Chp 12 - Maelys : visite surprise

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— Coucou ! résonne une voix joyeuse au téléphone. Je suis en bas de chez toi, devant ta porte. Tu viens m’ouvrir ?

La visite impromptue de Nicolas, mon ex-prof de yoga, me prend au dépourvu. Je me hâte d’enfiler un jogging, un peu en panique. La chose traine toujours sur le lit depuis sa dernière utilisation – j’ai rêvé que je dormais dans les bras du démon -, je la recouvre du drap, et, sous le regard outré du chat privé de sa couverture, je dévale l’escalier.

Nicolas se tient derrière la porte vitrée, un grand sourire sur son visage franc.

— Bah alors ! Tu faisais la grasse mat’ ?

Je lui octroie un sourire rapide. Comme tous les maîtres yogis, Nico est un lève-tôt.

— Quelle bonne surprise, Nico.

— Je reviens d’une formation chamanique à Opoul et je passais dans le coin. Je me suis dit que j’allais m’arrêter te voir, puisqu’on te voit plus à l’ashtanga... tiens. J’ai ramené de quoi bouffer. Ça ne te dérange pas, au moins ?

Je secoue la tête. Dans une autre vie, je kiffais un peu Nico. Par conséquent, je suis incapable de lui dire non.

— Je ne t’attendais pas, mais entre.

— C’est pas comme si tu avais un emploi du temps de ministre, hein ! se moque-t-il gentiment en posant le pied dans le salon.

Ça c’est sûr. Merci de me le faire remarquer.

— Jolie maison, en tout cas. Et le château à côté, c’est celui de tes proprios ? Je suis passé devant en arrivant. Ils doivent vraiment avoir les moyens, j’ai vu leur Ferrari garée sous un chêne…

Une Ferrari ? Depuis quand les De Loris ont une bagnole comme ça ? Ils sont friqués, mais pas tant que ça, vu qu’ils ont besoin de louer leurs dépendances… puis je me rappelle ce qu’a dit Cédric, le photographe chasseur, hier : « putain la bagnole ! » Il y avait bien une Ferrari garée quelque part.

Qu’importe. Ce que les proprios font de leur fric ne me regarde pas.

Je propose un thé à Nico - comme tous les maîtres yogis, il ne boit pas de café - et le laisse cinq minutes, le temps de me rendre plus présentable. À la vue de mon visage bouffi par le sommeil et le stupre, de mes cheveux collés, je pousse un long soupir de bête blessée.

Bon. Je suis une bonne copine, me rappelé-je.

En bas, Nico s’est déjà installé dans le canapé.

— Faut que je te raconte cette formation, attaque-t-il. C’était incroyable !

Je trempe les lèvres dans mon chai.

— Vas-y.

— C’était organisé par cette nana dont je t’ai parlé, là.

— Celle des huttes de sudation ?

— Celle-là. Cette fois, le thème, c’était de se reconnecter avec son féminin profond. Un truc tantrique, quoi.

— Tantrique ? Comme le bouddhisme ésotérique himalayen ?

— Plutôt comme l’union sacrée avec sa kundalini. Tu sais, cette énergie qu’on libère lors des rapports sexuels...

J’avale une autre gorgée de son thé. Nico est lancé. Je l’écoute me raconter en long en large son « union » avec une série de participantes plus que consentantes, toutes plus sexy les unes que les autres et désireuses de « libérer leur kundalini ».

Et dire que pendant des mois, j’ai quêté un signe de ce mec, qui venait me raconter chaque semaine ses plans cul avec des nanas rencontrées la veille !

Stage de massage, masterclass de postures en équilibre... Dans chacune de ces formations, il y avait un vivier de femelles en chaleur mille fois plus bonnes que moi, Maelys Colinot, qui continuait à attendre comme un petit chien fidèle sa pâtée en retard. Qui n’a jamais été servie, soit dit en passant. Je dois être la seule meuf de son cours de yoga que Nicolas n’a jamais baisée, si on met de côté Henriette, la doyenne du groupe. Il s’est même tapé les mecs. Nico est bi, et ne s’en cache pas.

Une voix sombre résonne à mon oreille, alors que je sens la pression d’une main glaciale sur mon épaule.

Laisse tomber ce nul, susurre la voix rauque de la créature. Mets-le à la porte, et reviens te coucher. Je vais te faire oublier ses vantardises.

Je sursaute, surprise. C’est la première fois que la créature se manifeste alors que je suis avec une autre personne. Sans doute parce que j’ai oublié de ranger le gode…

— Tu es là ? demandé-je.

Nicolas me regarde, circonspect. Déjà, il s’est arrêté de s’écouter parler, ce qui est plutôt surprenant.

— Ben oui, je suis là, Maelys !

— Je te disais pas ça à toi... lâché-je avant de me mordre l’intérieur de la joue.

Quelle conne ! Si je voulais passer pour une vieille folle qui perd la boule dans sa campagne, je n’aurais pas pu trouver mieux.

Mais Nico sourit.

— Tu le disais à qui, alors ? À ton ange gardien ?

Mon ange gardien. Un ange avec une grosse queue bien veineuse et une langue experte en cunni... tu ne crois pas si bien dire, coco.

— À propos d’ange gardien, on a travaillé sur les plans astraux lors du stage, enchaîne-t-il.

Et c’est reparti. La projection astrale nécessitant apparemment de longues et humides séances de massage nus dans la nature, Nico embraye sur sa pratique du Kâma-Sûtra avec les pratiquantes féminines du stage, et leurs mecs volontaires pour un plan à plusieurs.

Bla, bla, bla. Il a pas fait un quart de ce qu’il te raconte, intervient la créature de son ton grinçant. Fous-moi ça dehors. J’ai envie de mettre ma chose dans ta petite pochette de velours.

— Non, gémis-je.

— Non quoi ? s’enquiert Nico, les deux mains sur sa tasse de thé.

— Non, rien...

Si tu le fais pas, c’est moi qui vais le virer ! insiste le démon.

— Fais pas ça !

Nico ouvre de grands yeux ronds, bien bleus.

— Ne fais pas quoi ?

— Rien !

Cette fois, le démon garde le silence. Mais il prenait de plus en plus d’initiatives. En se remémorant l’empressement dans la voix de la créature (« J’ai envie de mettre ma chose dans ta petite pochette de velours... »), je rougis violemment.

— Eh ben, t’as besoin de te détendre, toi, remarque Nico en me regardant d’un air suspicieux. Que dirais-tu d’un petit massage ?

— Désolée Nico, je suis un peu limitée en ce moment... on ne m’a toujours pas payé mes heures de vacation, ni mon chômage.

— Ah ah, toujours aussi radine, la fac ! C’est pas grave. Tu me paieras en avis Google.

Je remercie et accepte, émue par tant de générosité. Je suis reconnaissante envers Nico qui teste toujours ses nouvelles compétences sur moi gratuitement, lorsqu’il revient de formation. Il n’est pas obligé de m’en faire profiter.

Cette fois, Nico n’a pas sa table de massage avec lui.

— Ça ira très bien comme ça, déclara-t-il en étalant une couverture sur le parquet de ma chambre. Je te laisse te déshabiller et te mettre sous le plaid. Tu m’appelles quand tu as fini !

Une fois la porte refermée, je retire mon gros pull informe. Au début, je tentais de se montrer sous son meilleur jour lorsque je voyais Nico. Mais c’était difficile de s’habiller sexy en allant au yoga en vélo, et là, Nico m’a prise au dépourvu... de toute façon, j’ai fini par lâcher l’affaire. Nico ne s’intéresse pas à moi. Comme la plupart des hommes, il me voit comme une bonne copine à qui raconter ses frasques. Ah ça, les mecs adorent se confier à moi ! Soi-disant, j’ai la faculté d’écouter comme personne. J’aurais dû être psy, ou flic.

Je t’en foutrais, une oreille compatissante, maugréé-je intérieurement. J’ai le droit d’être baisée, moi aussi. Ça ne doit pas être réservé qu’aux minces !

L’image que me renvoie le miroir n’est guère flatteuse. Depuis que je me suis retirée dans cette cambrousse, je ne vais plus chez le coiffeur. Et, même si j’ai perdu du poids récemment, je sais pertinemment que je n’obtiendrais jamais ce corps tonique d’influenceuse fitness que Nico prise tant. J’ai toujours été rondouillarde, plus ou moins molle et graisseuse.

Une nuage de brume noire se matérialise derrière moi.

Moi, ça me convient très bien, susurre la chose en enroulant ses bras autour de ma taille. Il te faut un peu de gras pour que je puisse te saisir par les hanches.

Je me fige. Jamais je n’ai aperçu le propriétaire de la chose : je l’ai juste senti. Mais sa silhouette apparait dans le miroir, ombre immense qui avale toute la lumière derrière moi. Et les deux mains posées sur son ventre sont bien réelle, malgré leur couleur de nuit et leurs ongles comme des lames, d’un noir d’encre.

— Non, soufflé-je en sentant le désir me gagner. Pas ici !

Je vais te faire jouir, réplique la créature dans mon oreille, maintenant. Devant ce type s’il le faut. Je n’en peux plus d’attendre.

— Pas devant lui ! m’affolé-je.

Pour toute réponse, le démon me mordille la nuque. Son membre durci, particulièrement imposant, presse contre mon dos, et je dois résister à l’envie de me frotter dessus comme une chatte en chaleur. La chose est prête. Et elle a faim.

Je sais que je dois la satisfaire. Et surtout, me soulager, moi. Je m’allonge sur le drap, face contre le tissu, et écarte les cuisses. Les mains griffues du démon viennent me caresser, et je ne tarde pas à sentir une longue langue mouillée sur mes fesses. Lorsque l’appendice de chair, dont le bout est délicieusement pointu, s’engouffre dans mes replis déjà humides et gonflés, le plaisir fuse immédiatement dans mon entrejambe. Je retiens mon cri dans mon poing.

— Nico est juste là, à l’extérieur..., protesté-je pour la forme.

Il attendra, réplique sombrement la créature avant de plonger en moi.

La pénétration est plus douloureuse que ce que j’anticipais. Je me mets néanmoins à bouger le bassin rythmiquement pour accompagner le mouvement : mon démoniaque amant aime ça, et moi aussi.

Je tente de me redresser pour jeter un œil sur le monstre - puisqu’il semble visible en plein jour - mais à chaque fois que je relève la tête, il me repousse face contre la couette. En outre, la montée du plaisir me fait bientôt perdre tout sens commun. Le démon possède la faculté inhumaine de faire bouger son membre pendant l’acte. Il peut le vriller, le faire tourner dans tous les sens. C’est divin.

Soudain, je sens quelque chose s’accrocher au fond de mon vagin. J’ouvre la bouche sur un cri silencieux, aussitôt court-circuité par la paume froide de la créature. Puis une main rassurante vint se poser sur sa croupe, tant pour la calmer que pour l’immobiliser.

Ne bouge pas. Je dépose ma marque diabolique en toi.

— Ta marque ? demandé-je, un peu inquiète.

Oui. Tu es ma sorcière. C’est le moment.

— Pourquoi maintenant ? gémis-je. Ce n’est pas un peu tôt ?

— Avec ce Nico dans les parages, c’est le bon moment au contraire. Tu es mienne. Il doit le comprendre ! gronde le démon d’un ton possessif.

Je tente de me dégager, mais la créature me tient fermement. Et soudain, je sens quelque chose de brûlant.

Voilà, tu portes mon sceau. J’espère que tu es honorée ! Je ne le donne pas facilement. Les démones de mon fan-club attendent encore !

— Les démones de ton…

La chose se retire centimètre par centimètre, en émettant un grognement de satisfaction. Lorsque je parviens enfin à redresser la tête pour la regarder dans le miroir, elle a disparu. Ne reste plus que ma silhouette nue allongée sur le ventre, l’entrecuisse passablement mouillée.

— Toc toc, fait alors Nico en passant la tête dans la porte. Je peux entrer ?

Je vois son sourire fondre comme une glace au soleil, alors qu’il me découvre complètement à poil, un sex-toy démoniaque entre les jambes.

Merde.

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