Chp 13 - Asmodius : rivalité

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Il était temps que j’intervienne. Sans mon apparition, cet humain minable l’aurait baisée sans vergogne, en profitant de son innocent « massage ». J’aurais été forcé de regarder, sans rien pouvoir faire. J’enrage en imaginant ce que j’aurais ressenti : aucune femme n’a accepté un autre homme après avoir goûté à mes infernales ardeurs, cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de mes nombreux et sulfureux contacts avec les humaines. Cela aurait constitué un humiliant précédent qui aurait posé une tâche indélébile sur ma réputation de Roi des Incubes, et Tentateur Suprême.

Mais ce Nico a tout de suite compris à qui il avait affaire. La taille de mon superbe engin lui a montré qu’il n’était pas à la hauteur. Entre mâles, on se comprend. Et il a cédé le terrain, la queue entre les pattes.

Je décide de faire apparition en chair et en os pour enfoncer un peu plus le clou. Je me matérialise dans mon plus bel apparat à côté de ma Ferrari – encore imprégnée de l’odeur de stupre, de sueur musquée et de phéromones sexuelles de ma conquête de la veille -, juste au moment où il récupère sa voiture – une banale Toyota Yaris à la peinture rayée, sans enjoliveurs.

Ses yeux détaillent ma haute et athlétique silhouette mise en valeur par un élégant manteau noir, s’attardant sur le pantalon de cuir qui gaine mes muscles et moule avantageusement mes parties. Je sais qu’il est bi, et je sais ce qu’il est en train de se dire : « Par tous les saints, qui est ce bel étalon ? »

— Bonjour, lance-t-il d’une voix où perce l’admiration.

Je glisse mes yeux mordorés sur lui, pile au moment où les rayons du soleil de la fin de journée tapent dans mon iris, le rendant – j’en suis conscient – aussi translucide que de l’or liquide.

— Bonsoir, lui réponds-je de ma voix la plus sombre.

Il s’attarde, continue de me mater.

— Vous vivez là ?

— Je viens juste rendre visite à quelqu’un, dis-je mystérieusement.

— Ah. La fille des proprios ?

— Non. Une locataire.

— Agathe Colinot ? demande-t-il, un peu troublé.

Agathe, la sœur de Maelys. Une femme mariée. Ça pourrait, mais non.

— Sa sœur, lâché-je, volontairement laconique.

À l’expression stupéfaite qu’affiche Nico, je comprends qu’il ne s’attendait pas à ce qu’un homme – et encore moins un homme comme moi – s’intéresse à cette fille qu’il se garde sous le coude depuis des années. J’identifie immédiatement son profil de pécheur : ce type est un pervers narcissique, fasciné par son propre reflet, qui a besoin de la validation des femmes pour se faire mousser. Maelys l’impressionne parce qu’elle est indépendante et a l’air de se foutre de tout, alors il l’utilise comme miroir pour son petit ego. Réaliser qu’un plus gros poisson – un requin royal, en l’occurrence – a mis la main sur elle lui déplaît profondément.

Tant mieux.

Il ouvre la bouche pour dire quelque chose, puis se ravise. Il jette un dernier coup d’œil à ma voiture, à sa plaque – HE 666 LL -, et encore sur ma personne qui le contemple avec dédain, les bras croisés. Une expression de défaite cuisante se lit dans ses yeux. Enfin, il baisse la tête et, sur un dernier salut empreint de juste respect, vide les lieux.

J’ai viré ce mâle inopportun de mon territoire. C’était facile : ça le serait moins avec un autre démon. Mais la satisfaction est là.

Maintenant, il est temps d’aller retrouver Maelys. Elle va avoir besoin de réconfort. Et cela, c’est à moi, son démon, le seul porteur d’équipement mâle autorisé à l’approcher, de le lui fournir.


*


Je la trouve prostrée dans sa cuisine. J’hésite à la prendre dans mes bras pour la porter dans sa chambre et lui faire oublier ce fâcheux épisode à l’aide d’une nouvelle baise vigoureuse, mais d’un autre côté, j’ai envie d’observer sa réaction, et surtout, je veux que cette intrusion lui serve de leçon. On ne peut pas échapper à l’emprise d’un démon, et encore moins revenir à une vie normale après en avoir connu un. Même si elle faisait appel à un exorciste, il ne pourrait pas me chasser. Pas maintenant que j’ai mis ma marque sur elle. Son nom est désormais inscrit dans mon registre personnel, le Livre des Damnées, aussi appelé par mes fans énamourées « Liste VIP du seigneur Asmodius ». Mon tableau de chasse prestigieux. J’y ajoute toutes les signatures de mes conquêtes – il me manque celle de Maelys, justement -, avec leur nom, leur description – comportement au lit, fantasmes, péchés, forces et faiblesses – ainsi qu’un petit souvenir personnel : en général une mèche de cheveux ou de poils pubiens. Lorsque je l’ouvre, il me suffit de renifler une page pour revivre les heures de coït effréné et les savoureux ébats que j’ai vécu avec ces pécheresses, qu’elles soient humaines ou démones. J’aime bien le faire tranquillement assis à mon bureau, une de mes fans à genoux entre mes jambes, occupée à vénérer ma queue. Les plaisirs de l’esprit ET du corps, tout en même temps. Qu’y-a-t-il de mieux, à part la poursuite d’une âme en passe d’être corrompue par mes soins ?

C’est le cas de Maelys, qui continue à se morfondre en pensant à son idiot d’humain. J’attends qu’elle m’appelle, les bras croisés, adossé au mur derrière la chaudière. Si elle levait ses yeux humides, elle pourrait me voir. Mais elle ne le fait pas. Elle continue à m’ignorer… comment est-ce seulement possible ? Personne ne m’a jamais ignoré. Personne.

Appelle-moi. Supplie-moi de te donner du plaisir, ou même, de te venger de ce Nico. Je le ferais avec joie. Et en échange, tu me donneras enfin ton âme.

Mais Maelys ne me demande rien de tout ça. Le gode est toujours là-haut, abandonné sur la serviette dans sa chambre, alors qu’il devrait avoir droit à un autel à sa gloire et nourri de stupre tous les jours, matin et soirs. Si mes fans en Enfer voyaient ça… mon prestige en prendrait un grand coup. Lorsque Maelys les aura rejointes, elle paiera pour toutes ces humiliations. Mais en attendant…

Ma queue bat avec irritation en la voyant tordre ses doigts rougis l’un sur l’autre. Foutue humaine… pourquoi se lamente-t-elle comme ça ? Et pourquoi ai-je envie de la réconforter ? Je devrais l’enfoncer, au contraire. Me moquer d’elle. Ah, les femmes… elles me perdront.

Je me suis assez repu de sa détresse. Il est l’heure d’intervenir, maintenant. Je dois lui dire la vérité sur ce nul qu’elle porte aux nues. Son adoration ne devrait être dirigée qu’envers un seul objet : moi.

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