12
Le silence avait emplit le lieu. Aucun des deux ne souhaitait bouger. Ils étaient tous deux statufiés. Anton retint les larmes de rages qui se profilaient aux coin de ses yeux. Pour les cacher à Isak, il se détourna.
– Vous en faites des têtes !
Les moussus sursautèrent et pivotèrent d’un même mouvement. Janus se trouvait là, sortant du fossé, derrière la carriole, les vêtements saupoudrés de terre et de poussière, ses lunettes de travers. Isak se fondit en remerciements destinés au nymphes. Anton ne comprit pas tout de suite ce qu’il voyait. Janus était vivant ! La surprise laissa place à la colère. Il foudroya du regard son élève et se contenu pour ne pas l’abreuver de reproches.
Un alchimiste arriva sur le fait, interrompant leurs retrouvailles. Il indiqua que les palefreniers et les médecins avaient besoin de mains supplémentaires. Anton n’hésita pas un instant.
– Janus, tu files avec les palefreniers, dit-il sèchement.
– Mais...
– Tu en as suffisamment fait comme cela. Je suis ton mentor, tu m’obéis.
Anton n’avait pas haussé la voie mais les paroles firent mouches. Des larmes pointèrent aux yeux de Janus qui essayait de les contenir. Pour apaiser les tensions, Isak intervint. Il posa une main sur l’épaule de son cadet et lui murmura des paroles que Anton n’entendit pas. Janus acquiesça et rejoignit les palefreniers. Les deux autres prirent la direction des blessés. Isak ne revint pas sur la scène qu’il avait fait et Anton le remercia intérieurement. Il n’était pas d’humeur à en parler.
À la place de l’hospice de fortune, les médecins couraient en tout sens. À la vue des blessures et du sang, l’estomac d’Anton se retourna. Il dut faire preuve de beaucoup de retenue pour ne pas vomir et rejoindre, à son tour, les palefreniers. Il détourna la tête. Ettie arriva à leurs côtés, soutenant l’un de ses camarades dont la cuisse avait été gravement entaillée. Isak l’aida à allonger le chevalier. Le Glaïeul tremblait de tous ses membres, la fièvre le rattrapait. Ettie partie, Isak et Anton se toisèrent, désemparés. Les médecins étaient occupés, les alchimistes aussi.
– Je ne suis pas plus médecin que toi, annonça Isak. Mais je peux affirmer que si l’on ne parvient pas à désinfecter et refermer la plaie, elle s’infectera et ses chances de survies seront faibles.
Anton partageait son avis. Il mit de l’ordre dans ses pensées. Ils n’avaient pas de fils et d’aiguilles à proximité, tous les médecins s’en servaient. Il leur fallait une solution de secours, même éphémère, qui leur ferrait gagner du temps. La vue d’une souche titilla sa pensée. Il eu une idée.
– Va remplir une bassine d’eau et commence à nettoyer ses plaies, je reviens, ordonna-t-il à Isak.
Sur ses mots, il se précipita dans la forêt et avisa le premier arbre mort qu’il trouva. S’y précipitant, il trouva de gros champignons accrochés à son écorce. Gris, en forme de bec. C’était ce qu’il cherchait. Bien qu’il soit plus gros que lui, il en récupéra un bout transportable à l’aide de son couteau. Revenant au pas de charge, il interpella Isak et lui désigna le bout de champignon.
– De l’amadouvier, s’écria celui-ci en se frappant le crane du plat de la main. Tu es un génie !
Anton rougit devant le compliment. Il n’eut pas besoin d’expliquer à son comparse la marche à suivre. Isak se précipita sur un chariot de provisions encore constitué. De son côté, Anton découpa le champignon en petits morceaux. Quand Isak revient, il était munit d’un bol et d’un broyeur en bois. Anton s’activa, mut par les connaissances qui lui revenait de ses cours sur la survie en forêt. Alors que Isak contenait l’hémorragie avec des morceaux de mousse, Anton bâti le bout de champignons jusqu’à obtenir une pâte souple. Isak passa un coup d’eau sur la plaie, se saisit du morceau de champignon qui restait et partit vers le feu créé pour l’occasion. Il l’enflamma et revint vers Anton qui appliquait déjà la pâte sur la plaie.
– L’Amadouvier fonctionne comme un hémostatique, leur avait enseigné Maître Tilleul. Bien malaxé et appliqué correctement sur une plaie ouverte, il arrêtera le saignement sur une courte durée.
Le professeur passait entre les tables du laboratoire où les élèves bâtaient le contenu de leurs récipients avec difficultés. Il s’était arrêté à côté d’Anton, qui regardait par la fenêtre. Coupant son explication, Maître Tilleul avait donné un coup de règle sur le bureau du moussu, le tirant de sa rêverie. Tous avaient cessés leur corvée pour observer la réprimande qu’allait recevoir leur camarade. L’enseignant s’était ensuite saisit de son gobelet et, de ses doigts graciles, s’était saisit de la pâte. Anton gardait les yeux rivés sur la règle, craignant la punition. Maître Tilleul avait alors reposé le bol et récupéré sa règle.
– Dans une situation à haut risque, il vous sera préférable de transformer ce champignon en une pâte élastique le plus rapidement possible, avait-il reprit en fixant le rêveur. Vous gagnerez alors des précieuses minutes qui vous permettront, je l’espère, de trouver un abri sûr où prendre soin de votre blessure. Pour le moment, seul votre camarade ici présent ressortirait indemne de sa situation. Vous autre, essayez donc de sauver votre vie au défaut de votre jambe.
Sur ces mots, les élèves s’étaient remis à battre frénétiquement leur mixture. Maître Tilleul avait gratifié Anton d’un sourire et lui attribua la note maximum au travaux pratique.
Aujourd’hui, Anton s’efforça de reproduire le même exploit. S’assurant que son travail était bien fait, il donna le feu vert à Isak qui approcha le morceau enflammé de la plaie. La pâte durcie, cautérisant la plaie. Le moussu était hors de danger et garderait sa jambe. Réassurés par cette réussite, les cueilleurs soutinrent les médecins dans leur travail. Alors qu’ils passaient d’un patient à l’autre pour les doter d’un pansement provisoire en l’attente des médecins, on les interpella.
– Anton ! Isak !
Janus arriva vers eux en courant et s’accroupit à leurs côtés, essoufflé.
– J’en ai fini avec les mulots. Comment puis-je vous aider ?
La bonne humeur retrouvée d’Anton s’envola. Il ne le regarda pas, pour rester concentré sur sa tâche, mais lui répondit d’un ton sec.
– En ne restant pas ici. C’est déjà suffisamment compliqué comme cela.
Ses mains tremblaient et son teint était cireux. Le cueilleur avait de plus en plus de difficulté à retenir la bile qui remontait dans sa gorge. Le visage de Janus se teinta de déception. L’ayant remarqué, Isak choisi de tempérer la situation.
– Nous allons manquer d’Amadouvier. Peut-tu aller en récolter ?
Janus hocha de la tête et partit sans plus attendre. Anton sentit le regard de son camarade sur sa nuque. Il s’obligea à s’expliquer.
– C’est déjà très désagréable comme travail. Nous n’avons pas besoin d’une difficulté supplémentaire.
Isak ne prononça mais Anton comprit qu’il ne partageait pas son avis. Ils continuèrent ainsi, à soigner les membres de la délégation dans le silence. Leur soutient fit suffisamment diminuer le nombre de patients impératif pour permettre aux médecins de s’en occuper sans leur aide. Fourbu, Anton sentit ses jambes flageoler. Il se retint de s’asseoir, craignant de ne jamais se relever. À la place, il se mit dans l’objectif de retrouver Grise-Mine, dont il avait confié le soit à un palefrenier. Il la retrouva auprès de Guinevere qui suivait les conseils d’un vétérinaire pour traiter les brûlures des muscles dût à la soudaine agitation.
Le jeune moussu s’apprêtait à les rejoindre mais quelqu’un lui barra le passage. Le bouffon de l’empereur se tenait devant lui, l’air grave. Anton ne les avaient pas perçu durant le combat. Sans prendre la peine de s’embarrasser de formalités, Trébuchet l’informa d’une voie rêche :
– Sa seigneurie souhaiterait s’entretenir avec vous.

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