Chapitre 21

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Les semaines s’enchaînaient, lentes et rapides à la fois. Chaque jour apportait son lot de fatigue, de stress, mais aussi de petites victoires.

Après ma matinée avec Joan, j’avais pris le chemin de l’infirmerie. Neris était allongée sur un lit, encore un peu pâle, et moi, j’avais l’impression de devoir me faire pardonner pour tout ce qui s’était passé.

– Je… je voulais m’excuser pour cette nuit..., murmurai-je en m’approchant.

Elle leva les yeux vers moi, et son sourire effaça toutes mes hésitations.

– Ne t’inquiète pas, c’est déjà oublié, dit-elle simplement.

Elle avait une beauté douce, presque discrète. Ses cheveux blond cendré encadraient un visage fin aux traits délicats, et ses yeux vert clair semblaient toujours observer le monde avec calme et lucidité. Elle parlait peu, mais sa voix posée avait quelque chose d’apaisant.

Neris n’était pas du genre à attirer l’attention, pourtant sa présence rassurait. Sous son apparente fragilité se cachait une force tranquille, une détermination silencieuse qui la rendait bien plus solide qu’elle ne le laissait paraître.

Et depuis ce jour, nous étions devenues inséparables. Je n’avais jamais eu une amie avec qui je pouvais tout partager, et le fait que nous soyons au même étage avait rendu notre lien encore plus fort.

Darian, lui, semblait délaisser ses propres amis pour passer du temps avec Neris et moi. Ensemble, nous formions un drôle de trio : une complicité silencieuse et instinctive, ponctuée de moments de rires et d’inquiétudes partagées. Parfois, Kael venait se joindre à nous, mais Darian et lui n’arrivaient pas à réellement s’entendre. Aucun des deux ne faisait d’effort pour changer cela. Pourtant, je voyais bien que Kael ne s’éloignait jamais vraiment.

À l’école, les cours reprenaient leur rythme. Mes notes s’amélioraient progressivement, signe que je commençais à reprendre pied dans ce monde étrange. Ma magie, elle, me demandait énormément d’énergie. Chaque tentative de contrôle était un effort constant, une danse fragile entre concentration, colère et peur. Je sentais mon corps fatigué, mon esprit parfois à bout, mais chaque progrès était un souffle d’espoir.

Chaque soir, je rentrais dans ma chambre, épuisée mais satisfaite. Je savais que mes progrès n’étaient que le début, que chaque réussite serait suivie d’un nouveau défi. Pourtant, avec Neris et Darian à mes côtés, j’avais l’impression que je n’étais plus seule dans ce monde qui me dépassait parfois.

Le professeur Dusk avait pris un rôle central dans mon apprentissage depuis cette fameuse nuit dans le jardin. Après ce chaos, il ne se contentait plus de corriger mes erreurs : il me guidait, me donnait des conseils précis, m’enseignait à canaliser la lumière, à respirer avec mon pouvoir plutôt que contre lui. Ses leçons étaient exigeantes, mais elles me faisaient grandir, et j’avais le sentiment de pouvoir enfin apprivoiser cette force qui, autrefois, me terrifiait.

C’est aussi lui qui avait fini par accepter de m’inclure aux combats d’entraînement en cours de défenses.

Je me souvenais encore très bien du jour où mon nom était sorti pour la première fois.

– Aujourd’hui, annonça le professeur Dusk, vous allez combattre contre un adversaire tiré au sort.

Un murmure parcourut les élèves.

– Vous ne choisirez pas toujours vos ennemis, continua-t-il. Apprenez à vous adapter.

Il plongea la main dans le récipient posé sur la table.

– Voyons…

Il tira un papier et marqua une légère pause.

– Elyn.

Son regard se posa brièvement sur moi, comme pour vérifier ma réaction.

– Approche.

Je sentis plusieurs regards se tourner dans ma direction tandis que je me levais.

Le professeur tira un second papier.

– Caly.

Il leva les yeux vers elle un instant.

– Je suppose que tu es consciente de ce que j’attends de toi.

Mon cœur se serra.

Quelques élèves échangèrent des regards. Tout le monde connaissait la tension entre nous.

Caly me fixait déjà.

Son sourire n’avait rien d’amical.

– Évidemment, dit-elle doucement. Il fallait que ça tombe sur toi.

Je ne répondis rien.

Nous nous plaçâmes face à face au centre du cercle. Autour de nous, les élèves formaient un large anneau.

Le professeur Dusk fit un pas en arrière.

– Combat d’entraînement. Pas de magie.

Son regard s’attarda un instant sur Caly.

– Contrôle avant pouvoir.

Elle hocha la tête sans quitter mes yeux.

– Commencez.

Caly attaqua immédiatement.

Je vis à peine le premier coup arriver. Je levai le bras pour bloquer, mais l’impact me fit reculer d’un pas.

Elle enchaîna sans me laisser respirer. Un coup vers mon épaule. Une feinte. Puis un balayage rapide qui faillit m’envoyer au sol. Je réussis à garder l’équilibre de justesse.

Caly se redressa avec un petit rire.

– C’est ça, la fameuse élève spéciale ?

Je serrai les dents.

Elle attaqua encore. Cette fois, je réussis à esquiver le premier coup. Mais le second me frôla la joue.

– Tu es trop lente, dit-elle froidement.

Je tentai de riposter en attrapant son bras, mais elle se dégagea aussitôt et me poussa violemment en arrière. Je trébuchai presque.

Autour de nous, les murmures reprirent.

Caly tournait lentement autour de moi, légère sur ses appuis, comme un prédateur jouant avec sa proie.

– Tu sais ce qui m’énerve le plus ? reprit-elle.

Elle s’approcha encore.

– Tout le monde parle de toi.

Son regard brûlait d’une rancœur évidente.

– Elyn par-ci. Elyn par-là.

Elle attaqua de nouveau.

Je bloquai le coup, mais elle utilisa mon mouvement pour me tirer vers l’avant. Je réussis à me dégager.

– Et pourtant… continua-t-elle.

Elle pencha légèrement la tête.

– Tu es pathétique.

La colère monta en moi.

Je pris une inspiration.

Caly utilisait toujours la même stratégie : rapidité, pression constante, attaques imprévisibles. Si je continuais à subir, je perdrais. Elle attaqua encore.

Cette fois, j’anticipai.

Je me décalai au moment précis où son bras passa devant moi et attrapai son poignet. J’utilisai son propre élan pour tirer vers l’avant et pivoter.

Pendant une fraction de seconde, son équilibre vacilla. Je tentai de la projeter.

Le cercle autour de nous devint soudain silencieux.

Caly bascula vers l’avant… puis se rattrapa au dernier moment, roulant sur l’épaule avant de se relever.

Ses yeux s’assombrirent.

– Tu crois vraiment que ça change quelque chose ?

Sa voix n’avait plus rien d’amusé. Je bloquai un coup. Puis un autre. Mais elle était trop rapide. Son poing heurta mon épaule avec force. La douleur me fit grimacer.

Je tentai de reculer, mais elle me rattrapa aussitôt et me poussa violemment. Je perdis l’équilibre et tombai à genoux.

Un rire bref lui échappa.

– Regarde-toi.

Je me redressai, essoufflée.

Caly me fixait avec une haine ouverte maintenant.

– Tu n’as rien à faire ici.

Elle fit un pas vers moi.

– Tu es une erreur.

Je serrai les dents.

La colère battait dans mes tempes, mais je refusais de lui donner raison.

Je refusais de rester à terre. Je me relevai complètement.

– Reprenez position, ordonna le professeur Dusk.

Son regard passa brièvement sur moi.

– Respire, Elyn.

Caly se remit en garde, sûre d’elle. Elle attaqua la première. Son bras fendit l’air vers mon visage.

Mais cette fois, je n’étais pas en retard.

Je pivotai brusquement, esquivai de justesse et attrapai son poignet dans mon mouvement. Son propre élan la déséquilibra.

Avant même d’avoir le temps de réfléchir, mon poing partit. Il frappa son flanc, un vrai coup. Le bruit sourd résonna dans le silence du cercle.

Caly recula d’un pas, surprise.

Sa main se posa instinctivement sur l’endroit où je l’avais touchée.

Autour de nous, les élèves s’étaient figés. Personne ne parlait. Personne ne respirait vraiment.

Les yeux de Caly se relevèrent lentement vers moi, la surprise s’étant effacée, remplacée par quelque chose de bien plus sombre.

Une colère pure.

– Toi…

Sa voix n’était plus moqueuse, elle était froide. Je sentis l’air changer autour de nous, comme une tension invisible qui se resserrait.

Un frisson remonta le long de ma colonne vertébrale.

– Caly, dit le professeur Dusk, plus fermement.

Mais elle ne l’écoutait plus. Son regard ne quittait pas le mien.

– Tu crois vraiment… trancha-t-elle.

Une vibration parcourut l’air. Je la sentis avant même de la voir.

Sa magie.

– …que tu peux me toucher ?

Sa main se leva légèrement et une lueur sombre se forma dans sa paume.

– CALY ! tonna Dusk.

Mais l’énergie partit trop vite. Elle me frappa en plein torse comme une onde brûlante et la douleur explosa dans ma poitrine. L’air quitta mes poumons d’un coup.

Je fus projetée en arrière. Le sol me heurta violemment.

Un cri traversa les spectateurs.

– ÇA SUFFIT !

La voix du professeur Dusk claqua comme un coup de tonnerre et la pression magique disparut instantanément.

J’essayai de respirer, mais une brûlure aiguë me traversait la poitrine. Une ombre couvrit mon champ de vision.

Le professeur s’était placé entre nous. Son regard était dur. Glacial.

Mais quand il s’accroupit près de moi, sa voix fut plus basse.

– Ne bouge pas.

Il posa brièvement une main sur mon épaule pour m’empêcher de me redresser.

Puis il releva la tête.

– Caly.

Un silence écrasant tomba sur la cour.

– Dans le bureau de la directrice. Immédiatement.

Caly respirait fort. Ses yeux brûlaient encore de colère. Mais elle ne protesta pas. Son regard passa une dernière fois sur moi.

Plein de mépris.

– Elle ne mérite pas d’être ici.

Puis elle tourna les talons et s’éloigna.

Et moi… je restai au sol, la poitrine en feu, avec la terrible impression que ce combat ne faisait que commencer.

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