Chapitre 8

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Il fallait absolument que je m’éloigne d’elle.

Tout en elle me criait d’en apprendre davantage. Et c’était précisément le problème. Lysera l’avait remarqué, j’en étais certain. Son regard s’était attardé une seconde de trop sur moi lorsqu’elle m’avait demandé d’entrer dans son bureau. Elle testait toujours.
Je suis formé pour devenir un guerrier.
Qu’importe le clan auquel j’appartiendrai demain.
Qu’importe les missions, les alliances ou les sacrifices.

Rester concentré était la seule option.

Avec elle, j’avais fait le minimum. Cafétéria. Aile Ouest. Les règles. Mais je ne pouvais pas l’accompagner jusqu’à sa chambre. Connaître l’emplacement exact aurait franchi une limite. Alors j’avais menti. Pas un véritable mensonge, les élèves n’avaient pas le droit d’errer dans les quartiers opposés. Mais en tant que référent, il était de mon devoir de l’accompagner correctement.

Et je ne l’avais pas fait. Depuis plus de deux ans, j’avais accueilli des dizaines de nouveaux élèves. Certains effrayés, d’autres arrogants certains brisés mais aucun ne m’avait ébranlé.

Elle, si. Et c’était au-dessus de mes forces.

Alors, après l’avoir laissée devant cette porte, j’avais ressenti le besoin immédiat de m’éloigner, de réfléchir. Elle réveillait quelque chose en moi. Mes instincts de soldat, mais pas seulement. Quelque chose d’autre. Un instinct de protection que ma formation avait méthodiquement étouffé. À force de discipline et d’entraînement, au point que j’avais fini par douter de son existence.

Et pourtant…

Face à elle, il s’était manifesté sans que je ne le contrôle. Ce n’était pas bon. Un combattant ne protège pas une personne. Il protège un ordre.

Alors pourquoi, ce soir, lorsqu’elle était sur le point d’exploser… j’avais ressenti ce besoin irrépressible d’être près d’elle ? Pourquoi j’avais choisi de me mêler de cette histoire alors que j’étais à l’autre bout de la salle ?

Mais j’avais senti sa détresse. Comme un appel.

Pas un cri.
Pas un mot.

J’avais attrapé Soren et Elric sans vraiment leur expliquer. Ils m’avaient suivi sans poser de questions — comme toujours. Pour quoi faire ? Je n’en savais rien.

Je savais seulement que je devais d’être présent.

Nous nous étions placés autour d’elle, presque naturellement. Un réflexe d’entraînement, de cohésion. Nos énergies s’étaient alignées sans un mot, formant un champ invisible, la protégeant du regard des autres, amortissant la pression.

Elle faisait face à Lysera et Kael. Je me trouvais juste derrière elle, sentant sa puissance vibrer dans son dos. Sa respiration était saccadée, ses mains tremblaient et l’air autour d’elle semblait vibrer.

Puis, soudain… Je la sentis vaciller. Sa force diminua d’un coup, comme une flamme privée d’air. Je n’avais pas réfléchi. Je m’étais projeté en avant au moment exact où ses jambes cédaient. Je l’avais rattrapée avant qu’elle ne touche le sol. Elle était légère. Et une fois dans mes bras, tout s’accéléra.

Les voix.
Les ordres.

Elle était inconsciente. Il fallait la transférer à l’infirmerie, ils sauraient quoi faire. Ils comprendraient ce qui venait de se produire. Moi, non. Je la serrai une seconde de trop, puis la déposai sur le lit. Lysera l’avait déjà vu. Parce qu’au fond, je savais. Je ne pourrais pas m’attacher à elle. Elle était déjà en train de devenir mon point faible.

Et un guerrier…

Un vrai guerrier ne peut se permettre d’en avoir un.

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