Cafétéria
Anastasia ouvre la porte d’un geste vif, comme si elle dévoilait un secret bien gardé.
— Voilà notre royaume, annonce‑t‑elle.
Je reste un instant immobile sur le seuil. La chambre est simple, lumineuse, presque trop propre pour être vraie. Deux lits, deux bureaux, deux placards. Tout est parfaitement aligné, comme si quelqu’un avait passé la nuit à mesurer chaque centimètre.
Mais ce n’est pas l’ordre qui me frappe.
C’est… la couleur.
Le mur au-dessus de mon lit est rose, rose pastel, mais rose. Surtout ne me dites pas que celle des garçon est bleu, sinon je ne vais pas pouvoir résister à l'ouvrir et me faire surment virer.
— J’ai un peu décoré, avoue Anastasia, les joues rosies. Je savais pas si t’aimais les couleurs, alors j’ai mis du rose. C’est joyeux, non ?
Ouf, rien de misogyne ...
Je hoche la tête, incapable de trouver une réponse polie qui ne soit pas un mensonge complet.
— C’est… lumineux.
Elle éclate de rire.
— Traduction : “ça m’attaque la rétine”. T’inquiète, on peut repeindre. Ou mettre des affiches. Ou brûler le mur. Je suis ouverte à toutes les options.
Je souris malgré moi. Elle a cette énergie qui te désarme avant même que tu t’en rendes compte.
Je pose mon sac au pied du lit. L’odeur de lessive flotte dans l’air, mêlée à quelque chose de sucré — sûrement une bougie qu’elle a dû allumer avant mon arrivée. Tout est soigneusement rangé de son côté : livres empilés, vêtements pliés, un petit cactus sur son bureau qui semble déjà regretter d’être là.
— Tu peux t’installer comme tu veux, dit-elle en ouvrant mon placard. J’ai laissé la moitié vide. Enfin… presque. J’ai juste mis deux trucs, mais je peux les enlever.
Elle retire deux pulls, les jette sur son lit, puis se tourne vers moi avec un sourire fier, comme si elle venait d’accomplir un exploit.
— Voilà. Espace 100 % Angelica.
Je m’assois sur mon lit. Le matelas est plus ferme que ce que j’imaginais. Je passe ma main sur la couverture, encore neuve. Un drôle de mélange me traverse : le soulagement d’avoir enfin un endroit à moi… et la peur de tout ce que ça représente.
— Ça va ? demande Anastasia, soudain plus douce.
Je relève les yeux. Elle me regarde sans insister.
— Oui, dis‑je. Je crois que… oui.
Elle sourit, satisfaite.
— Parfait. Alors, on pose tes affaires, et ensuite je t’emmène manger. La cafétéria, c’est… une aventure. Tu vas adorer. Ou détester. Mais dans tous les cas, tu t’en souviendras. Il faut se dépécher, elle ferme a 20 h.
Je ris, un peu nerveuse, un peu excitée. C'est vrais qu'il est déjà 19h 45.
Et pour la première fois depuis mon arrivée, je me dis que peut‑être… je vais vraiment réussir à trouver ma place ici.
Je commence à sortir mes affaires de ma valise, un peu au hasard, juste pour occuper mes mains. Anastasia m’observe quelques secondes, puis se penche vers moi avec un air conspirateur.
— Bon… je te préviens, dit‑elle .La cafétéria, c’est un monde à part. Il y a les gens qui mangent sain, les gens qui mangent n’importe quoi, et les gens qui prétendent manger sain mais qui finissent toujours avec une pizza. Je suis dans la troisième catégorie.
Je ris, un peu plus détendue.
— Et toi, tu manges quoi ? demande-t-elle.
— Euh… ce qui ne bouge pas tout seul, je suppose.
Elle éclate de rire.
— Parfait, tu vas survivre ici.
Elle attrape mon sac à dos et me le tend.
— Allez, viens. Si on y va maintenant, on évite la foule. Enfin… une partie de la foule.
Je la suis dans le couloir. Les murs sont décorés de photos d’étudiants souriants, de clubs, d’équipes sportives. Tout respire la réussite, l’ambition, la confiance. Je me sens minuscule au milieu de tout ça.
— Tu vas t’y faire, dit Anastasia comme si elle lisait dans mes pensées. Au début, tout paraît immense. Après, tu te rends compte que tout le monde est aussi perdu que toi. Ils le cachent juste mieux.
On descend les escaliers, et l’odeur de nourriture commence déjà à flotter dans l’air. Mon ventre gargouille. Super. Première impression : un succès.
— T’inquiète, dit Anastasia en souriant. Ici, personne n'es relou à juger ta bouffe. Enfin… sauf les gens du club de débat. Mais eux, ils jugent tout le monde, tout le temps.
On tourne à gauche, puis à droite, et la cafétéria apparaît enfin : grande, bruyante. Des tables partout, des plateaux, des étudiants qui parlent fort, qui rient, qui courent presque. C’est un chaos organisé.
— Bienvenue dans le zoo, dit Anastasia en ouvrant les bras.
Je reste un instant figée. C’est impressionnant. Mais… étrangement réconfortant.
— Viens, dit-elle. On va prendre à manger avant que tout le monde se jette sur les frites.
On avance vers le comptoir. Je regarde les plats défiler : pâtes, salades, soupes, burgers, choses non identifiées. Je prends une assiette au hasard.
— Bon choix, dit Anastasia. Ça, au moins, c’est comestible.
Je m’apprête à répondre quand une voix derrière moi dit :
— Angelica ?
Je me retourne.
C’est mon frère. Je le retrouve enfin !
— Je t’avais bien reconnue. Tu t’es installée, soeurette ?
-Oui, tu t'es fait des potes, le loup solitaire ?
Anastasia me lance un regard qui dit clairement : WTF, c'est ton frère !
— Et bien oui, j'ai rencontrer ou bousculer quelq'un figure toi dit-il
-Wow !! Bravo pour cette effort Alejandro !
Il repart, son plateau à la main, comme si de rien n’était.
Anastasia me donne un coup de coude.
— Alors ça… c’est ton frere ?
Elle sourit, malicieuse.
— Non, Anastasia, il est gay, désoler pour toi :
-C'est pas juste !!!!!!!!!!!!!

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