13

4 minutes de lecture

Anton aurait apprécié rester en compagnie de Guinevere. Devant l’expression insistante de son interlocuteur, cependant, il se contenta de le suivre. Trébuchet l’emmena aux abords de la forêt. On y avait monté un marabout temporaire, de manière à abriter les dirigeants. L’empereur s’y trouvait, en pleine conversation avec les chefs de chaque unité. À l’arrivée du cueilleur, il cessa de converser et lui fit signe de s’approcher.

– Major étant absent pour le moment, je tiens à ce que tu écoutes ce que nous avons à dire afin de le transmettre à l’ensemble des cueilleurs.

Anton se positionna aux côtés des autres chefs. Il se tenait bien droit, bien qu’il ne se sentait pas à sa place.

– Les individus nous ayant attaqués se révèlent être des paysans des champs, à quelques kilomètres de notre position. Nous avions averti le peuple de notre passage mais je ne pensais pas que leur réaction serait aussi… virulente.

– Nous avons interrogé certains d’entre eux, intervint la responsable des chevaliers. Ils nous ont avoué avoir peur mon seigneur. La Brume se trouve au plus proche de leurs villages, ils craignent que vos actions ne soient pas suffisantes.

Trébuchet résuma.

– Autant dire votre excellence, qu’ils vous trouvent responsables de ce qui leur arrive.

– Qu’entends-tu par là ? S’enquit l’empereur.

– Les récoltes meurent, votre imminence. Le temps devient également plus froid à mesure que la Brume gagne du terrain. Cela les inquiètent, ils se croient déjà perdus à cause de votre réaction tardive.

– Je crains que votre bouffon n’ai raison mon seigneur, intervint le médecin. Les fuyards sont partis avec nos vivres et les blessés de leurs camps sont maigres.

– Ils ont profité du passage de la délégation pour récupérer ce qui leur semble être leur dut, ajouta le doyen des juristes. Ils pensent ainsi que vous payez votre part de responsabilité.

Charles hocha gravement de la tête, ne s’énervant guère devant les propos tenus.

– Ainsi, j’ai échoué à mon devoir. La haine c’est propagée au sein de mon peuple.

– Vous n’êtes pas l’unique fautif, mon souverain, argua l’alchimiste en se dandinant de droite à gauche. La Brume joue sur les nerfs de tous et…

Charles le coupa d’un signe de la main.

– Nul besoin de me soutenir. J’assumerais mes erreurs. Et ce dès à présent. J’attends des cueilleurs et des alchimistes que vous prépariez un maximum de potions possibles avec les plantes et les ressources à votre disposition. Nous les offrirons aux populations des villages que nous traverserons. Du reste, j’en fais mon affaire.

Anton quitta la réunion avec un sentiment nouveau. Il admirait le dévouement de l’empereur pour son peuple. Les blessés furent emmenés dans une clairière où l’on établit le camp pour la nuit. Anton et Isak rejoignirent les alchimistes et se mirent au travail. Janus les suivit sans prononcer un mot. Ils suivirent les consignes de Charles et, avec ce qu’ils avaient sous la main, fabriquèrent des potions contre le mal de tête, les souffrances physiques dû au dur labeur ainsi que des engrais capable de rajeunir les sols.

Ils terminaient d’empaqueter les dernières lotions lorsque l’équipe de Major arriva au camp munis de leurs récoltes. Bien qu’épuisé, Anton leur fit un résumé des récents évènements. Major décida que l’analyse du terrain, se ferait sans eux, laissant Anton, Isak et Janus se reposer. Le moussu en profita pour retrouver Grise-Mine. Celle-ci mangeait calmement. En l’entendant venir, elle tira sur sa longe pour tenter de le rejoindre. Le cueilleur détendit la corde et lui fournit les caresses réclamées. Il s’assura que les soins lui avaient été correctement administrés. Il aurait aimé pouvoir lui offrir une framboise mais l’empereur contrôlait leurs dernières réserves avec assiduité.

– Elle a été très courageuse.

Anton se retourna au son de la voie. Guinevere se tenait à ses côtés. Il ne l’avait pas entendue arriver. Elle vint caresser à son tour l’animal qui se mit à ronronner de plaisir devant autant d’attention.

– Tout comme toi, murmura-t-elle. Je te remercie.

Dans ses yeux, un éclat de reconnaissance brillait. Anton gesticulait d’un pied à l’autre et marmonna quelques mots.

– C’est normal, n’importe qui l’aurait fait.

Elle sourit.

– Certainement. Mais cette fois-ci ce fut toi. Je t’en suis reconnaissante.

Il ne réagit pas lorsqu’elle se rapprocha de lui et déposa un baiser sur sa joue. Pas plus que lorsqu’elle repartit, le laissant pantois.

– Ça porte bonheur.

Anton sursauta. Ettie se trouvait derrière le mulot qui était attaché à côté de Grise-Mine.

– C’est Bouton d’Or, mon mulot, dit-elle précipitamment comme pour expliquer sa présence.

L’animal avait les poils bruns, contrastants avec la couleur plus grise et le trait noir que Grise-Mine portait sur son dos. Anton sourit devant l’air sévère de la monture de Ettie. Tel mulot, tel maître. Il garda cette pensée personnelle, ne souhaitant pas subir le courroux de la jeune moussue maintenant.

– Elle a tout de même raison, souligna celle-ci, tu as été très courageux. La plupart ne se sont pas risqués.

Anton secoua négativement la tête.

– Je n’étais pas seul, Isak aussi l’a fait. Et je n’ai pas vraiment réfléchit sur le moment, corrigea-t-il.

Ettie rit.

– Personne ne prend le temps de cogiter. Le plus important c’est d’agir.

Tous deux restèrent silencieux, prenant soin de leurs montures jusqu’à l’heure du repas. Ils se dirigèrent ensemble vers le campement et se séparèrent d’un geste de la main.

Il rejoignit les cueilleurs qui parlaient de vive voix. Isak racontait leurs exploits durant la bataille avec de grands mouvements dans les airs et enjolivant les détails comme lui seul était en mesure de le faire. Le voyant arrivé, on lui fit de la place. Anton s’assit, soulagé que la journée prenne fin. Ce n’ai que lorsqu’il contempla leur assemblée qu’il croisa le regard de Janus. Il y lu une profonde déception.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Hélène Miribillieux ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0