Chapitre 30

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Les portes de la salle commune s’ouvrirent devant moi, et je m’arrêtai aussitôt.

La pièce n’avait plus rien de familier. Tout avait été transformé. Des guirlandes lumineuses flottaient au-dessus des invités, mêlées à des rubans dorés qui captaient la lumière à chaque mouvement. Les vitraux projetaient des éclats colorés sur le sol, et la musique emplissait l’air d’une énergie douce, presque irréelle.

Le parquet brillait sous les pas des danseurs, comme un miroir vivant où se reflétaient les silhouettes masquées. Pendant un instant, j’en oubliai même pourquoi j’étais là.

Puis la lettre me revint en mémoire. Je l’avais rangée sans la relire, soigneusement cachée comme si cela pouvait en atténuer le poids. Ses mots continuaient pourtant de résonner en moi… un engagement suspendue que je n’étais pas sûre de vouloir affronter.

– Waouh… soufflai-je, en prenant une longue inspiration.

– C’est magnifique, hein ? répondit Neris, les yeux brillants. Et tu verras, ça ne fait que commencer !

Nous nous dirigeâmes vers une table un peu à l’écart et nous installâmes, laissant nos masques protéger nos identités dans la lumière dorée de la salle. Neris s’adossa au dossier de sa chaise, observant la pièce avec un petit sourire en coin, tandis que je posais mon verre sur la table, les yeux toujours attirés par les danseurs.

– Tu penses qu’on va vraiment réussir à danser sans se marcher dessus ? demandai-je, mi-sérieuse, mi-amusée.

– Oh, ne t’inquiète pas pour ça, répondit-elle en riant. On va gérer… et qui sait ? Peut-être qu’on finira par faire tourner tout le monde sur le parquet.

Je laissai échapper un petit rire, le cœur un peu plus léger qu’il ne l’avait été depuis plusieurs jours. Entre la magie du bal et la présence rassurante de Neris, l’ombre des tensions avec Caly et Darian semblait, pour un instant, s’éloigner. Pourtant, au fond de moi, la lettre restait dans un coin de mon esprit, fragile promesse d’un moment à venir.

À ce moment là, Darian apparut, glissant presque silencieusement entre les invités. Il portait un costume noir parfaitement ajusté, avec une chemise blanche légèrement entrouverte au col et des chaussures en cuir brillant. Une fine chaîne argentée pendait à sa veste, ajoutant une touche de sophistication, et son masque sobre laissait deviner son sourire confiant, cette allure détendue et presque provocante qui le rendait impossible à ignorer.

– Je dois dire que vous êtes bien installées pour observer le chaos du bal, mesdames.

Sa voix, douce et légèrement moqueuse, me fit sourire malgré moi. Il s’assit sans cérémonie, posant ses coudes sur la table et croisant les jambes, parfaitement à l’aise.

– Alors… comment s’est passée votre matinée ? demanda-t-il, se penchant légèrement vers nous comme s’il se délectait de nos petites préoccupations.

– Plutôt tranquille, répondit Neris avec un sourire, même si elle ne pouvait s’empêcher de lancer un regard en direction de la porte, presque comme pour vérifier quelque chose.

– Et toi, Darian ? Tu as réussi à survivre à toutes tes obligations ? plaisantai-je, mi-amusée.

Il ricana légèrement, un éclat de malice dans les yeux.

– Oh, tu sais… toujours plus ou moins. Rien de dramatique. Mais il faut bien dire que cette ambiance est bien plus intéressante que mes comptes rendus de missions.

Je remarquai un léger haussement de sourcils, comme s’il pesait chaque mot. Il avait ce mélange étrange d’assurance et de retenue, comme si derrière ce sourire se cachait quelque chose qu’il ne voulait pas encore révéler.

– Alors, je suppose que tu es prête à affronter la piste, Elyn ? demanda-t-il finalement, son regard accrochant le mien, plus sérieux mais toujours teinté de ce même amusement.

Je sentis un frisson me parcourir. Le bal venait à peine de commencer, et pourtant, avec Darian ici, il semblait déjà chargé de promesses et de tensions.

Neris, soudain plus sérieuse, pencha la tête et le fixa avec un petit sourire rusé.

– Au fait… quand est-ce qu’Elric arrive ?

Darian haussa les épaules, un sourire amusé aux lèvres

– Dans pas très longtemps maintenant. Je crois qu’il ne va pas tarder.

Elle hocha la tête, satisfaite, avant de se lever pour aller chercher des verres pour tout le monde, toute excitée à l’idée de préparer le terrain.

Darian se rapprocha de moi, un air malicieux dans les yeux.

– Tu sais, j’ai parlé avec Elric. Il n’a pas eu le courage, lui non plus, d’inviter la fille qu’il voulait. Mais ce soir… il va se rattraper. Il m’a dit qu’il lui proposerait de danser.

– Ah oui ? Eh bien, mieux vaut tard que jamais.

Il se recula légèrement, mais j’avais la sensation qu’il ne parlait pas seulement pour son ami.

Au même instant, Neris arriva avec les boissons, un sourire déterminé aux lèvres.

– Elyn, je vais faire comme tu as dit : prendre mon courage et l’inviter à danser ! On ne peut pas refuser une fille en robe de bal, non ?

Darian et moi échangeâmes un regard complice. Sans un mot, nous nous étions compris.

– Je suis certaine qu’il ne te refusera rien, Neris, glissai-je avec un grand sourire.

Elle n’entendit à peine ma réponse que son regard accrocha l’entrée d’Elric.

– Souhaitez-moi bonne chance ! dit-elle en disparaissant dans la foule.

Un silence s’installa après son départ.

– Je crois que je vais en entendre parler longtemps, plaisantai-je. Elric ne va pas s’en remettre.

– Je pense que moi aussi ! répondit Darian en riant légèrement.

Puis son expression se fit plus sérieuse.

– Tu viens donc de te faire voler ta cavalière, j’ai l’impression… pourrais-je te proposer d’être la mienne ?

Je le regardai, sans voix. Etait-ce lui qui m’avait envoyé cette carte ?

Avant même que je puisse répondre, Kael arriva, le regard déjà fixé sur la salle.

– Où se cache donc Neris ? Vous n’aviez pas dit que vous iriez ensemble ?

Mon regard se posa sur lui. Kael portait un costume sombre aux lignes nettes, avec une chemise bleu pâle qui tranchait délicatement sur la veste ajustée. Une fine broderie argentée courait le long du col et des poignets, ajoutant une touche subtile d’élégance. Ses chaussures en cuir noir poli reflétaient la lumière des guirlandes, et son masque fin accentuait le mystère de son regard intense et attentif.

– Figure-toi qu’elle a invité Elric ! Ou l’inverse peut-être ..

– Enfin, ça fait des années que j’entends parler qu’ils se cherchent ! enthousiasma Kael.

Je restai immobile, incapable de décider qui regarder ni quel mouvement faire. Kael me lançait ce regard intense et patient, comme s’il attendait de lire ma pensée, tandis que Darian, à mes côtés, affichait ce sourire tranquille et malicieux qui me donnait envie de céder. Mon cœur battait trop vite, et j’avais l’impression que tout le reste de la salle disparaissait autour de nous.

Soudain, Neris surgit à mes côtés, un verre à la main et un sourire triomphant aux lèvres.

– Allez ! cria-t-elle, ne me laissant même pas répondre. On va danser !

Avant que je ne puisse protester, elle m’attrapa par le bras et m’entraîna vers la piste. Je jetai un coup d’œil aux garçons : Kael haussa un sourcil, amusé, tandis que Darian sembla se plier au jeu avec un éclat de rire. Même Elric, qui venait d’arriver avec Neris, fut entraîné malgré lui.

– Eh bien… soupirai-je en riant malgré moi. Je crois qu’on n’a pas le choix.

La musique enveloppa la pièce, et Neris nous guida avec une énergie incroyable. En quelques secondes, nous étions cinq sur le parquet, virevoltant entre les couples de danseurs. La robe bleu nuit glissait autour de moi à chaque pas, tandis que Neris riait en me poussant légèrement vers le centre pour que nous formions un petit cercle.

Kael se rapprocha doucement, mais sans insistance, ses mains guidant les miennes avec délicatesse. Darian, lui, suivait chaque mouvement avec fluidité, laissant ses yeux pétiller à chaque fois que nos regards se croisaient. Et Elric, visiblement amusé, se laissait entraîner par Neris dans ce tourbillon improvisé.

Pendant un instant, la tension qui me semblait insoutenable quelques secondes plus tôt se mua en une complicité étrange mais délicieuse. Les rires, la musique et le mouvement effaçaient presque toutes mes hésitations. Neris, fidèle à elle-même, ne laissait rien au hasard et veillait à ce que tout le monde reste au centre de la danse, nous unissant dans un ballet improvisé mais étonnamment harmonieux.

Je sentis la chaleur des regards, la proximité de Kael et la malice de Darian, tout en riant avec Neris et Elric. Et dans ce moment suspendu, j’eus conscience que cette danse resterait gravée dans ma mémoire : cinq amis liés par la musique, l’énergie de Neris, et cette tension délicieusement électrique qui rendait le bal inoubliable.

Puis quelque chose changea de façon subtil., presque imperceptible.

Le mouvement de Kael ralentit avant de s’arrêter complètement. Son regard se fixa au-delà de moi, vers l’entrée de la salle. Darian suivit, et son sourire s’effaça aussitôt, remplacé par une expression plus dure, plus fermée que je ne lui avais encore jamais vue.

Je clignai des yeux, surprise, comme si l’air venait de se tendre sans que je comprenne pourquoi.

Et pourtant, autour de nous, tout continuait.

Mon regard dériva alors vers le bord de la piste. Par réflexe plus que par réelle attention.

Un frisson parcourut mon dos, et dans la masse de masques, un éclat familier de yeux me fixa quelques secondes. Mon cœur se serra. Ces yeux… je les connaissais.

Je l’avais déjà vu. Chez moi, quand tout a basculé.

Je me figeai au milieu de mon mouvement.

Et l’espace d’une seconde, je crus voir l’homme me regarder.

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