2.Moultes Rencontres

5 minutes de lecture

Après m’être perdue une bonne dizaine de fois, j’arrive enfin à destination : Stanford.

Devant moi, l’allée bordée de palmiers s’étire comme un long couloir. Ils me paraissent encore plus grands que dans mes cauchemars, leurs ombres glissant doucement sur le sol. Le campus dégage une tranquillité presque irréelle, comme si tout ici avançait au ralenti.

J’arrive au Stanford Oval. L’herbe est encore humide de la fraîcheur du matin. Les bâtiments couleur sable, avec leurs toits rouges, semblent plus chaleureux que jamais sous le soleil d’hiver. La lumière accroche les pierres et leur donne un éclat doré, un peu nostalgique.

En avançant, la Hoover Tower — encore un nom impossible à prononcer — se dresse devant moi. Sa silhouette beige, éclairée par un soleil bas, paraît encore plus imposante dans cette lumière froide.

Autour de moi, les étudiants marchent tranquillement. Certains en sweat, d’autres en veste légère. Ils discutent, rient, prennent leur temps. J’essaie de faire pareil, mais une impression de déjà-vu me serre la poitrine. Leurs regards, leurs chuchotements… quelque chose m’échappe.

Une voix joyeuse me sort soudain de mes pensées.

— Salut ! Euh… Angelica, c’est bien ça ?

Je me retourne. Une fille magnifique se tient devant moi : grande, de longs cheveux roux retenus par un bandeau jaune, des vêtements assortis. Ses yeux ambrés me détaillent avec curiosité, et deux fossettes apparaissent quand elle sourit.

— Salut, oui c’est bien moi… et toi ?

— Anastasia, dit-elle en me tendant la main. Je suis ta coloc. Enfin… si tu n’as pas changé d’avis depuis hier soir.

Je ris, un peu soulagée.

— Non, toujours partante.

— Parfait ! Romain m’a dit que tu étais un peu perdue, alors je suis venue te chercher. Il est adorable, mais pour expliquer le campus… disons qu’il a ses limites.

Comme pour lui donner raison, un garçon apparaît derrière elle, essoufflé, les cheveux en bataille.

— Hé ! J’ai fait de mon mieux, proteste-t-il en souriant. Angelica, c’est ça ? Bienvenue à Stanford.

Romain est grand, brun, avec un air un peu trop gentil pour être vrai. Le genre de garçon qui s’excuse même quand c’est toi qui lui marches dessus.

— Merci, dis-je en hochant la tête.

— Bon, reprend Anastasia, on y va. Je te montre les endroits importants. Et Romain… tu peux venir, mais tu te tais.

— Charmant, marmonne-t-il.

On se met en marche. Anastasia parle vite, mais tout est clair.

— Alors, Angelica, bienvenue à Stanford ! Tu vas voir, c’est un endroit incroyable… un peu étrange parfois, mais dans le bon sens.

Elle désigne l’allée devant nous.

— Là, c’est Palm Drive. Oui, le nom est pas fou, mais quand t’as une rangée de palmiers comme ça, tu fais pas trop dans l’originalité. C’est un peu le tapis rouge des nouveaux étudiants. On passe tous par là en mode “je fais semblant de savoir où je vais”.

Elle rit doucement, complice.

— Et ça, c’est le Stanford Oval. L’endroit préféré des gens qui veulent profiter du soleil. Tu verras, il y a toujours quelqu’un qui lit, quelqu’un qui dort, et quelqu’un qui fait du yoga à 7h du matin. Je sais pas comment ils font, perso j’ai déjà du mal à ouvrir les yeux.

Elle pointe les bâtiments autour de nous.

— Les bâtiments sont tous comme ça : beige et rouge. C’est leur uniforme. Au moins, tu te perds pas trop… enfin, normalement.

Puis elle lève les yeux vers la Hoover Tower.

— Et là-bas, c’est la Hoover Tower. Elle est super belle, mais elle a un côté… “je te surveille”. Quand tu passes devant, t’as l’impression qu’elle sait si t’as rendu ton devoir. Mais on finit par l’aimer, elle fait partie du décor.

Elle me sourit, chaleureuse.

— Stanford, c’est un mélange de calme et de chaos. Les vélos vont trop vite, les écureuils sont beaucoup trop confiants, et les gens sont souvent stressés… mais l’ambiance est vraiment cool. Tu vas t’y faire très vite. Tu vas voir, c’est fun. Enfin… la plupart du temps.

Elle se tourne vers moi, enthousiaste.

— Allez, viens. Je vais te montrer notre chambre !

...

PDV DE Alejandro :

Je déteste être en retard. Ça me met dans un état pas possible. Et évidemment, aujourd’hui, tout part en vrille : le taxi se perd, le GPS bug, le chauffeur me sort un “t’inquiète, je connais un raccourci” alors qu’il ne connaît clairement rien du tout. Résultat : je me retrouve planté devant l’entrée de Stanford, à chercher Angelica au milieu d’étudiants qui ont tous l’air d’avoir déjà trouvé leur place.

Je souffle, agacé. Mais au fond… c’est pas juste ça.

Je crois que je souffle aussi pour autre chose. Un truc que j’essaie d’ignorer depuis qu’on a quitté l’aéroport.

Quitter notre pays. Quitter notre ville. La quitter, elle.

Notre mère.

Je pensais que ça irait. Que j’étais assez grand, assez “fort”, assez habitué à gérer. Mais j’ai encore son dernier regard dans la tête. Celui qui disait “je suis fière de vous”, mais aussi “j'aurai voulu vous voir grandir, mais les flammes non pas de pitié”. Et ça me serre la gorge rien que d’y penser.

Je regarde autour de moi. Tout est trop grand, trop propre, trop… étranger. Rien n’a l’odeur de chez nous. Rien n’a la chaleur de notre cuisine le matin. Rien n’a la voix de maman qui râlait parce qu’on n’avait pas rangé nos chaussures étant petits.

Je me sens… vide. Comme si j’avais laissé une partie de moi là-bas, sans savoir quand je la reverrai.

Je secoue la tête, comme si ça pouvait enlever ce poids dans ma poitrine.

Angelica doit déjà être en train de se perdre quelque part. Et moi, je suis censé être celui qui gère. Celui qui la retrouve. Celui qui assure.

Je me redresse un peu, histoire de me donner du courage.

C’est à ce moment-là que quelque chose me frappe en plein visage. Je relève la tête, surpris.

Une tignasse rousse passe juste devant moi. Flamboyante. Impossible à ignorer.

Le gars continue de marcher, tranquille, comme si de rien n’était. Et pendant une seconde, juste une, j’oublie tout : le départ, le manque, la boule dans ma gorge.

Je me déteste un peu pour ça. Pour ce micro-moment où mon cœur a décidé de faire n’importe quoi.

Je détourne le regard, presque brusquement.

Non. Pas maintenant. Pas ici. Pas alors que j’ai déjà du mal à respirer correctement.

Je dois retrouver Angelica. Je dois penser à maman. Je dois… je sais même plus.

Je ferme les yeux une seconde.

Respire. Avance. Fais semblant que tout va bien.

Tu fais ça depuis ce matin, non ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 7 versions.

Vous aimez lire Iris_27 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0