Partie 54
Je ne pensais pas que le simple fait de changer de visage pouvait à ce point troubler ma perception du réel. Nao est là, devant moi, et pourtant… ce n’est plus vraiment lui. Ses traits ont changé, plus lisses, plus banals. Mais autre chose me dérange. Une impression plus profonde, plus insidieuse. Comme si, en modifiant son apparence, il avait aussi altéré la manière dont mon esprit le reconnaît. Je sais que c’est lui. Je le sens. Dans sa posture, dans cette façon qu’il a de se tenir légèrement en retrait tout en observant toujours tout, toujours. Mais mon regard, lui, glisse sur lui sans accroche, incapable de s’ancrer.
- Bon, alors ? demande-t-il en arquant un sourcil. Verdict ?
Je cligne des yeux, un peu trop longtemps. Je repense à Suwan. Quand il a changé d’apparence, lui aussi, pour entrer à Bétalène. Je n’avais pas eu ce malaise à ce moment. Oui, son visage avait changé, ses traits altérés, mais il y avait toujours eu quelque chose d’immuable. Une présence. Une autorité silencieuse qui transcendait tout le reste.
On savait que c’était lui. Sans hésitation. Sans doute. Peut-être à cause de l’urgence. Peut-être parce que je n’avais pas eu le luxe de m’attarder sur ce genre de détails. Ou peut-être simplement que Suwan n’a pas besoin de visage précis pour exister. Sa prestance suffit. Nao, lui, disparaît presque complètement derrière ce qu’il devient. Comme s’il s’effaçait volontairement. Comme s’il choisissait de ne plus être reconnaissable.
- C’est… perturbant, j’avoue après un moment.
Nao esquisse un sourire satisfait, presque fier.
- Parfait. C’est le but.
Je laisse échapper un souffle, encore troublée, avant de reprendre :
- Et donc… Noa ?
Il fait une moue.
- Noah.
- Avec un « h » ? je m’étonne.
Il hausse les épaules, nonchalant.
- Ouais. Noah, avec un h. Ça fait plus américain, non ?
Je ne peux pas m’empêcher de sourire malgré la situation. Cette absurdité légère, presque déplacée, vient fissurer un instant la tension qui s’est installée en moi depuis que nous sommes ici.
- Évidemment, je souffle.
La porte s’ouvre derrière nous, et Eishen apparaît dans l’encadrement, les bras croisés. Son regard passe de moi à… Noah. Il reste silencieux une seconde, avant de lâcher, avec un sérieux imperturbable :
- J’espère que tu te bats mieux que tu ne te déguises, parce que là… on dirait un étudiant en commerce.
Nao, ou maintenant Noah, lui lance un regard vexé.
- Va te faire voir.
Mais Eishen a déjà tourné les talons, un léger sourire en coin trahissant son amusement. Je les suis dans le couloir et referme la porte derrière moi. Le silence s’installe presque immédiatement, rempli de pensées trop nombreuses, trop rapides, qui se bousculent sans me laisser le temps de les trier.
Je devrais penser à Curtis. A ce qu’il a vu. A ce qu’il a choisi de ne pas dire. Au fait qu’il a envoyé Nao ici, sans prévenir Suwan. Sans prévenir Samuel. Au fait qu’il a préféré donner sa confiance à Eishen, malgré ses liens avec la Confrérie. Je devrais me concentrer sur ça. Sur la menace. Sur les sœurs originelles. Sur ce qui pourrait, à tout moment, basculer.
Mais mon esprit dérive. Encore. Toujours.
Samuel.
Je serre les poings, agacée contre ma propre personne. Ce n’est pas le moment. Pas maintenant, pas ici. Et pourtant, malgré tous mes efforts, mes pensées reviennent à lui. A son regard, à sa présence, à cette confusion constante qu’il entretient en moi.
Mais je n’ai pas le droit de me laisser distraire. Pas alors que tout peut s’effondrer. Pas alors que…
Un éclat de rire m’arrête net. Comme une déchirure soudaine dans le fil de mes pensées. Trop vive, trop inattendue pour que je puisse simplement l’ignorer. Le son ricoche contre les murs trop propres du couloir, s’y propage avec une clarté presque irréelle. Je relève la tête, et je le vois.
Au bout du couloir, adossé contre le mur comme s’il avait toujours appartenu à cet endroit, une épaule relâchée, les mains enfoncées dans les poches, Samuel rit. Pas ce rire bref et contenu que je lui connais, pas cette esquisse rapide qu’il laisse parfois filtrer avant de se refermer aussitôt. Non. Il rit vraiment. Sans retenue. Sans arrière-pensée apparente. Un rire plein, franc, qui éclaire son visage d’une manière que je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de voir.
Et face à lui, une inconnue.
Il me suffit d’un instant pour voir qu’elle n’est pas comme les autres. Ce n’est pas qu’une impression fugace, rien de clairement identifiable non plus. Rien de visible au premier regard. Et pourtant, je le sens. Une manière d’occuper l’espace sans l’envahir. Une posture droite, mais jamais rigide. Comme si chaque mouvement était pensé sans jamais paraître calculé. Elle parle en accompagnant ses mots de gestes souples, précis, presque économes, et pourtant parfaitement maitrisés, comme si elle n’avait pas besoin d’en faire plus pour être entendue.
Et Samuel suit.
Il écoute. Il répond. Il s’adapte à son rythme avec une facilité déconcertante, comme s’il n’y avait, entre eux, aucune distance à franchir, aucun ajustement à faire. Comme si tout était déjà… fluide. Naturel.
Je reste immobile, à quelques mètres seulement, incapable d’avancer. Comme retenue par quelque chose que je refuse de nommer. Mon regard s’attarde sur les détails les plus insignifiants : la façon dont elle incline légèrement la tête lorsqu’elle parle, la manière dont lui se redresse imperceptiblement pour lui répondre, ce demi-sourire qui ne quitte pas vraiment ses lèvres.
Il est à l’aise. Trop à l’aise. Et c’est précisément ça qui me dérange. Parce qu’avec moi… ce n’est jamais aussi simple. Il y a toujours une tension sous-jacente, quelque chose de fragile, d’instable, comme si chaque échange pouvait basculer d’un instant à l’autre. Même dans les moments calmes, il reste une retenue, une distance invisible qu’on ne franchit jamais complètement.
Mais là… rien. Juste cette facilité presque insolente.
Je sens quelque chose se contracter lentement dans ma poitrine, une pression diffuse qui s’installe sans prévenir, s’étend, s’ancre. Une émotion vive, brutale dans sa simplicité, qui me prend de court. De la jalousie. Le mot s’impose sans détour. Sans que je puisse le repousser.
Et aussitôt, comme un contre-coup, la culpabilité me frappe de plein fouet.
Ronan.
Son visage s’impose dans mon esprit avec une netteté douloureuse, comme une vérité que je ne peux pas fuir. Son regard. Sa douceur. La manière dont il me serrait contre lui, comme s’il comprenait tout sans que j’ai besoin de dire le moindre mot. Il m’attend. Là-bas, en France. Avec une patience que je ne mérité peut-être pas.
Et moi… je suis là.
A observer un autre. A ressentir… tout ça.
Je détourne les yeux, comme si ce simple geste pouvait suffire à atténuer ce qui monte en moi. Mais c’est inutile. La sensation reste, tenace, accrochée.
Quand je relève les yeux, Samuel a changé. Il m’a vue. Son rire s’est éteint, remplacé par quelque chose de plus contenu, de plus attentif. Son regard accroche le mien, une fraction de seconde à peine, mais suffisamment pour que je sente la bascule. Comme si, en un instant, il passait d’un monde à un autre.
Puis ses yeux glissent.
Vers Eishen.
Vers Nao.
Je perçois cette infime crispation, presque imperceptible, mais bien réelle. Un détail que personne d’autre n’a remarqué, sans doute, mais qui me saute aux yeux avec une évidence troublante.
Il se redresse, quitte le mur, et s’avance vers moi. La fille le suit sans hésitation, parfaitement à l’aise. Son regard se pose sur moi avec une curiosité maitrisée.
- Vous devez être les nouveaux, remarque-elle avec un léger sourire.
Sa voix est claire, posée, teintée d’un accent américain qui rend chaque mot un peu plus rond.
- Je m’appelle June.
Elle marque une petite pause et nous tend la main.
- Farwell m’a parlé de votre arrivée, explique-t-elle. Je fais partie des premiers élèves du Cerbère, alors je me suis proposée d’être votre marraine d’intégration.
Son regard s’accroche au mien.
- Ici, les premiers jours peuvent être… déroutants. Alors autant éviter que vous vous perdiez !
Je hoche la tête, un peu prise de court. Samuel, lui, ne me regarde plus. Je me retourne pour comprendre ce qu’il observe avec autant d’agacement.
- Et lui ? demande-t-il en désignant d’un mouvement de menton la silhouette de Nao. C’est qui ce gus ?
Sa voix n’est ni agressive, ni réellement détachée. Elle se pose quelque part entre les deux, dans cet équilibre instable que je commence à reconnaître chez lui, comme une tension qu’il s’efforce de contenir sans jamais vraiment y parvenir.
Je sens, plus que je ne vois, quelque chose se resserrer entre nous.
Eishen se fige imperceptiblement à mes côtés. Nao, lui, incline à peine la tête, comme s’il anticipait déjà la réponse. Comme s’il savait exactement dans quelle direction tout ça allait basculer.
Et moi… je n’hésite pas. Peut-être parce que j’ai déjà trop menti aujourd’hui pour reculer maintenant. Peut-être parce que, face à Samuel, j’ai toujours cette impulsion étrange de ne rien lui laisser voir, de ne rien lui céder sans résistance.
- Noah, je réponds finalement, en ancrant mon regard dans le sien, comme pour donner du poids à ce que je m’apprête à dire. Il… Il s’est proposé pour nous aider à nous intégrer aussi.
Ma voix est stable. Trop peut-être. Elle ne tremble pas, ne trahit rien. Mais le silence qui suit, lui, est tout sauf neutre. Eishen ne dit rien mais je sens sa crispation. Fidèle à lui-même, il observe, jauge, attend. Je devine sans peine qu’il désapprouve, qu’il trouve cette improvisation risquée. Peut-être même stupide… mais il ne me contredit pas.
Pas devant Samuel.
Nao, de son côté, reste d’un calme presque insolent. Il croise légèrement les bras, son regard glissant brièvement vers moi avant de revenir vers Samuel. Comme s’il s’amusait intérieurement de la situation, comme si ce petit jeu d’équilibre précaire l’amusait.
Samuel me fixe. Il me fixe comme s’il cherchait à voir à travers moi, à décortiquer chaque mot, chaque infime variation dans ma voix. Comme s’il cherchait à comprendre où s’arrête la vérité et où commence le mensonge. Ses yeux s’attardent une seconde de trop. Et je sens mon cœur rater un battement.
- Sympa, lâche-t-il finalement.
Un seul mot. Léger en apparence. Mais je vois dans la façon dont ses épaules restent tendues, dans la rigidité presque imperceptible de sa mâchoire, dans ce regard qu’il détourne trop vite, qu’il n’est pas indifférent. Et pourtant, il n’insiste pas. Il pourrait. Il en serait capable. Mais il ne le fait pas. A la place, il se contente de hocher vaguement la tête.
- Tant mieux pour vous, ajoute-t-il d’un ton faussement détaché.
Ses yeux glissent alors vers June, comme pour rééquilibrer la scène. Comme pour reprendre pied dans quelque chose de plus simple, de plus maîtrisable.
- On descend ? propose-t-elle avec un sourire. Le dîner va commencer.
Nous nous remettons en marche, comme si la conversation venait simplement de se refermer sur elle-même, sans laisser de traces. Mais je sens encore cette tension diffuse courir sous ma peau, s’accrocher à chacun de mes gestes, à chacun de mes pas. Le groupe se met en mouvement dans une sorte d’élan silencieux, presque mécanique, et je me fonds dedans sans vraiment y réfléchir, portée par cette inertie étrange qui m’empêche de m’arrêter, de réfléchir trop longtemps à ce que je ressens.
Ils passent devant.
Samuel et June ouvrent la marche avec une aisance presque déconcertante, comme si cet endroit leur appartenait d’une manière qui m’échappe encore complètement. Je les suis, à quelques pas derrière, suffisamment près pour entendre le murmure de leurs voix, pas assez pour en distinguer clairement les mots. Juste des fragments. Des intonations. Des éclats étouffés.
Et malgré moi… je regarde.
Je n’arrive pas à m’en empêcher.
Leur proximité me saute aux yeux. Évidente. Naturelle. Ils n’ont pas besoin de faire d’efforts. Ça circule entre eux sans accroc, sans hésitation, comme une évidence qui se serait imposée d’elle-même. Elle se penche légèrement vers lui en parlant, et il se tourne instinctivement dans sa direction, comme attiré par quelque chose que je ne perçois pas. Leurs voix se mêlent à mi-ton, leurs épaules se frôlent parfois sans qu’aucun des deux ne semble y prêter attention.
Et cette facilité… m’agace.
D’une manière presque ridicule.
Une irritation sourde, tenace, qui s’installe dans ma poitrine sans prévenir, qui me serre juste assez fort pour m’empêcher de l’ignorer, mais pas suffisamment pour que je puisse l’exprimer clairement. C’est absurde. Complètement absurde. Je le sais. Et pourtant, ça ne change rien.
Je n’ai même pas le temps de comprendre vraiment ce qui m’arrive, de mettre des mots sur cette sensation désagréable, qu’une main se referme doucement autour de mon bras.
Je sursaute. Le contact est bref, mais suffisant pour me ramener brutalement à la réalité.
Samuel.
Il ne dit rien tout de suite. Il se contente de me tirer légèrement sur le côté, juste assez pour nous écarter du flux des autres, juste avant l’entrée de la cafétéria où les voix commencent déjà à se mêler en un brouhaha étouffé. Le bruit nous parvient comme à travers une paroi invisible, lointain, presque irréel, comme si cet espace réduit entre nous deux suffisait à suspendre le reste du monde.
Je relève les yeux vers lui.
Son regard est sérieux.
Trop sérieux.
Il y a quelque chose de fermé dans son expression, une tension qu’il ne cherche même pas à dissimuler, comme s’il avait pris sa décision avant même de m’arrêter.
- C’est quoi ton délire avec lui ? demande-t-il à voix basse, sans détour.
Je fronce légèrement les sourcils, prise de court par la brusquerie de la question, par cette manière qu’il a d’entrer directement dans le vif du sujet sans prendre la peine d’adoucir quoi que ce soit.
- Pardon ?
Il ne me lâche pas du regard.
- Noah, précise-t-il, sa voix toujours basse mais plus appuyée. Tu le connais depuis quand ?
Je croise les bras presque instinctivement, comme pour me protéger. Comme si cette simple posture pouvait créer une distance là où il vient justement de la réduire.
- Depuis aujourd’hui, je réponds, en soutenant son regard sans flancher. Comme toi avec June.
Le nom claque un peu plus fort que je ne l’aurais voulu.
Il soupire, un souffle bref, chargé d’agacement, et passe une main sur sa nuque comme s’il cherchait à canaliser quelque chose qui menace de lui échapper.
- Alexia…
Sa voix descend encore d’un ton, devient plus grave, plus insistante, presque… inquiète.
- Tu peux pas faire confiance à n’importe qui. Pas ici.
Quelque chose pique. Un point précis, net, juste là, dans ma poitrine. Je relève légèrement le menton, une tension nouvelle s’installant dans ma posture.
- Ah ouais ? je rétorque, un peu plus sèchement que prévu. Parce que toi, c’est différent peut-être ?
Il plisse les yeux, visiblement surpris par la direction que prend la conversation.
- De quoi tu parles ?
Je laisse échapper un petit rire, bref, presque nerveux, avant de prendre une voix plus douce, légèrement exagérée, en mimant une attitude que je viens à peine d’observer mais que mon esprit a déjà parfaitement enregistrée.
- « Vous devez êtres nouveau… je suis June… je vais vous aider… »
J’incline légèrement la tête, reproduisant son attitude avec une précision presque involontaire.
- « Les premiers jours sont déroutants… »
Je reviens à moi, croisant à nouveau les bras, comme pour marquer la distance que je prétends instaurer.
- Elle, tu lui fais confiance direct ?
Le silence qui suit n’est pas lourd. Il est… suspendu. Comme un instant en équilibre, prêt à basculer d’un côté comme de l’autre.
Puis, contre toute attente, Samuel sourit. Pas ce sourire en coin qu’il utilise pour se moquer ou esquiver. Un vrai sourire. Franc. Amusé. Ça me déstabilise plus que s’il s’était énervé.
Il fait un pas vers moi. Puis un autre. Et sans que je m’en rende compte, l’espace entre nous disparaît presque entièrement, remplacé par une proximité brutale, inattendue, qui me coupe le souffle plus sûrement que n’importe quelle attaque. Je sens mon cœur accélérer, trop vite, trop fort, comme s’il cherchait à compenser quelque chose que je ne contrôle plus.
- T’es sérieuse là ? murmure-t-il, la voix basse, presque chaude.
Je soutiens son regard, malgré la tension qui s’accumule dans mon ventre.
- Totalement.
Il laisse échapper un souffle, qui ressemble à un rire retenu, et pendant une fraction de seconde, je crois qu’il va répondre, argumenter, insister. Sans prévenir, il lève la main et m’envoie une légère pichenette sur le front. Le geste est bref. Presque anodin. Et pourtant, il me traverse comme une décharge.
- T’es vraiment nulle pour cacher quand t’es jalouse.
Je cligne des yeux, déstabilisée, incapable de réagir immédiatement.
- Je suis pas jalouse, je proteste, un peu trop vite.
- Bien sûr que non, répond-il avec un sourire en coin, clairement pas dupe.
Il se penche légèrement vers moi, réduisant encore la distance déjà inexistante, et sa voix glisse presque contre moi lorsqu’il ajoute, plus doucement :
- T’as pas à l’être.
Mon cœur rate un battement. Un vrai. Net. Comme une suspension brutale dans le temps.
Il se redresse aussitôt, comme si rien ne venait de se passer, comme si cet instant n’avait été qu’une parenthèse insignifiante qu’il pouvait refermer à sa guise. Il recule. Reprend cette distance qu’il vient lui-même de briser.
- Viens, lâche-t-il simplement. On va finir par louper le dîner.
Et il s’éloigne sans se retourner. Comme si tout ça n’avait aucune importance. Comme si moi, je pouvais simplement reprendre ma respiration et avancer comme si de rien n’était.
Je reste là une seconde de trop. Le front encore chaud de son geste. Le souffle court. Et cette sensation troublante, persistante, qui s’accroche à moi avec une douceur presque dangereuse. Comme un feu que je n’arrive plus vraiment à éteindre.

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