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Comptais-tu.

Je riais en courant vers un ailleurs, fleur essaimée parmis les pétales qui s'envolaient. Multitudes de couleurs, tâches d'encres en ombres chinoises s'effaçant dans celles des branchages.

Nous chercher devenait ton plaisir, ton impatience, puis tes colères. Tu poursuivais ceux qui, tricheurs, tentaient de fuir ta victoire pourtant éclatante. Imbattable, tu l'étais tant et tant plus à ce jeu.

1... 2... 3... jusqu'à 100.


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Comptais-tu.

L'éclat étincelant de l'astre m'aveuglait à l'instant où tu révélais ton visage. Je me statufiais entre autres scupltures de sel, immobile, terrifié à l'idée qu'un geste trahisse mon envie d'avanver. Atteindre ton refuge qui deviendrait ma terre d'asile. Ton petit corps passait entre les nôtres, Persée téméraire en recherche d'une Méduse craintive de croiser ton regard, plus perçant que le sien. Dans ces deux boucliers lisses que tu braquais sur nous, je lisais le désir ardent de vaincre... pointer ton doigt impitoyable vers celui qui ferait défaut au marbre de ce palais en ruine que tu avais élu pour ton temple.

1... 2... 3... Soleil!


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Comptais-tu.

Nous allions aux bois, / un panier au bras, / volant les fruits, par tas, / à l'éclat incarnat.

Tu chantais ces comptines / en nous servant de guide, / Peter Pan agile, / et nous êtres fragiles, / te suivions, victimes / de terreurs enfantines.

Tu provoquais le loup, / hurlais pire qu'un garou, / dénichais son trou / y lançais des cailloux. / Je sautais à ton cou / pour taire ton courroux. / Mais tes yeux d'acajou / s'emplissaient de dégoût.

Chaperon sans mère-grand, / tu ceuillais l'aloès blanc, / quelques corbeilles-d'argent ; / leurs reflets indifférents / tâchaient tes yeux de sang.

1... 2... 3... comme tu as de grandes dents.


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Comptais-tu.

Dehors, chantait la pluie ; dedans, rythmait tes pas. Tu dansais, bras levés, jambes tendues, lèvres pincées, grâce défendue. Tu dansais, et j'admirais les courbes élancées de tes sauts de fée. Tu volais, papillon sauvage, libellule de cristal, guêpe en rage, colibri d'ailes létales. Chacun de tes pas dessinait la vie sur le sol en sable gris; chacun de tes gestes esquissait l'oubli en senteurs d'ancolies. Ton corps nous éreintait en rondes impatientes, redondantes, dérangeantes d'être si belles et toi si vide. Ton regard voyait la pluie qui comptait pour toi la cadence des pas ; mais ton regard ne disait pas ce qui comptait pour toi.

Dehors, dansait la pluie ; dedans, bénies ses perles. Elle coulait sur la vitre, mais ce n'est pas ce que je voyais. Elle coulait sur ta peau, pourtant sans la toucher. Tes gestes la berçaient du bout de tensions délicates ; délits qu'attentions exigeaient, qu'à tant te regarder, je l'oubliais. Ton balet m'éperdait en symphonies de transes. Je connaissais la suite, l'ignorais par dépit. Ton regard voilait l'ennui qui comptait sur mes doigts le reste de tes pas ; mais ton regard ne disais pas ce que tu comptais, toi.

1... 2... 3... Dehors, chantait la pluie ; dedans, coulait en toi.


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J'ai su la vérité.

Au hasard d'un sentier.

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Pourquoi tu comptais.

Sans jamais t'arrêter.

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D'où venaient ces reflets.

Tes besoins de hurler.

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Tes pensées qui fuyaient.

Tes silences enragés.

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Les coups s'arrêtaient.

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Ton coeur s'apaisait.

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C'est moi qui compte, désormais.

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