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– Vous avez entendu ?

Isak et Ettie hochèrent la tête. Ils se turent et tendirent l’oreille. Un second râle s’éleva entre les arbres.

– Ce n’est pas animal, certifia Isak.

– Ça provient de la route que suit la délégation, assura Ettie en éperonnant sa monture.

D’abord surprit, les cueilleurs la suivirent. Sur ses tempes, Anton sentait son cœur battre. La peur enflait en lui au rythme des pas de sa monture. Lorsqu’ils atteignirent la route, il cessa de respirer. Devant eux, des moussus munis de torches, fourches, faux et couteaux s’en prenaient aux membres de la délégation. Anton était figé par l’effroi. Autour de lui, le temps semblait ralentir. Il observait la scène comme s’il n’en était pas acteur. Son cerveau ne parvenait pas à interpréter ce déchaînement de violence.

À ses côtés, Isak aussi avait arrêté son mulot. Ensemble, ils assistèrent au massacre des leurs. Seule Ettie ne se paralysa pas. Elle se jeta dans la mêlée, désarmant leurs adversaires avec agilité, avant de les renverser.

Anton aurait voulu agir. Mais il n’était pas un combattant. Incapable, les bras ballants, pétrifié par l’agressivité de moussus semblables à eux, il était spectateur. Les mulots se cabraient et tentaient de fuir. La délégation se défendait péniblement à coup de bâtons ou d’épées. Au fond de lui, quelque chose remua. Elle le prit par les tripes, remonta dans sa gorge, échauffa ses jambes. Il avait envie de fuir.

Isak fut le premier à sortir de la transe qui s’était emparée d’eux. Il secoua Anton par l’épaule et désigna un médecin, mit à terre par son mulot.

- Nous ne pouvons pas nous battre, affirma-t-il, mais nous pouvons mettre ces moussus à l’abri.

En excellent cavalier qu’il était, Isak s’empara des rênes de Mure et parvint à la dirigée vers les premiers blessés malgré sa peur. Il fallut à Anton plus de temps pour canaliser la sienne et celle de Grise-Mine. Il parvint difficilement à la hauteur du médecin que lui avait indiqué Isak et le hissa à l’avant de sa selle. Sans demander son reste, il s’éloigna de la foule au galop.

Il rejoignit Isak qui avait déjà réuni deux moussus à l’écart de la bataille. Son camarade portait une troisième juriste derrière lui. Voyant la robe blanche, la peur d’Anton changea de visage. Il chercha tout autour de lui les cheveux blonds et la tunique blanche de Guinevere, en vint. Où se trouvait-elle ?

– J’ai cru voir quelqu’un de ce… Hey !

Anton n’écouta pas les consignes d’Isak. Il fallait agir vite. Sans prendre garde au danger, il fit le tour de la mêlée, à la recherche de Guinevere. Sa respiration s’accélérait. Devant lui, une moussue fut jetée au sol. Elle se protégeait la tête de ses mains, craignant de se faire écraser par les mulots terrorisés. Isak apparut, mit pied à terre et récupéra la médecin, utilisant le corps de son mulot comme bouclier. Il désigna le bas-côté à Anton.

– Il en reste ici.

Alors qu’il cherchait du regard dans la direction indiquée, Anton perçu un mouvement du coin de l’œil. Une robe blanche et des cheveux blonds. On aurait dit une colombe fuyant un massacre. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. C’était elle. Il n’en doutait point. Un moussu munit d’une fourche la poursuivait. Comme électrifié, Anton talonna Grise-Mine. Le paysage devint flou. Seule la silhouette blanche de Guinevere restait nette à ses yeux. Le temps sembla ralentir. Son souffle se briser. Encore cinq foulée. Quatre. Guinevere tourna son visage vers lui. Trois. Elle cessa de courir. Deux. Il tendit la main. Un. Il la referma sur son poignet et la tira sur sa selle. D’un coup, l’air empli de nouveau ses poumons. Le temps retrouva son rythme.

– Plus vite ! Hurla sa passagère.

Ne se retournant pas pour apercevoir l’attaquant, Anton poussa Grise-Mine à accélérer. Sur sa nuque, le souffle de Guinevere était chaotique. Ses bras qui l’entouraient se serraient d’avantage.

Il ne ralentit l’allure qu’au virage suivant, où étaient regroupés les rescapés. Il fit pivoter Grise-Mine mais leur agresseur n’avait pas pu soutenir leur allure. Anton donna le feu vert à la juriste. Avec regret, il sentit sa chaleur descendre à terre avec elle. Il voulu lui adresser une parole réconfortante, n’importe laquelle. Mais n’en trouva point. Une amie de la moussue se précipita à ses côtés et s’enquit de son état. Il avait laissé passer l’instant.

Isak arriva sur ce et déposa un dernier réchappé.

– Nous avons l’ordre d’attendre ici la fin du combat. Les gardes ont reprit le dessus.

Anton ne parvenait pas à différentier le son des épées qui s’entrechoquaient et celui du sang qui pulsait à ses oreilles. L’attente fut longue et silencieuse. Ils restaient sur leurs gardes, prêts à fuir si la délégation était acculée. Après de longues minutes, un garde vint les trouver. L’affrontement avait prit fin, ils n’étaient plus en danger.

Ils rejoignirent la portion de route où avait eu lieu l’incident. Le spectacle qui les attendait était macabre. La terre battue était tâchée de sang, les toiles des calèches déchirées, des armes ensanglantées abandonnées. Anton sentit la bille lui monter à la vue d’un doigt séparé de la main de son propriétaire. Les débris des tonneaux ayant contenus les provisions formaient des tas éparses. Parmi les attaquant, certains avaient fuient en emportant la nourriture. Les rescapés s’organisaient déjà. On regroupaient les blessés et les médecins s’associaient aux alchimistes pour administrés les premiers soins. Aux côtés de Anton, Isak s’inquiéta.

– Où est Janus ?

La question flotta entre eux. La gorge d’Anton se serra. Le cadet s’était trouvé à bord d’une calèche lors du départ de la halte. Sans se concerter, les cueilleurs parcoururent la chaussée. Ils questionnèrent les juristes, arrêtèrent les gardes dans leur travail. Personne ne su leur répondre.

– Allons voir du côté des blessés, proposa Isak, refusant de perdre espoir.

Alignés aux bord de la route, les invalides faisait peine à voir. Plus d’une fois, Anton sentit la bille monter à la vue des bras écorchés, des membres contusionnés et des râles de douleurs qui s’élevaient. Pour autant, il se força a scruter chaque visages, sans trouver celui de l’adolescent.

Isak insista pour examiner les charrettes, ou du moins ce qu’il en restait. Leurs recherches les menèrent à celle sur laquelle avait prit place le novice lors du départ. Là, ils relevèrent les toiles tombées en lambeaux, soulevèrent les débris de bois. Ensemble, ils relevèrent les barriques à provisions écroulées. Anton retourna le dernier panier renversé, tout espoir envolé. Personne ne s’y trouvait. Isak s’affaissa au milieux des vivres. Anton sentit les larmes lui monter. Il les essuya d’un geste rageux. Lui qui avait voulu lui éviter la Brume le perdait finalement par les mains de ceux qui partageaient leur sang. Il avait prévenu des dangers connus mais avait ignorés les signes silencieux. En lui, la tempête faisait rage. Il se sentait responsable. Comment avait-il pu croire qu’il pouvait le protéger ? Il avait échoué. Amère, il frappa du pied dans un panier vide.

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