Chapitre 4
Le miroir d’obsidienne s’illumina d’un éclat pâle. La directrice ne sursauta pas. Elle attendait ce signal. Trois ombres glissèrent à la surface du verre, rapides, coordonnées.
C’était pour aujourd’hui, elle le sentait.
— Trois, murmura-t-elle.
La porte s’ouvrit aussitôt. Il entra sans un mot, chaque pas mesuré, mais ses yeux trahissaient une légère tension. Il avait senti que quelque chose n’allait pas dès l’instant où l’appel mental était arrivé. La directrice ne détourna pas le regard du miroir.
— Ils seront autour d’elle dans dix minutes.
Il se figea.
— Combien ?
— Trois. Synchronisés. Ils la prennent en tenaille.
L’image se précisa : derrière le jardin, ses parents étaient à l’intérieur. Ils ne verraient rien.
Le regard du jeune homme se durcit.
— Pourquoi maintenant ?
— Parce qu’elle est vulnérable.
Le silence s’étira, lourd, comme si le temps s’épaississait dans la pièce.
— Huit minutes cinquante.
Il s’approcha du miroir, les muscles légèrement tendus. Ses doigts effleurèrent le rebord du cadre noir, comme pour se raccrocher à quelque chose de tangible.
— Niveau de menace ?
La directrice scruta les signatures, immobile, froide comme toujours, mais ses yeux trahissaient un éclair de prudence.
— Un chasseur. Un voyageur. Et le troisième…
Elle marqua une pause, le silence pesant sur eux.
— Celui-là bloque ma vision.
L’air sembla se densifier autour du jeune homme. Il inspira lentement, sentant l’adrénaline affluer, le cœur battre plus fort que ses mots ne le montraient.
— Quelle est ma mission ?
— Tu la sauves. Sans te faire repérer.
— Et s’ils tentent de lui parler ?
— Ils n’en auront pas le temps.
Cinq minutes.
Une vibration parcourut le miroir, subtile mais irrésistible. Ils s’approchaient. Il sentit ses poings se serrer, ses muscles se tendre instinctivement. Même avec toute sa formation, le danger palpable lui donnait un frisson dans la nuque.
— Je reviendrai avec elle.
La directrice leva la main. Un cercle de lumière fendit l’espace derrière lui.
— Attention à toi.
Il se retourna. Ses yeux croisèrent, fugacement, ceux de la directrice. Une infime tension, à peine perceptible, traversa son visage d’ordinaire impassible.
— S’ils ont localisé sa position… c’est qu’elle est prête à entendre ce que nous avons à lui dire. Mais tu ne dois pas te faire repérer. À aucun prix.
Une seconde de silence.
— Je dois y aller.
Elle acquiesça, et en un souffle, il disparut dans l’éclat du cercle.
Le miroir redevint noir, laissant la directrice seule. Son reflet lui renvoya un regard plus dur qu’à l’ordinaire, mais derrière la froideur, il y avait cette petite étincelle d’inquiétude qu’elle n’admettait jamais.
— Pas ce soir, murmura-t-elle, presque pour elle-même.
Et l’image se brouilla.

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