Chapitre 39

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– Assieds-toi.

Une main appuya sèchement sur mon épaule, sans me laisser le moindre choix, et mon corps céda presque immédiatement sous la pression.

Je basculai sur la chaise métallique placée face aux trois silhouettes, le contact du métal glacé me traversant aussitôt, remontant le long de ma colonne comme un frisson brutal.

Avant même que je puisse reprendre mes esprits, deux gardes saisirent mes bras avec une précision mécanique.

Un cliquetis sec retentit, presque trop fort dans le silence de la pièce.

Le métal se referma autour de mes poignets, puis autour de mes chevilles, froid et impitoyable, tandis qu’une sangle passa brusquement sur ma poitrine, me plaquant contre le dossier avec une force suffisante pour couper un instant ma respiration.

Je tentai de tirer sur mes bras par réflexe, mais la résistance fut immédiate, absolue.

La chaise ne bougea pas d’un millimètre.

Elle était fixée au sol.

Mes doigts tremblaient légèrement, malgré moi, alors que le froid du métal s’insinuait lentement dans ma peau, remontant le long de mes bras comme une menace silencieuse.

Il fallait que je respire.

Je relevai lentement la tête.

Les trois silhouettes étaient assises face à moi, parfaitement immobiles, droites, presque irréelles dans leur absence de mouvement, tandis que la lumière, volontairement placée dans mon dos, les maintenait dans une obscurité calculée qui empêchait de distinguer leurs visages.

Mon regard dériva légèrement, cherchant instinctivement un détail, un indice, quelque chose à quoi me raccrocher.

Et c’est là que je compris qu’ils n’étaient pas seuls.

Derrière chacune des chaises se tenait une autre silhouette, droite, silencieuse, immobile comme une statue.

Trois assis. Trois debout.

Six. Et derrière moi… Deux.

Huit au total.

Mon cœur accéléra, plus fort, plus vite.

Qui dirige ? Qui observe ? Qui décide ?

Je forçai ma respiration à ralentir, essayant de reprendre le contrôle, même infime, de la situation.

Les assis parlaient peut-être. Les debout exécutaient. Ou l’inverse.

Non… ce serait trop simple.

– Bienvenue, Elyn.

Je sursautai légèrement, incapable de retenir la réaction. La voix venait de derrière moi. Un frisson glissa lentement le long de ma nuque, comme un avertissement que mon corps avait compris avant moi.

– Avant de commencer, je vais t’expliquer les règles.

Je serrai légèrement les mâchoires, tentant de m’accrocher à ce mot.

Donc il y avait un système.

– Tu vas répondre à toutes nos questions.

Un léger mouvement parmi les silhouettes en face attira mon attention, presque imperceptible, mais suffisant pour me faire comprendre que chaque geste ici avait un sens.

– Et pour chacune de tes réponses… nous vérifierons sa véracité.

Comment ? Magie ? Objet ? Une personne ici capable de le faire ?

Mon regard tenta de capter un détail, un souffle, une posture différente, quelque chose qui trahirait celui ou celle qui détenait ce pouvoir.

– Si tu dis la vérité, rien ne se passera.

Il laissa planer un silence.

– Mais si tu mens…

Un souffle effleura mon oreille, si proche que mon corps se raidit instantanément.

– Il y aura des conséquences.

Mon cœur cogna violemment contre ma poitrine, comme s’il cherchait à fuir.

Je déglutis difficilement.Il ne fallait pas que je panique. Mais, plutôt que j’observe et que je comprenne.

– Ton nom.

– Elyn.

Le silence s’étira, suspendu, comme si le temps lui-même attendait.

Puis, tout près de moi, à ma gauche.

– Vrai.

Je tressaillis légèrement. Le second homme se trouvait là, à ma gauche. Je serrai imperceptiblement les doigts. Je devais faire attention.

– Origine.

– Je ne sais pas.

– Vrai.

– Depuis combien de temps utilises-tu ta magie ?

Je marquai une hésitation, infime, presque inexistante.

Mais elle était là.

Et ils l’avaient vue.

– Trois ans.

Le silence qui suivit fut différent.

Je ne savais pas pourquoi j’avais préféré mentir, par peur de la vérité peut-être.

– Faux.

Et immédiatement, quelque chose changea. Un bruit sec retentit. Un choc. Un souffle brusquement coupé. Mon corps se redressa malgré moi, les sangles me retenant aussitôt. Un bruit de chaîne tendue, un corps qui se crispe, une respiration arrachée.

Mon estomac se noua violemment.

Si ce n’était pas moi...

La pièce sembla se refermer sur moi, comme un piège.

– Recommence.

Ma voix trembla légèrement, malgré tous mes efforts.

– Trois mois.

Un nouveau silence.

– Vrai.

Je fermai brièvement les yeux.

Ils ne me touchaient pas, ils passaient par eux. Chaque erreur… leur faisait du mal. Un froid bien plus profond que celui du métal me traversa. Je n’ai pas le droit à l’erreur. Les questions s’enchaînèrent, méthodiques, précises, sans jamais me laisser le temps de reprendre complètement mon souffle.

Nom des professeurs. Personnes proches. Capacités. Limites. Peur.

À chaque réponse, la validation tombait.

– Vrai.

Ou-

– Faux.

Et à chaque “faux”, la sanction suivait immédiatement. Un corps qui encaissait, parfois à droite, parfois à gauche, mais jamais les mêmes personnes d’affilées.

Je serrai les dents, mes mains crispées contre les attaches, tentant de ne pas réagir, de ne pas laisser paraître à quel point chaque son me transperçait.

Il ne fallait pas penser à eux. Répondre, survivre.

Mais c’était impossible, parce qu’ils voulaient que je ressente la détresse des pauvres victimes en face de moi.

– Combien de personnes es-tu prête à sacrifier pour survivre ?

Mon cœur rata un battement.

– Aucune.

Le silence tomba.

– Faux.

Le cri qui suivit me traversa de part en part.

Je sursautai violemment, tirant sur mes attaches, le métal mordant ma peau.

– ARRETEZ CA ! hurlais-je.

Je n’osais pas regarder. Je devais respirer, ne pas craquer.

J’entendais le souffle court de la personne en face de moi.

– Nous allons terminer par une dernière question… pour ce premier interrogatoire.

Sa voix s’était faite plus lente, presque posée, comme si tout cela n’était qu’un rituel parfaitement maîtrisé.

– Une question simple…

Le silence s’étira, encore, encore, jusqu’à devenir presque insoutenable.

– Si tu ne devais choisir qu’une seule personne à sauver…

Ma respiration se bloqua.

– qui serait-ce ?

Le temps sembla se figer autour de moi.

Mon regard resta fixé droit devant, refusant de bouger, refusant de voir.

Mais mon esprit, lui, n’obéissait plus.

– Non, non, non...

La lumière changea brutalement. Trois faisceaux s’allumèrentau dessus des trois personnes en face de moi. Je clignai des yeux, aveuglée. Et mon souffle se coupa net.

Ils étaient là. Attachés.

Neris, ses épaules tendues, son regard accroché au mien, intense, vivant malgré tout.

Kael, Le visage fermé, les mâchoires serrées, le regard dur, mais lucide.

Et-

Mon cœur s’arrêta.

Darian.

L’incompréhension me frappa de plein fouet.

Que faisait-il là ?

Son regard trouva le mien.

Et pendant une seconde, tout le reste disparut.

La pièce. Les voix. La peur.

Le sang au coin de ses lèvres. La tension dans son corps. Et ce regard… Il n’était pas empli de colère ou de peur. Mais plutôt quelque chose qui me déstabilisa complètement.

Je ne comprenais pas. Mes mains se crispèrent violemment contre les attaches, mes doigts blanchissant sous la pression. L’air me manquait.

– Alors, Elyn…

La voix derrière moi était presque douce, presque bienveillante.

– Prends ton temps.

Mensonge.

– Réfléchis bien.

Mon regard passait de l’un à l’autre, incapable de s’arrêter.

Neris.

Kael.

Darian.

Le poids de leurs vies reposait sur moi, écrasant, insupportable.

– Une seule réponse.

Mon cœur battait à m’en faire mal.

– Une seule personne.

Ma gorge se serra, sèche, incapable de produire le moindre son.

– Qui choisis-tu ?

Le silence devint une torture.

Chaque seconde s’étirait, interminable.

Chaque battement de cœur était une décision.

Chaque regard une condamnation.

Et je compris enfin.

Ce n’était pas un interrogatoire.

C’était quelque chose qui, quoi que je choisisse, ne pourrait jamais être réparé.

Parce que peu importe ma réponse, je les briserais.

Mes lèvres s’entrouvrirent alors légèrement.

– Toi.

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