant, la poussé-je, la voix plus rauque.
Elle glousse, émoustillée, et me laisse presser la pointe de la plume sur son pouce.
— Aie, ça pique ! s’écrie-t-elle en riant.
— C’est normal. Il faut pas mal de sang pour faire de l’encre. Une seule goutte ne suffit pas.
Sans rien dire, je lui tends la plume gorgée de son sang, qui est passée du cristal au rouge luisant.
Je retiens mon souffle – et mon sourire vainqueur – alors qu’elle signe.
Parfait.
Elle a à peine terminé que le parchemin disparait dans un nuage de fumée, sous ses yeux.
— Contrat signé, annoncé-je sous son regard stupéfait. Je t’annonce que tu viens de vendre ton âme pour quelques balades en Ferrari avec un chippendale. Suce, maintenant. Il faut un certain entrainement avant d’être capable de pomper efficacement des verges démoniaques, et je peux te dire que tu vas en sucer, des bites, en Enfer.
Lorsqu’elle baisse à nouveau les yeux sur ma verge, elle réalise qu’elle est sombre, sinueuse, et tout bonnement trop énorme pour sa petite bouche. La griffe dessus est sortie, tendue vers elle, prête à distiller son venin en elle. Puis elle voit la main aux longs ongles noirs qui la tient, mes cornes et mes yeux dorés.
Son hurlement déchire la nuit, montant vers la lune.
J’avais raison. Cette fille n’est pas comme Maelys. Si je ne lui étais pas apparu sous une forme séduisante, elle n’aurait pas cédé. Jamais elle n’aurait acheté un jouet à l’effigie de mon phallus démoniaque pour se faire plaisir, elle… et pourtant, elle va en profiter souvent, à partir de maintenant.
Mais pas autant que Maelys, pensé-je en retournant ma nouvelle proie sur le siège auto, les yeux fixés sur les fenêtres de la petite maison isolée à la lisière des bois devant laquelle j’ai matérialisé la Ferrari.
Magali – ma damnée – laisse échapper un gémissement alors que ma queue diabolique coulisse dans son anus dilaté. Comme toutes les maudites, malgré la douleur procuré par l’organe, elle ne peut pas se retenir d’aimer ça.
Mais Maelys reste ma cible privilégiée. Une damnée volontaire, que je n’ai pas eu à aller chercher, à convaincre avant de lui montrer la terrible réalité. La conquérir – et la forcer à se soumettre à moi – sera un challenge digne de moi, encore plus délicieux que le petit cul pas si serré de cette Magali. Il me suffit d’attendre le bon moment, celui où elle me tombera dans les bras comme un fruit bien mûr, dans les ombres d’où je l’observe constamment.

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