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Le jour suivant, les cinq représentants du pavillon des chercheurs-cueilleurs se tenaient sur le perron, vêtus d’une tenue fournie pour l’occasion. Le soleil n’était pas encore levé mais l’ensemble de la guilde se tenait au seuil du bâtiment pour leur faire leurs adieux. Anton n'avait personne à qui dire aurevoir. Aussi fut il soulagé lorsqu'ils quittèrent l'entrée pour cheminer jusqu'aux écuries où leurs montures avaient été sellées par les soins des palefreniers. Il y retrouva Grise-mine, les blessures parfaitement pensées, et lui administra le contenu d’une des fioles anti-douleurs que lui avait fourni Orion.

Une fois en selle, ils parcoururent silencieusement les allées menant au palais de pierre. Les ruelles étaient vides. À l’inverse, la place du rassemblement grouillait d’une forte agitation. Tous était vêtu du même accoutrement que le leur tout en respectant les couleurs de leurs fonctions. Anton chercha, au milieu des tenues blanches, la chevelure blonde de Guinevere. Comme attendu, elle faisait partie du voyage. Elle paraissait, à l’instar les alchimiste, médecins et rares civiles, peut à l’aise à l’idée de monter à dos de mulot. Major s’adressa à sa troupe.

– Montrons nous aimables et aidons les. Cela rendra les choses plus simples pour les palefreniers.

Ces derniers, peu nombreux comparer au nombre de montures, semblaient désemparés. Anton mit pied à terre à la suite de ses camarades et s’approcha de Guinevere, en menant Grise-mine à sa suite.

– Bonjour.

La moussue se retourna, surprise.

– Anton, je suis heureuse de voir que tu fais partie du voyage. Comment vont tes blessures ?

– Bien, je vous remercie.

Grise-mine, curieuse de ce nouvel être qui capturait toute l’attention de son jeune maître, s’approcha de la juriste et flaira ses vêtements. Ils sentaient la framboise. Guinevere poussa un cri d’étonnement et recula de quelques pas.

– Ne t’en fait pas, lui assura Anton en retenant la mulote. Elle n’est pas méchante, je te présente Grise-mine, ma monture.

Peut satisfaite d’avoir été présentée comme une simple monture, Grise-Mine bouscula Anton du museau.

– Oh, elle a l’air adorable, rit Guinevere. Celui que l’on m’a confié ne me semble pas aussi docile que la tienne.

Repoussant Grise-mine, Anton essaya de la rassurer. À son avis, Charles ne lui aurait jamais attribué un bourrin.

– Je suis persuadé qu’il sera parfaitement calme. L’empereur ne vous ferait pas monter des mulots verts.

Comme pour le contredire, Grise-mine s’approcha de son homologue mâle et lui mordit le bout du nez. Ce dernier protesta vivement en lui pinçant l’oreille. Anton intervint et fit reculer sa monture en lui interdisant de s’approcher de nouveau sous peine de ne pas bénéficier des fruits qu’ils rencontreraient en chemin. Elle se détourna. La connaissant, elle lui ferait la tête un petit moment.

– Que veut dire un mulot « vert », questionna Guinevere alors qu’Anton l’aidait à monter en selle.

– C’est comme cela que nous désignons un mulot n’ayant pas été habitué au harnais et à la selle, expliqua-t-il.

Il lui donna quelques conseils pour ajuster sa posture et diriger l’animal. Il dut la quitter afin de porter assistance à d’autres juristes.

Alors qu’ils se préparaient, l’empereur descendit les escaliers, vêtu d’une tunique rouge. Il prit place sur un mulot plus imposant que ses congénère. Tellement grand qu’il dut utiliser un marche pied pour se mettre en selle. Chacun s’inclina respectueusement à son passage. Éternel paternel, il s’assura personnellement que tout le monde fut prêt. Il prononça ensuite ses directives.

– Je remercie tout d’abord chacun d’entre vous de vous être porté garant pour ce périple. Ces derniers jours ont été l’occasion de préparer minutieusement notre départ afin que nous ne rencontrions aucun désagrément. Ainsi, avons nous prévu un emplacement pour chacun.

Sur ses indications, quatre chevaliers ouvrirent la voie, suivi de l’empereur. Les juristes, médecins, alchimistes et civils les escortaient dans cet ordre. Les cueilleurs étaient en dernière position. Des gardes chevauchaient le long de l’escorte, encadrant le tout. Lorsque tous eurent trouvé leur place, la délégation se mit en branle.

Isak, assis négligemment sur sa selle les pieds hors des étriers, s’étira dans un soupire, à la droite d’Anton.

– Et nous voilà repartit ! Je regrette déjà mon lit.

Anton partageait son avis. L’escorte avançait lentement. Ils atteignirent les postes des gardes, à l’orée de la capitale, une heure après leur départ.

Dans la forêt, le soleil commençait à poindre au dessus des arbres. Les taches dorées des rayons apparaissaient, ici et là sur les broussailles. L’odeur des sous bois et la rosée du matin confiait à leur mission une arôme particulière. La mousse brillait aux pieds des arbres, les oiseaux chantaient à leurs sommets. Les moussus slalomaient aux pieds des chênes, suivant la route principale.

Anton constata l’envergure des préparatifs. Le chemin qu’ils empruntaient à présent était habituellement obstrué par des tentes et des étales en tout genre. La présence de la Brume dans le nord forçait les moussus de ces villes à chercher la sécurité des cités du Sud. Bien qu’étant la capitale, Célian n’était pas la cible des familles migrantes. Elle représentait cependant un point de passage clé. Située au cœur de la forêt, elle était le point névralgique des routes principales. L’empereur tolérait leurs présence aux abord de la forêt. Là, ils étaient autoriser à pratiquer le troc ou la vente des biens qu’ils avaient pu emmener avec eux. La possibilité de trouver un emploi provisoire, le temps de se préparer à reprendre la route, était également bienvenue.

Pour que la délégation puisse circuler ce jour-ci, il avait été demandé aux campeurs de rendre la voie praticable pour les chariots. Cela n’empêchait pas les moussus de se presser de part et d’autre de la route. Tous observaient, avec espoirs et crainte, les délégants. Certains distribuaient sur leur passage des vivres ou des couvertures, leur souhaitant bonne chance. Anton était le seul à même de comprendre la peur qui les habitaient à l’idée de les voir se précipiter vers le danger.

La pression retomba lorsqu’ils dépassèrent les dernières tentes. L’astre au dessus de leurs têtes avait atteint les pointes des arbres et brillait de milles feux. La végétation baignait dans les couleurs dorées et la délégation avançait à petits pas. Au sein de celle-ci, les discussions allaient bon train. La plupart de ses membres étaient excités à l’idée de vivre un grand voyage. Les moussus qui visitaient le monde étaient rares. Pour la plupart, ils n’avaient jamais quitté la capitale.

A l’arrière, les cueilleurs trouvaient le temps long. Leurs montures, habituées à un rythme de marche plus soutenu, devaient être retenues. Malgré la potion consommée le matin même, cet exercice faisait souffrir Anton. Son poignet, fraîchement lésé, n’appréciait pas les ac-coups donnés par Grise-Mine qui essayait de dépasser le mulot devant elle. Evanora perçu ses complications et s’approcha avec sa monture. Elle s’empara des rênes d’Anton et les regroupa en un nœud.

– Tiens les seulement avec ta main gauche, lui conseilla-t-elle. Je vais me mettre devant toi, contente toi de la garder derrière Dash.

Anton la remercia et la cheftaine se plaça devant lui. Il eu moins de difficulté à orienter Grise-Mine.

Quelques heures plus tard, la halte de midi fut sonnée depuis le sommet du convoi. Les cors résonnaient entre les arbres, signifiant qu’ils feraient un arrêt dans la prochaine clairière à proximité. Lorsqu’ils arrivèrent à l'étape, la consigne leur fut donnée d’attaché leurs mulots à proximité des chars. Ils dessanglèrent leurs montures et se regroupèrent pour manger. Les rongeurs, peut enclins à en faire de même, coupèrent courts à leur pause. Mûre, le mulot de Isak, grignota les longes des ses camarades et Grise-mine renversa la caravane à provisions à la recherche de baies. Les cueilleurs convinrent qu’il était préférable de les faire courir un moment.

Ils s’éloignèrent de la clairière et lancèrent leurs montures dans une course maîtrisée. Anton fit particulièrement attention aux blessures de son mulot, craignant que la soudaine activité ne lui rouvre ses plaies. Il gardait en tête qu’elle était sous l’effet de la potion d’Orion et ne ressentait donc pas la douleur aussi fortement qu’elle ne l’était en réalité. Lui même sentait les frottements en moindre intensité. Ils arrêtèrent leur course une demie-heure plus tard et rejoignirent la clairière en trottinant. Lorsqu’ils les attachèrent, les montures mangeaient calmement leurs rations. Leurs cavaliers purent alors profiter de leur répit écourté.

Au moment de repartir, la délégation mit du temps à se positionner. Les actions étaient chaotiques. Chacun cherchait la place qui lui avait été attribuée dans la colonne. Les cueilleurs aidaient, à leur niveau, les palefreniers débordés. Les nobles se plaignaient de ressentir de vives douleurs aux fessiers et refusaient obstinément de remonter en selle si leurs assises n’étaient pas rendues confortables. Anton s’agitait, attrapant des couvertures lourdes en peau de souris pour les déposer sur les selles de ceux qui en réclamaient. Dans la précipitation, il se prit les pieds dans l'une d'entre elles. Il s’étala de tout son long, renversant au passage un moussu. Un cri de douleur lui échappa, il était tombé sur son poignet blessé.

– Qui est l’empoté qui ne regarde pas où il met les pieds ?

Anton poussa un soupir de désespoir. Il aurait voulut disparaître sous les couvertures. Il reconnaîtrait cette voix parmi milles.

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