Chapitre 36

3 minutes de lecture

Un silence régnait dans la pièce, presque palpable, qui semblait absorber chaque bruit avant même qu’il n’existe.

Elle ne leva pas immédiatement les yeux lorsque la porte s’ouvrit. La pointe de sa plume glissait encore sur le papier avec une précision irréprochable, traçant une dernière ligne d’une écriture fine et régulière, comme si rien, absolument rien, ne pouvait interrompre ce geste.

– Entrez.

Sa voix était calme, parfaitement maîtrisée, dénuée de la moindre inflexion.

L’homme s’avança de quelques pas, s’arrêtant à distance respectueuse du bureau. Il garda le silence, droit, immobile, attendant qu’elle lui accorde toute son attention.

Elle reposa finalement sa plume, avec lenteur, avant de relever les yeux vers lui.

– Votre rapport.

Il inclina légèrement la tête.

– L’opération s’est déroulée conformément aux prévisions.

Elle ne réagit pas immédiatement. Son regard restait posé sur lui, attentif.

– Les cibles ont été capturées sans incident majeur. Aucune perte de notre côté. Le site a été entièrement sécurisé, puis nettoyé. Il ne reste aucune trace exploitable.

Un léger silence s’installa.

– Toutes les cibles ?

– Oui.

Il marqua une brève pause, presque imperceptible.

– Les quatre.

Ses doigts se posèrent sur la surface du bureau, immobiles, comme si ce simple contact lui suffisait à garder le contrôle de la situation.

– Et leur état ?

– Instable au moment de la capture, mais désormais maîtrisé. Les dispositifs de restriction fonctionnent correctement. Leur magie est neutralisée, ils ont tous reçu une dose de Nétrhyl.

Elle hocha très légèrement la tête, comme si cela relevait de l’évidence.

Une dose de ce calmant pouvait endormir un cheval pour trois jours.

– L’interrogatoire ?

Le garde prit une inspiration discrète.

– Il peut débuter dès cette nuit. Les sujets sont suffisamment affaiblis pour limiter toute résistance… mais encore conscients.

Un silence, plus lourd cette fois, s’étira entre eux.

– Vous attendiez mon autorisation.

Ce n’était pas une question.

– Comme toujours.

Elle détourna brièvement le regard, comme si la réponse n’avait aucune importance, puis le reporta sur lui.

– Dans ce cas, ne perdez plus de temps.

Sa voix resta posée, mais chaque mot semblait tomber avec une précision implacable.

– Commencez immédiatement.

Le garde inclina la tête.

– Bien.

Elle resta silencieuse un instant, comme si elle évaluait déjà chaque variable, chaque conséquence possible.

– Combien d’hommes sur place ?

Le garde hésita à peine.

– Une dizaine, pour assurer le périmètre et—

– Non.

Le mot tomba, sec, tranchant.

Elle releva légèrement le menton, son regard se durcissant imperceptiblement.

– Réduisez.

Un court silence suivit, chargé d’incompréhension contenue.

– Madame… le site—

– Est déjà sécurisé, coupa-t-elle calmement. Inutile d’attirer davantage l’attention.

Elle se leva lentement, contournant le bureau avec une maîtrise parfaite, chaque pas mesuré.

– Trop d’hommes, c’est trop de regards. Trop de mouvements. Trop de questions.

Elle s’arrêta, juste assez près pour que ses mots portent sans qu’elle ait besoin d’élever la voix.

– Je veux le minimum.

Un léger temps.

– Cinq. Pas un de plus.

Le garde hocha la tête, cette fois sans discuter.

– Les plus efficaces, ajouta-t-elle. Discrets. Ceux qui savent se taire.

Elle détourna déjà le regard, comme si la décision était prise depuis longtemps.

– Je ne veux aucun bruit autour de cette affaire.

– Oui. Ce sera fait.

Il reprit, après une courte hésitation :

– Les prochaines informations vous seront transmises dans sept nuits, à la même heure.

Elle resta silencieuse un instant, le regard légèrement perdu, comme si ce délai s’inscrivait dans un schéma plus vaste, déjà anticipé.

– Assurez-vous que d’ici là…

Elle marqua une pause presque imperceptible.

– ... elle soit brisée.

L’homme ne répondit pas tout de suite, mais son acquiescement fut sans équivoque.

– Ce sera fait.

– Vous pouvez disposer.

Il s’inclina une dernière fois avant de se retirer. La porte se referma sans un bruit, laissant la pièce replonger dans ce silence lourd, presque oppressant.

Elle resta immobile quelques secondes, les doigts toujours posés sur le bureau, comme si le temps lui-même avait suspendu sa course. Puis, lentement, elle se leva. Son regard se posa sur un objet isolé, légèrement à l’écart.

Une photographie.

Elle s’en approcha sans précipitation, et la saisit avec une délicatesse presque mécanique, comme si ce geste avait été répété des centaines de fois. Ses yeux parcoururent les visages figés sur le papier.

Des femmes et un homme, un passé.

Son expression ne changea pas. Pourtant, quelque chose, dans la fixité de son regard, trahissait une attention plus profonde.

— Dix-sept ans… murmura-t-elle finalement.

Les mots glissèrent dans l’air sans réellement la troubler. Dix-sept ans d’attente, de silence.

Elle la reposa exactement à sa place, avec un soin presque excessif, comme si déplacer cet objet risquait de déranger un équilibre fragile. Puis elle resta là, un instant.

Avant de retourner s’asseoir, déjà replongée dans ce calme absolu, comme si rien de tout cela n’avait jamais compté.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Sandy Beauvallet ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0