Chapitre 1

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- Elyn ! Arrête-toi, s’il te plaît !
Joan courait derrière moi, essoufflé, les cheveux collés à son front.
J’avais décidé de fuir ce lycée et ses maudits élèves bourrés d’hormones et de mauvaises intentions.

- Tu ne peux pas faire ça ! Le directeur t’attend, reviens !
- Joan, je vais bien. Laisse-moi tranquille.

Je continuais d’avancer sans me retourner. S’il voyait mon visage, il comprendrait. Et je refusais qu’il comprenne.
J’avais, encore une fois, été le centre de l’attention. Pas pour les bonnes raisons.

Il m’attrapa le bras, me forçant à m’arrêter. Je gardai les yeux fixés devant moi. Il ne devait pas voir que j’avais pleuré.

- Écoute… Aria cherche juste à te provoquer. On la connaît tous. Elle veut juste attirer l’attention. Regarde-moi… ce n’est pas elle que…

- On n’est pas ensemble. Tu fais ce que tu veux avec qui tu veux. Ça ne me regarde pas.
- Mais Elyn-
- C’est fini. Ce n’est pas moi que tu dois consoler, Joan. C’est elle ta copine d’après ce qu’elle a dit. Lâche-moi.

Je me dégageai brusquement et m’éloignai avant qu’il ne décide de me suivre encore. Il fallait que je m’isole. Que je respire.

Cette journée avait pourtant si bien commencé… jusqu’à ce midi.
À la cafétéria.
Aria avait décidé de m’anéantir. Pourquoi ? C’était encore un mystère.

Mon journal était entre ses mains. Ou plutôt… ses copies. Des dizaines de feuilles dispersées sur les tables.
Chaque mot que je n’avais jamais osé prononcer à voix haute. Mes pensées les plus intimes offertes en pâture.

- Oh, Elyn, te voilà ! lança Aria avec un sourire féroce, ses trois copines ricanant dérrière elle. Je savais que tu écrivais bien… mais je ne pensais pas trouver autant de… sincérité. Et tout ça, pour lui… Je crois donc que tu n’es pas au courant… Mais Joan et moi, on s’est remis ensemble.

Les rires commencèrent doucement, puis gonflèrent, comme une vague.

Un élève le lut à haute voix :

Comment son sourire peut-il me hanter,
Même quand tout le monde rit ?

Chaque mot qu’il souffle me consume,
Et me laisse nue devant eux.

Il est la flamme que je ne peux saisir,
La lumière qui me brûle et me trahit.

Cette passion, violente et cruelle,
Me déchire… et pourtant je l’aime.

Quelqu’un siffla. Quelqu’un applaudit.
Ma gorge brûlait. Mon cœur battait trop vite.

Et puis je commençais à comprendre. Mon casier.
Il n’y avait qu’une seule personne capable de ça. Aria.
Elle l’avait forcé. Elle m’avait humiliée. Devant tout le monde.

Une rage sourde monta en moi. Puis, je le vis prendre mes pensées dans ses mains, en rire avec ses amis. Son regard s’accrocha quelques instants au mien. Il avait tout lâché. Avait-il compris que ces mots n’étaient que pour lui ?
Soudain, quelque chose se serra dans ma poitrine, trop fort, trop vite. Les rires devinrent lointains, étouffés, comme sous l’eau.
L’air vibra autour de moi. Et tout bascula.

Lorsque je repris conscience, le directeur vociférait. Les plateaux, les tables et les chaises étaient renversés aux quatre coins de la cafétéria. La purée tapissait les murs et les fenêtres. Une bataille de nourriture faisait rage.

J’entendais des cris. Des éclats de rires. Des voix paniquées.
Mais surtout… j’étais la seule intacte. Pas une tâche. Pas une éclaboussure. Comme si le chaos m’avait évité délibérément.

- Mademoiselle Karvel, dans mon bureau ! Immédiatement ! hurla le directeur.

Je sentais la colère d’Aria envers moi, elle était remplie de purée et d’épinards, le repas gastronomique de la cafétéria. Mais je ne pouvais pas détacher mon regard de Joan. Lui aussi me regardait, comme s’il avait vu un fantôme. Qu’avait-il vu ? Lui aussi allait finalement penser que j’étais la folle que tout le monde décrivait : celle qui restait dans son coin, sans amis, mangeant seule… excellant dans toutes les matières, sauf le sport.

Joan. Il était pourtant le seul à m’adresser la parole. Plusieurs fois, en groupe ou à la bibliothèque, nous avions travaillé ensemble. Avec lui, je me sentais… en sécurité. Même si nous n’étions pas vraiment amis.

Mon cœur battait trop vite. Mes mains étaient moites. Pourtant, je savais que cette sécurité fragile venait d’être ébranlée.
Je pris conscience du monde autour de moi, comme si, au moment où nos regards s’étaient accrochés, tout s’était effacé.
Mon cœur me criait d’aller vers lui, lui expliquer… mais mon corps refusait d’obéir. Il voulait fuir cette scène de crime.

Je saisis mon sac et me mis à courir, aussi vite que mes jambes et mon souffle me le permettaient.
Mes yeux laissaient échapper toute la frustration, toute la colère sourde qui brûlait mes veines.
Chaque pas me semblait exploser sous moi. Chaque battement de cœur martelait ma poitrine.
Je ne pouvais plus rester ici. Pas dans ce lycée. Pas après ça.

Je passai la porte du lycée. Elle qui était toujours verrouillée… me laissa sortir.
Je continuai de courir. Chaque foulée faisait vibrer mon corps, comme si le monde lui-même amplifiait ma colère et ma peur.
À la fois prête à rugir de colère et exaltée par cette sensation de liberté, je sentais l’adrénaline pulser dans mes veines.
Le soleil semblait plus lumineux. Le chant des oiseaux plus fort. Le vent caressait ma peau comme s’il me poussait en avant.

Une feuille tourbillonna soudain près de moi. Je n’y fis pas attention… mais elle frémissait, comme si elle vibrait avec ma colère.
Mon souffle me semblait s’accorder avec le rythme du monde. Chaque arbre, chaque brise, chaque lumière autour de moi répondait à mon agitation.
Subitement, je sentis quelque chose qui me fit m’arrêter… une vibration étrange dans l’air, presque imperceptible.
Comme si le monde autour de moi se figeait, attentif à chacun de mes mouvements. Je sentis mon coeur bondir. Un frisson parcourut mon échine. Une intuition sourde me chuchotait que quelque chose allait changer.

Dans l’ombre d’une ruelle adjacente, une silhouette se dessina.
Je ne la vis pas encore… mais son regard semblait m’observer.
Quelque chose me disait que ma fuite venait de devenir bien plus compliquée que je ne le pensais.

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