1.Le départ.

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. CHAPITRE 1 .

Cimetière de Quellón Chili

21h10

Le froid me mordait les jambes tandis que je gravissais les marches, presque en courant, comme si la nuit elle‑même me poursuivait. Le vent marin giflait mon visage, mêlant ses embruns à mes larmes. Mes cheveux, emmêlés, collaient à mes joues. Je savais exactement où aller. Sa tombe.

Je m’arrêtai devant la stèle, le souffle court, le cœur battant trop vite. Le soleil couchant incendiait l’horizon, jetant une lumière dorée sur les tombes.

— Maman… ce que je vais dire ne va pas te plaire. Mais je n’ai plus le choix. Je dois partir. Quitter ce pays où chaque pierre, chaque odeur, chaque rue me rappelle ta voix… et la violence qui nous a brisés. Je déglutis, la gorge serrée.

— Je te promets de veiller sur Alejandro. Je te promets de tenir debout, même si j’ai l’impression de m’effondrer à chaque pas. Un rire nerveux m’échappa.

— Et… j’ai fait attention à la table de la salle à manger. La plus solide. Me rappelant ce qu’elle m’avait toujours conseillé car d’après elle, la table de sa salle a mangé l’avait sauvé du séisme de Valdivia. Enfin, continuais-je tu aurais été fière. Je posai ma main sur le bois froid de la tombe.

— Tu me manques. Je reviens vite. Attends‑moi.

Je me retournai lentement, comme si quitter cet endroit revenait à l’abandonner une seconde fois. Puis je descendis la colline, le vent dans le dos, un peu plus légère, ou peut‑être simplement vidée.

Lorsque j’entrai dans notre studio, Alejandro était assis devant la fenêtre, immobile, les yeux perdus dans la nuit. Ce pays est toute sa vie. Le quitter, pour lui, c’est arracher un parti de son cœur.

Je m’approchai, contournai le canapé, et m’assis près de lui. Je passai un bras autour de ses épaules. Il se raidit d’abord, puis se laissa aller, comme un enfant trop fatigué pour lutter. Ses sanglots montèrent, étouffés, presque honteux. Je restai là, silencieuse, jusqu’à ce que son corps s’alourdisse contre moi. Il s’était endormi.

Je me levai doucement et allai me servir un verre d’eau. Le contact glacé du robinet me fit frissonner. Je jetai un coup d’œil vers Alejandro : il dormait toujours, heureusement.

Je n’ai jamais su dormir une nuit entière. Le médecin parlait d’un manque d’affection. Peut‑être. Maman ne dormait jamais près de moi. Dès ma naissance, j’ai appris la solitude comme d’autres apprennent à marcher. Peut‑être que ça explique pourquoi je m’attache si mal. Pourquoi je me détache si vite.

Je bus quelques gorgées, puis gagnai ma chambre. Mon livre m’attendait sur l’oreiller, fidèle compagnon de mes insomnies. Je m’y plongeai, le cœur encore serré, jusqu’à ce que le sommeil m’emporte enfin.

Demain, une longue journée m’attendait.

***

. Aéroport .7H00.

Assise sur une des banquettes de l’aéroport, les jambes tremblantes, j’attendais que le temps s’écoule. Mon stress me faisait transpirer à grosses gouttes, ce qui n’arrangeait rien. J’avais l’impression d’être la seule personne ici consciente que nous allions monter dans un immense tube de métal censé voler.

À côté de moi, Alejandro mangeait son empanada avec un calme presque insultant, les yeux rivés sur son téléphone. Je l’admirais… et je l’enviais un peu. Comment pouvait‑il être aussi tranquille ? Il ne pensait donc pas aux risques, aux accidents, aux statistiques ? Apparemment non. Il pensait surtout à finir son déjeuner le plus rapidement possible.

— Tous les passagers du vol en direction de San Francisco, plus précisément de la Silicon Valley sont attendus au niveau de l’embarquement, annonça une voix dans les haut-parleurs.

Je sursautai. Alejandro, lui, se leva aussitôt, me prit la main et m’entraîna vers l’avion comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

— Alors… place 7D, dit‑il en consultant son billet.

À ma grande surprise, il affichait un sourire sincère, lumineux, sans la moindre trace de tristesse. Je restai un instant figé. Comment faisait‑il pour être aussi serein alors que moi, j’avais déjà imaginé trois scénarios catastrophes ?

Nous nous installâmes dans nos fauteuils, chacun cherchant sa place. Moi, comme toujours, collée à la fenêtre : impossible de m’imaginer coincée au milieu. Après trois petites vagues d’angoisse, un « j’y vais mais j’ai peur » soufflé à mi-voix, et un empanada qui m’apaisa plus que je ne voulais l’admettre, nous touchâmes enfin terre.

J’espérais seulement que cette ville ne serait pas trop quitche, pas comme ces décors trop parfaits qu’on voit dans les films. La silicon Valley nous accueillit avec une douceur d’automne. Pas vraiment froid, juste cette fraîcheur qui réveille la peau. Pour moi, éternelle frileuse, c’était presque un cadeau.

À la sortie de l’aéroport, l’air avait quelque chose de différent. Une odeur de chaleur un peu sèche, mêlée à un parfum de café et de poussière légère. Rien d’extraordinaire, mais assez pour me faire ralentir. Je ne savais pas si c’était du soulagement ou simplement la fatigue, mais quelque chose en moi se détendit.

La ville s’étendait devant nous, immense et un peu trop lumineuse. Tout semblait trop grand, trop neuf, presque intimidant. Pourtant, au fond, une petite part de moi murmurait que j’avais peut‑être besoin de ça : un endroit où personne ne savait qui j’étais, où mes peurs ne portaient pas encore mon nom.

Je jetai un regard autour de moi, maintenant à moi de me retrouver avec google maps !

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