Chapitre 35
Le craquement résonna encore dans le couloir. Kael et moi restâmes figés une fraction de seconde.
Puis tout se passa très vite.
Le visage de Kael se ferma immédiatement. La fatigue que j’avais vue quelques minutes plus tôt disparut, remplacée par une concentration froide.
– Elyn, murmura-t-il.
Je compris à son ton que quelque chose n’allait vraiment pas.
Un autre bruit retentit. Plus proche cette fois. Un pas. Puis un second.
Quelqu’un se déplaçait dans le couloir.
Kael attrapa doucement mon bras et me tira légèrement en arrière.
– Recule.
Mon cœur battait à tout rompre.
– Tu as dit que les protections-
– Elles sont censées empêcher ça, coupa-t-il.
La poignée de la porte bougea légèrement et Kael jura à voix basse.
Il se tourna vers moi, son regard soudain extrêmement sérieux.
– Écoute-moi bien.
Mon estomac se noua.
– Va dans ta chambre.
– Quoi ?
– Maintenant.
La poignée bougea de nouveau.
Plus fort.
– Les protections de ta chambre sont plus puissantes. Si quelque chose entre ici, ils ne pourront pas passer cette porte.
Je secouai la tête.
– Je ne vais pas te laisser-
– Elyn.
Sa voix claqua.
– Cours.
La porte s’ouvrit brusquement.
Trois silhouettes vêtues de noir se précipitèrent dans la pièce.
Kael réagit immédiatement.
L’air autour de lui sembla se tordre une fraction de seconde et il disparut pour réapparaître devant l’un des assaillants.
Un choc violent résonna.
– MAINTENANT ! cria-t-il.
Je n’hésitai plus.
Je tournai les talons et me précipitai dans le couloir. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine.
Derrière moi, des bruits de lutte éclatèrent. Un objet se brisa, puis un cri étouffé.
Je ne devais pas me retourner.
La porte de ma chambre n’était qu’à quelques mètres. Encore quelques pas. Je tendis déjà la main vers la poignée.
Puis quelqu’un surgit devant moi.
Je m’arrêtai net.
L’homme me fixait avec un calme glaçant.
Et je le reconnus immédiatement. C’était celui que j’avais aperçu à l’école. Celui qui m’avait attaqué chez moi.
Un frisson parcourut tout mon corps.
– Toi…
Il esquissa un sourire froid.
– Enfin.
Je reculai d’un pas.
– Ne bouge pas, dit-il doucement.
Je ne l’écoutai pas. Je me retournai brusquement et tentai de courir vers la chambre de Kael.
Mais il fut plus rapide.
Sa main se referma violemment sur mon bras. Je poussai un cri de surprise.
– Lâche-moi !
Je me débattis de toutes mes forces, essayant de lui donner des coups, mais sa prise était implacable.
– Pas si vite.
Je tentai d’appeler Kael. Mais ma voix mourut dans ma gorge quand il me tira brutalement vers lui.
– Tu nous as donné beaucoup de travail, Elyn.
Je me débattis encore.
– Je ne sais pas de quoi vous parlez !
Il sortit quelque chose de sa poche.
Deux bracelets métalliques.
Avant que je comprenne ce qu’il faisait, il attrapa mon poignet et referma l’un des bracelets dessus. Et un déclic sec résonna. Puis l’autre.
Instantanément, la sensation familière de chaleur qui habitait mon corps disparut. Comme si quelqu’un avait coupé un courant invisible.
Je me figeai. Mon pouvoir. Il n’était plus là.
La panique m’envahit.
– Qu’est-ce que vous m’avez fait ?
– Rien de permanent, répondit-il calmement.
Il serra un peu plus fort mon bras.
– Disons simplement que nous avons… neutralisé certaines de tes capacités.
Un bruit violent résonna derrière nous.
Un fracas brutal, sec, qui déchira le silence du couloir.
Je me retournai brusquement.
Kael venait d’être projeté contre le mur, avec une force telle que la pierre vibra sous l’impact. Une fissure fine se dessina derrière lui, et pendant une seconde, tout sembla suspendu.
Puis tout explosa.
Il retomba au sol mais se redressa aussitôt, une lueur féroce dans le regard. L’air autour de lui se mit à trembler, chargé d’une énergie instable. Une onde invisible parcourut le couloir, faisant vaciller les lumières accrochées aux murs.
— Reculez…
Sa voix était basse. Dangereuse.
Trois hommes sortirent de l’ombre, comme s’ils avaient toujours été là. Leurs mouvements étaient synchronisés, précis, presque mécaniques. Aucun d’eux ne parlait.
Le premier attaqua.
Kael leva la main, et une impulsion de magie jaillit, frappant l’air devant lui comme une déflagration. L’homme dévia l’attaque au dernier moment, son bras parcouru d’une lueur sombre qui absorba une partie du choc.
Le second profita de l’ouverture. Un coup violent dans les côtes.
Le bruit me glaça.
Kael plia légèrement, le souffle coupé, mais riposta aussitôt. Il attrapa son assaillant par le col et le projeta sur le côté avec une force brute. Le corps heurta le sol dans un bruit sourd. Mais il ne resta pas à terre.
Le premier surgit derrière lui. Je ne l’avais pas vu arriver. Une chaîne fine, presque invisible, siffla dans l’air avant de s’enrouler autour du bras de Kael. Dès qu’elle le toucha, une étincelle éclata… puis sa magie vacilla.
— Non… chuchotais-je.
Kael tira violemment, essayant de s’en libérer. L’énergie autour de lui se mit à pulser de façon irrégulière, comme si elle lui échappait.
— Maintenant !
L’autre se jeta sur lui au même moment. Il le percuta de plein fouet, le projetant au sol. Le choc résonna dans tout le couloir.
Kael continua de lutter. Ses muscles se tendirent, ses mains cherchant à se libérer, ses épaules se soulevant dans un effort presque désespéré. Pendant une seconde, il réussit à repousser l’un d’eux, roulant sur le côté pour reprendre appui.
Ses yeux accrochèrent les miens.
Une seconde.
— LÂCHEZ-LA ! cria-t-il.
Sa voix était rauque, chargée d’une urgence qui me serra la poitrine.
Mais ils étaient déjà sur lui.
L’un immobilisa ses jambes, son poids écrasant. Un autre attrapa ses bras, les tordant dans son dos malgré sa résistance. Puis, il sortit quelque chose de sa poche.
Les mêmes bracelets.
Je sentis immédiatement la magie qui en émanait.
— Non ! Hurlais-je.
Kael se débattit une dernière fois, une vague d’énergie éclatant autour de lui, faisant trembler les murs, soulevant la poussière du sol. Pendant un instant, je crus qu’il allait se libérer. Mais les bracelets se refermèrent sur ses poignets.
Et tout s’arrêta.
Sa magie disparut, comme si elle n’avait jamais existé.
Kael se figea.
Son corps encore tendu… mais vidé de toute force, son souffle court et son regard toujours accroché au mien. Impuissant.
Le silence retomba brutalement dans le couloir. Je vis immédiatement le moment où sa magie s’éteignit. Il tenta encore de résister, mais ils le forcèrent à se mettre à genoux.
Et mon cœur se serra.
– Kael !
Il releva la tête vers moi.
– Elyn, ne-
Mais quelqu’un le bâillonna avec sa main.
Une seringue apparut dans la main de l’un des hommes.
– Non ! criai-je.
L’aiguille s’enfonça alors dans son cou. Kael se raidit. Puis son corps se relâcha lentement.
Ses yeux se fermèrent.
– KAEL !
Je me débattis de toutes mes forces. Mais l’homme derrière moi resserra sa prise.
– Calme-toi.
Une autre seringue apparut devant mes yeux.
Et mon cœur accéléra.
– Non, non, non, non…
Je tentai de reculer. Mais je n’avais aucune chance.
L’aiguille perça ma peau. Une sensation froide se répandit immédiatement dans mon bras.
– Non… murmurai-je.
Ma vision commença à se brouiller. Les murs du couloir semblèrent onduler et mes jambes devinrent soudain incroyablement lourdes.
– C’est… quoi…
– Juste un sédatif, répondit la voix de l’homme. Tu vas dormir un moment.
Je tentai de rester éveillée. De lutter.
Mais le sol semblait se dérober sous mes pieds.
La dernière chose que je vis fut Kael étendu sur le sol.
Puis l’obscurité m’engloutit.
***
Je ne savais pas combien de temps était passé. Mais quand je rouvris les yeux, tout était flou.
Le monde oscillait autour de moi. J’étais allongée et quelque chose vibrait sous mon dos.
Un moteur. Surement une voiture.
Je tentai de bouger mais mes poignets étaient attachés, les bracelets étaient toujours là.
La sensation d’absence de magie me donnait l’impression qu’on m’avait arraché une partie de moi.
Des voix murmuraient quelque part.
– …encore inconsciente ?
– Pas pour longtemps.
Je tentai de parler mais ma langue semblait trop lourde.
Et mes paupières retombèrent.
L’obscurité revint.
***
Je me réveillais de nouveau à cause d’un virage brusque.
Ma tête cogna contre quelque chose.Une douleur sourde pulsa dans mon crâne.
La voiture ralentissait. Je tentai à nouveau de bouger mes mains. Impossible, les bracelets serraient toujours mes poignets.
Je cherchai Kael du regard. Il était là, allongé à quelques mètres de moi. Toujours inconscient.
Un mélange de peur et de colère monta en moi. Mais mes forces m’abandonnaient déjà.
La voix de l’homme revint.
– Elle ne tiendra pas longtemps.
– Parfait.
Quelqu’un ouvrit une petite trappe dans la cloison. Une autre seringue apparut.
Je voulus protester. Mais je n’eus même pas le temps. La piqûre fut rapide. Le froid envahit mon bras. Ma vision se brouilla une dernière fois.
Et cette fois…
Je ne me réveillai pas.

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