Chapitre 38

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Je restai allongée sur le sol froid, incapable de faire autre chose que respirer lentement.

Le silence autour de moi semblait presque irréel après tout ce qui venait de se passer. Il n’était jamais total : quelque part dans le bâtiment, des pas résonnaient parfois, des portes grinçaient, des voix lointaines murmuraient. Mais ici, dans cette cellule, tout paraissait suspendu.

Il n’y avait plus que moi.

Et mes pensées.

Elles revenaient sans cesse au même moment. Le regard de Neris. La manière dont les gardes avaient attrapé la chaîne de ses menottes.

Je fermai les yeux un instant, mais l’image resta là, gravée derrière mes paupières.

Je n’avais rien fait, parce que je l’avais écouté. J’aurai du me battre pour qu’ils la laisse tranquille. Mais je l’avais laissée partir.

La culpabilité se répandit dans ma poitrine comme un poison lent. Alors, je restais là, allongée sur un sol de béton, me pensant incapable de sauver qui que ce soit.

Un frisson me parcourut.

Tout avait commencé à cause de moi.

Si je n’avais pas blessé Neris.. si je n’avais pas une magie particulière.. si je n’étais jamais venue à l’Institut…

Peut-être que rien de tout cela ne serait arrivé.

Kael ne serait peut-être pas en danger. Et Neris ne serait pas en train d’être interrogée quelque part dans cet endroit.

Je serrai les dents.

Chaque fois que je repensais au moment où les gardes l’avaient emmenée, mon estomac se nouait. Elle était calme, comme si elle savait que je ne pouvais rien faire.

Mais moi, je savais. J’aurais dû essayer, me débattre, même hurler. J’aurai dû faire quelque chose.

Au lieu de ça, j’étais restée immobile, faible et inutile.

Mon regard se posa alors sur les bracelets métalliques autour de mes poignets. Le métal froid me mordait la peau. Ma magie était enfermée derrière ces anneaux, inutile, comme moi.

Un rire amer monta dans ma gorge, mais aucun son n’en sortit.

Sans ma magie, j’étais faible, je n’étais rien. Je redevenais la fille inconnu d’un lycée banal.

Mais une autre question revenait sans cesse.

Pourquoi moi ? Pourquoi tout ça ?

Ils avaient pris Neris, Kael aussi. Mais les gardes avaient été clairs. Ils étaient venus pour moi. Et Lysera l’avait elle-même confirmée.

Et l’homme qui avait essayé de me kidnapper chez moi… lui aussi semblait savoir exactement qui j’étais.

Pourquoi ?

Je n’étais à l’Institut que depuis quelques semaines. Je n’étais pas une élève exceptionnelle et j’étais loin d’être une menace, sauf quand ma magie était incontrolable, là je pouvais être une bombe humaine.

Alors pourquoi organiser tout ça pour m’enlever ?

Et si…

Et si cela n’avait jamais été une question de magie ? Et si c’était moi qu’ils voulaient depuis le début ?

Un frisson glacé remonta le long de ma colonne vertébrale. Je n’aimais vraiment pas cette idée.

Le silence dura encore quelques minutes. Ou peut-être plus longtemps. Le temps semblait étrange ici, étiré, imprécis. Puis des pas résonnèrent dans le couloir.

Mon cœur se mit immédiatement à battre plus vite.

Je restai immobile.

Mes paupières se fermèrent presque entièrement, ne laissant qu’un mince filet de vision. Si quelqu’un entrait, je voulais qu’il pense que j’étais encore à moitié inconsciente.

Les pas se rapprochèrent, plus lent que ceux des gardes précédents. Ils s’arrêtèrent juste devant la cellule.

Le silence revint.

– Psssst.

J’entrouvris légèrement les yeux.

Une silhouette se tenait près de la grille.

Quand mon regard se posa sur son visage, mon estomac se noua immédiatement. Je le reconnus encore une fois. L’homme qui avait essayé de me kidnapper chez moi, au bal, puis à la planque.

Et maintenant, il se tenait là, devant ma cellule, comme si tout cela était parfaitement normal.

Il m’observait attentivement, la tête légèrement penchée.

- Bien, murmura-t-il. Tu es réveillée.

Je ne répondis pas. Je ne savais pas si je devais parler. Ni même si j’avais la force de le confronter. Il jeta un regard rapide derrière lui dans le couloir, comme pour vérifier que personne ne l’écoutait.

Puis il se rapprocha légèrement des barreaux.

– Écoute-moi bien, dit-il à voix basse.

Son ton n’était ni agressif, ni menaçant. C’était presque… calme.

– Si tu coopères… et que tu restes tranquille, tout ira bien.

Je le fixai, incapable de comprendre ce qu’il essayait vraiment de faire. Pourquoi me dire ça ? Était-ce une menace déguisée ? Ou un avertissement ?

– S’il te plait, ne complique pas les choses, ajouta-t-il.

Pendant une seconde, son regard sembla hésiter, comme s’il voulait dire autre chose. Mais il se redressa finalement.

– On va venir te chercher bientôt, reste calme.

Puis il se redressa, tourna les talons et s’éloigna dans le couloir, ses pas disparaissant lentement dans un écho.

Je restai figée.

Mon esprit tournait à toute vitesse.

Coopérer.

D’accord, mais pourquoi voulait-il que je coopère ? Qu’est-ce qui m’attendait ?

Mais surtout, pourquoi était-il venu me dire tout ça ?

Quelques instants plus tard, des pas résonnèrent à nouveau.

Cette fois, ils étaient plusieurs. Des voix brèves, professionnelles.

Une clé tourna dans la serrure et la porte s’ouvrit brutalement.

– Debout.

Une main attrapa la chaîne de mes menottes et tira violemment.

Je me redressai difficilement. Mes jambes tremblaient encore légèrement sous l’effet du sédatif. Le monde sembla vaciller pendant une seconde. Mais je me rappelai les paroles de l’homme.

Si tu coopères…

Alors je ne résistai pas.

Les gardes me tirèrent hors de la cellule et me firent avancer dans un couloir. Les murs que l’on dépassaient étaient gris, nus, éclairés par des lampes blafardes qui projetaient des ombres dures sur le sol. L’air sentait le métal et les produits chimiques.

Chaque pas résonnait comme un coup de marteau dans le silence.

Nous traversâmes plusieurs couloirs, passâmes devant des portes fermées, descendîmes un escalier. Plus nous avancions, plus une sensation lourde s’installait dans ma poitrine. Finalement, nous nous arrêtâmes devant une grande porte métallique.

L’un des gardes l’ouvrit.

– Entre.

On me poussa à l’intérieur.

La pièce était large, presque vide. Au centre, trois chaises étaient alignées. Et sur chacune d’elles se trouvait une silhouette assise.

Trois personnes.

Immobiles.

Leurs visages restaient dans l’ombre.

Une peur sourde monta en moi : je ne savais pas qui elles étaient, ni ce qu’elles attendaient de moi.

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