Partie 55

14 minutes de lecture

Le dîner s’est étiré comme une épreuve une épreuve dont je ne voyais pas la fin. Une succession de minutes trop longues, trop bruyantes, trop lourdes. J’avais l’impression d’être coincée dans une scène qui ne m’appartenait pas, assise entre Eishen et June comme une figurante dans ma propre vie. Incapable de trouver ma place, incapable surtout de contrôler ce qui se jouait en moi.

Les voix formaient un brouhaha constant. Mélange de rires, de discussions animées, de couverts qui s’entrechoquent. June, à ma droite, n’avait cessé de parler. Avec douceur, avec enthousiasme. Avec cette gentillesse désarmante qui aurait dû me rassurer… mais qui n’a fait que m’irriter profondément.

Elle avait cette façon de se pencher légèrement vers moi quand elle parlait, de soutenir mon regard avec une attention sincère, comme si chaque mot que je pouvais prononcer avait de l’importance. Elle nous a raconté son arrivée ici, ses premiers jours, ses doutes, son adaptation. Elle a évoqué ses cours préférés, les enseignants, les autres pensionnaires. Quelques anecdotes, des rires légers.

Et moi… je hochais la tête. Je répondais quand il le fallait. Je prétendais. Mais au fond, je n’écoutais qu’à moitié. Parce que, malgré moi, malgré tous mes efforts pour l’ignorer, mon attention revenait sans cesse vers Samuel. Assis en face. Trop proche, et pourtant si loin.

Il a essayé. J’ai senti son regard accroché au mien, insistant, presque brûlant. Comme s’il attendait quelque chose. Une réaction. Un signe. N’importe quoi. Mais je l’ai évité. J’ai baissé les yeux. Je me suis réfugiée dans les paroles de June, dans les questions d’Eishen, dans mon assiette que je remuais sans vraiment manger. Tout plutôt que d’affronter ce regard-là.

Alors, au bout d’un moment, il a abandonné. Je l’ai vu détourner les yeux. Se tourner vers June. Répondre à ses questions. Lui sourire. Et ne plus la quitter du regard.

Et maintenant ? Maintenant, je peste contre ma propre personne, la tête enfouie dans l’oreiller de mon lit. Pathétique.

Un soupir m’échappe, étouffé par le tissu, tandis que la fatigue retombe d’un coup sur mes épaules, lourde, écrasante. Mon corps s’enfonce dans le matelas, comme s’il cherchait à disparaitre, à se dissoudre dans ce confort trop doux pour être honnête.

Un petit rire me tire de mes pensées. Je tourne légèrement la tête. Nao est installé dans le canapé, une jambe repliée, m’observant avec cet air amusé qui commence sérieusement à m’agacer.

  • Quoi ? je marmonne, la voix étouffée.

Il hausse les épaules, un sourire en coin accroché sur les lèvres.

  • Rien. C’est juste… intéressant.

Je grogne et roule sur le dos, fixant le plafond avec lassitude.

  • Pourquoi j’ai réagi comme ça ?

La question m’échappe sans que je ne cherche à la retenir. Elle flotte dans l’air, fragile, presque honteuse. Nao ne répond pas tout de suite. Je sens son regard glisser sur moi, peser, analyser.

  • J’aurais bien mis ça sur le dos de Samuel, commence-t-il finalement. Mais on sait tous les deux que ce n’est plus trop le cas. N’est-ce pas ?

Je ferme les yeux un instant. Je pourrais nier. Balayer ça d’un revers de main. Trouver une excuse, encore une. Mais quelque chose en moi… fatigue. Alors je me redresse lentement, m’adossant contre la tête de lit, et je laisse échapper un long soupir.

  • Honnêtement… je n’en sais rien.

Ma voix est plus basse que je ne l’aurais voulu. Plus fragile aussi. Je passe une main dans mes cheveux, le regard perdu dans le vide.

  • Je n’arrive même plus à retracer l’évolution de tout ça.

Et c’est vrai. Tout est flou. Désordonné. Comme si mes émotions s’étaient emmêlées les unes aux autres sans que je puisse en démêler les fils.

Le sourire de Nao s’élargit légèrement. Il se lève, s’approche, puis viens s’asseoir à côté de moi. Assez près pour que je sente sa présence sans qu’elle soit envahissante.

  • Oh que si, tu sais très bien, murmure-t-il.

Je ne tourne pas la tête vers lui. Je n’ai pas besoin de le regarder pour savoir qu’il me fixe.

  • Mais tu refuses juste de l’accepter. Alors, laisse-moi le dire à ta place.

Un silence s’installe. Je ne proteste pas. Je reste immobile. Interdite. Incapable de prononcer le moindre mot.

  • Au début de l’année… ce que tu ressentais, ce n’était pas vraiment toi. C’était un accident. Un dérapage. Samuel ne contrôlait pas son pouvoir, et t’as été entrainée là-dedans sans avoir ton mot à dire.

Ses mots sont calmes. Posés. Presque doux. Mais chacun d’eux trouve sa place.

  • Quand il s’en est rendu compte, il a pris ses distances. Pas juste pour se débarrasser du problème… mais surtout pour te protéger. T’éloigner de ce monde-là.
  • On voit ce que ça a donné… je lâche avec un rire amer.

Nao ne s’arrête pas.

  • Quand tu es arrivée au pensionnat, tu as commencé à comprendre. A voir clair. L’emprise s’est dissipée, petit à petit. Tu avais d’autres choses à gérer. Plus urgentes. Plus réelles.

Le visage de Ronan s’impose à moi sans prévenir, et mon cœur se serre douloureusement. Je détourne les yeux.

  • Et quand tu as revu Samuel à Bétalène… reprend Nao, tu n’étais plus sous influence. Tu étais en colère. Tu lui en voulais. Mais ce n’était plus… artificiel.

Une larme glisse sur ma joue sans que je m’en rende compte. Nao passe doucement un bras autour de mes épaules et m’attire contre lui.

  • Aujourd’hui, continue-t-il, la voix plus basse, tu as douté de toi.

Je ferme les yeux, laissant ma tête reposer contre lui.

  • Quand tu as vu June avec lui, tu as vu une menace. Une possibilité. Mais Alexia… ouvre les yeux.

Les larmes inondent mes joues sans que je puisse les retenir. Je suis incapable de bouger. Incapable de répondre. De me défendre. De nier.

  • Samuel a passé des mois à te chercher. Il a tout risqué pour toi. Il aurait pu disparaitre, tourner la page. Mais il ne l’a pas fait.

Mes doigts se crispent dans le tissu de son pull.

  • Et quand il t’a retrouvée… quand il a vu que tu étais vivante, que t’allais bien… il est resté.

Un silence lourd s’installe.

  • Dis-moi, Alexia. Dis-moi pourquoi il est le seul à savoir t’aider quand ton pouvoir dérape ? Pourquoi il a décidé de te suivre au bout du monde en apprenant que ta vie était menacée ? Pourquoi il reste constamment à tes côtés s’il sait que tu éprouves des sentiments plus ou moins factices pour lui ?

Ma respiration se bloque au fond de ma gorge. Parce que je sais, au fond. Nao resserre doucement son étreinte, puis relâche la pression.

  • Tu lui en veux pour ce qu’il t’a fait ressentir au début, murmure-t-il. Mais ça… c’est fini.

Je rouvre lentement les yeux.

  • Ce que tu ressens maintenant, ça t’appartient.

Un petit rire m’échappe, tremblant, entre deux sanglots. J’essuie mes joues d’un revers de manche, incapable de soutenir le poids de tout ça plus longtemps. Nao me serre une dernière fois contre lui, puis se redresse.

  • Maintenant, va dormir, dit-il simplement, avec un petit sourire.

Il se lève sans attendre ma réponse et retourne s’installer sur le canapé. Je m’allonge dans les draps propres du lit. Les yeux grands ouverts, j’observe les lumières tamisées du Cerbère qui se reflètent sur le plafond pâle de la chambre. Peu à peu, mon corps cède à l’épuisement. Mes paupières me paraissent plus lourdes. Les ombres du plafond se brouillent.

Et quelque part, entre deux respirations, je sombre finalement dans le sommeil.

Quand j’ouvre les yeux le lendemain matin, une lumière chaude travers déjà les rideaux du Cerbère.

  • T’as une sale tête, marmonne Nao d’une voix ensommeillée.
  • Merci, je ricane en m’étirant. Toi aussi.

Le réfectoire est déjà bien rempli quand nous y entrons. Une rumeur constante flotte dans l’air, mélange de conversation étouffées, de rires, de chaises qu’on déplace dans un vacarme chaleureux. Ici, les gens parlent fort. Ils sourient. Certains révisent en mangeant, d’autres débattent avec animation autour de livres ouverts. Une fille traverse la salle en courant pour récupérer un muffin avant qu’un garçon ne le lui vole sous le nez.

Et au milieu de tout ça… Samuel.

Mon regard le trouve immédiatement, comme s’il avait toujours été destiné à revenir vers lui, peu importe le nombre de personne qui nous entourent. Il est assis avec Eishen, les épaules légèrement affaissés contre le dossier de sa chaise, une tasse fumante entre les mains. Et à côté de lui, June parle avec enthousiasme, les bras agités dans tous les sens pendant qu’il écoute avec un sourire fatigué mais sincère.

Mon cœur se serre aussitôt.

C’est idiot. Ridicule, même. Et pourtant, la sensation est bien là. Brutale. Désagréable. Comme une petite lame qui s’enfonce lentement sous mes côtes. Je déteste ça. Je déteste réagir ainsi, surtout après Ronan. L’image de son visage me traverse brusquement. Son regard dans ma chambre. Ses bras autour de moi. Sa voix douce quand il m’a dit qu’il m’attendrait.

La culpabilité de frappe si fort que j’en ai mal au ventre. Et malgré ça… malgré tout ça… mes yeux reviennent encore vers Samuel.

Une colère sourde se met à remuer dans ma poitrine. Contre lui. Contre moi. Contre cette situation entière qui me donne l’impression d’être constamment écartelée entre deux vies, deux versions de moi-même qui refusent de coexister. Je voudrais réussir à faire taire tout ça, à vider mon esprit une bonne fois pour toutes. Mais à chaque fois que j’essaye de repousser Samuel de mon esprit… c’est Ronan qui revient.

Ronan qui m’attend.

Ronan qui m’a regardée partir sans essayer de me retenir.

Ronan qui m’a aimée avec une douceur que je ne mérite peut-être même pas.

Mon estomac se tord douloureusement. Qu’est-ce que je suis en train de faire ?

Je détourne brusquement les yeux de Samuel, comme si ça pouvait suffire à remettre un peu d’ordre dans ma tête. Comme si regarder ailleurs allait empêcher mon cœur de battre stupidement trop vite dès qu’il sourit ou qu’il relève les yeux vers moi.

C’est absurde.

Nao a beau prétendre que mes sentiments sont réels désormais, ça ne change rien au problème. Samuel reste celui qui a bouleversé ma vie. Celui qui a mis le feu à mes émotions avant de disparaitre. Celui qui continue à occuper tout l’espace malgré les dangers, malgré la peur, malgré les morts qui nous frôlent depuis des mois.

Et lui… lui semble déjà capable de rire avec une autre fille dans un réfectoire américain comme si le monde n’était pas au bord de l’effondrement.

Une pointe amère me brûle la gorge.

Très bien.

S’il peut avancer, alors moi aussi. Je ferme brièvement les yeux, inspirant lentement pour calmer le chaos qui cogne dans ma poitrine, puis je me fais une promesse silencieuse, presque douloureuse dans sa simplicité.

Je vais survivre à tout ça.

Aux Sœurs.

Aux secrets.

A Samuel.

Et quand tout sera terminé, je rentrerai auprès de Ronan. Je lui rendrai justice. Même si pour ça, je dois apprendre à arracher Samuel de mon cœur, morceau par morceau.

  • Ça a l’air compliqué dans ta tête, marmonne Nao, ou plutôt… Noah, en suivant mon regard.

Je lui lance un regard noir.

  • Tais-toi.

Un sourire amusé étire ses lèvres, mais il obéit. June nous aperçoit presque immédiatement. Son visage s’éclaire d’un enthousiasme si franc qu’il en devient presque agressif.

  • Alexia !

Elle se lève aussitôt et nous fait signe de la rejoindre. Et quand Samuel tourne finalement la tête dans notre direction, toutes mes belles résolutions vacillent immédiatement. Son regard s’accroche au mien une fraction de seconde. Une seule. Mais c’est suffisant pour que mon ventre se noue stupidement.

Je déteste ça.

Je déteste la facilité avec laquelle il arrive encore à provoquer ce genre de réactions chez moi, comme si mon corps refusait obstinément d’écouter ma raison. Comme si une partie de moi cherchait encore sa présence avant même que j’en prenne conscience.

Alors je pense à Ronan. Je m’accroche au souvenir de sa main dans la mienne. A sa voix basse dans la bibliothèque. A la manière dont il m’a regardée, ce soir-là, sans colère, sans exigence, avec cette tendresse presque insupportable qui me donnait envie de pleurer.

Ronan, lui, ne m’a jamais forcée à ressentir quoi que ce soit.

Il a simplement été là. Patient. Constant.

Samuel remarque Noah. Et son expression change immédiatement. Subtilement. Mais suffisamment pour que je le remarque. Son regard s’attarde un peu trop longtemps sur lui. Sur sa posture décontractée, sur la proximité naturelle qu’il affiche déjà avec moi.

Une tension discrète traverse ses traits.

Ah.

Donc lui aussi.

Nous nous installons autour de la table, et June reprend aussitôt la parole avec une énergie presque effrayante pour quelqu’un d’aussi matinal.

  • Maintenant que vous êtes tous remis du décalage horaire, vous allez commencer votre apprentissage, annonce-t-elle avec un sourire. Au Cerbère, nous ne formons pas des monsieur-tout-le-monde, mais des hybrides spécialisés dans des domaines qui les passionnent réellement.

Elle attrape sa fourchette comme si elle s’apprêtait à donner une conférence entière.

  • Histoire et théologie, Science et Alchimie, Combat et Stratégie, Politique et économie… Ici, on ne suit pas juste un emploi du temps classique du style « maths à huit heures, littérature à neuf ». C’est un vrai enseignement à long terme, avec des spécialisations, des examens, des rites de passage…

Elle grimace légèrement.

  • Bon, je pense que pour vous, les examens seront probablement allégés vu les circonstances mais… voilà.

Autour de nous, plusieurs élèves passent d’une table à l’autre avec des dossiers sous le bras. Certains portent déjà des tenues d’entrainement. D’autres débattent passionnément autour de cartes étalées sur une table. Le Cerbère ressemble moins à un pensionnat qu’à une immense ruche en mouvement permanent.

  • Aujourd’hui, continue June, vous devrez choisir deux domaines principaux. Moi, je suis en Histoire et Théologie, et en Science et Alchimie.

Eishen relève immédiatement la tête.

  • Alchimie ? répète-t-il avec intérêt.
  • Ouais ! répond-elle avec enthousiasme. C’est un mélange de chimie, médecine et manipulation de mana. Franchement, c’est génial.

Samuel laisse échapper un petit rire.

  • Putain… même vos cours ont l’air compliqué ici.

June sourit davantage.

  • Les cours ont lieu de quatorze à dix-huit heures. Et si vous prenez Combat et Stratégie, il faut venir quinze minutes en avance pour les échauffements.

Elle finit son jus de fruit avant de reprendre :

  • Les inscriptions se font au premier étage, couloir de droite, cinquième porte à gauche. Vous ne pouvez pas vous tromper, il y a un énorme ficus devant la salle.

Puis elle se lève brusquement en récupérant son plateau.

  • Je dois filer, désolé. On se retrouve au jardin à onze heure !

Et avant même qu’on ait le temps de répondre, elle disparait déjà dans le flot d’élèves. Un silence retombe autour de la table. Samuel repose lentement sa tasse sans quitter Noah des yeux.

Merde.

Je reconnais ce regard-là. Celui qu’il a quand quelque chose cloche.

  • Bon, il ne nous reste plus qu’à trouver le bureau des inscriptions, remarque Eishen pour détendre l’atmosphère. Je ne sais pas vous, mais moi je n’ai rien compris à part chercher le ficus…
  • Noah doit pouvoir nous montrer le chemin, n’est-ce pas ? demande Samuel, la voix grondante. D’ailleurs, tu as pris quels cours ?
  • Science et Alchimie, et Combat et Stratégie, répond le garçon d’un ton incertain que seuls Eishen et moi avons remarqué. Et toi, que comptes-tu prendre ?
  • C’est dingue, c’est exactement les cours que je compte suivre…

Le sourire faussement enjoué de Samuel ne trompe personne.

  • Je pense qu’il vaut mieux se concentrer sur l’Histoire, intervient Eishen en lançant un coup d’œil au Bêta. Si nous nous penchons sur le passé, nous trouverons peut-être une faille à exploiter contre les Sœurs.
  • Eishen a raison. Je pense qu’il serait plus raisonnable de rester tous ensemble.

Un silence s’installe. Samuel se redresse sur sa chaise et renifle avec dédain.

  • Vous comptez me berner encore longtemps tous les trois ?

Sa voix claque sèchement au milieu du brouhaha du réfectoire.

  • De… de quoi tu parles ?
  • De votre petite histoire à la con ! s’emporte-t-il en poussant son plateau d’un geste brusque. Vous pensiez vraiment que j’allais avaler vos putains de mensonges ?

Plusieurs élèves tournent la tête vers nous avant de reprendre leurs conversations. Pendant de longues secondes interminables, personne n’ose parler. Puis, Samuel reprend, le regard fixé sur Nao.

  • Primo : tu articules beaucoup trop pour un américain. Deuxio : Alexia et toi êtes beaucoup trop proches pour deux personnes qui viennent de se rencontrer. Je la connais. Je sais combien de temps il lui faut avant d’être à l’aise avec quelqu’un.

Mon cœur rate un battement.

  • Tertio : tu n’as pas bronché quand Eishen a mentionné les Sœurs originelles, comme si t’étais déjà au courant. Or à part nous trois, il n’y a que deux autres personnes à savoir de quoi il s’agit. Suwan, et le conseiller Farwell.

Il se penche légèrement vers lui.

  • Et pour finir, June a vérifié les registres du Cerbère ce matin.

Son regard se durci.

  • T’existes nulle part.

Merde.

Je vois Eishen se raidir à côté de moi. Nao ouvre la bouche pour se défendre.

  • Samuel, je…
  • Laisse tomber Nao.

Ma voix coupe nette la sienne. Je relève les yeux vers Samuel.

  • De toute évidence, un autre mensonge ne passera pas.

Le regard de Samuel glisse vers moi immédiatement. Nao pousse un soupir avant de laisser sa peau onduler lentement sous cette matière noire visqueuse que je commence à reconnaitre. Samuel reste complètement abasourdi.

  • Nao était ici sous couverture, j’explique rapidement avant qu’il ne puisse exploser. Suwan pensait que les Sœurs originelles finiraient par apprendre tous les détails de notre transfert. Il voulait quelqu’un de plus pour surveiller le Cerbère. Quelqu’un capable de se fondre dans la masse.

Je mens avec une facilité qui me donne presque envie de vomir.

  • Eishen nous a surpris hier soir. On l’a mis au courant pour éviter qu’il fasse exactement ce que tu viens de faire.

Samuel reste silencieux. Sa bouche s’entrouvre. Puis se referme. Il a l’air perdu.

  • Pourquoi toi ? demande-t-il finalement à Nao.
  • Parce que Suwan me fait confiance, répond celui-ci avec calme. J’ai aidé Alexia dès son arrivée au pensionnat. Le seul à être là quand Evelyne a essayé de lui refaire le portrait dans l’Arène.

Samuel baisse la tête. Toute sa colère semble retomber d’un coup.

  • Je suis désolé, murmure-t-il finalement. J’ai juste pensé que…

Son regard remonte vers moi, et quelque chose passe dans ses yeux.

  • Rien. Laissez tomber.

Il récupère son plateau sans un bruit.

  • On va finir par être en retard.

Et il quitte la table sans nous attendre. Je le regarde disparaitre dans le couloir avec une étrange sensation dans la poitrine. Comme si quelque chose venait de m’échapper sans que je comprenne quoi.

  • Ouf, souffle Eishen après quelques secondes. Espérons juste qu’il ne parle pas de tout ça à Suwan.
  • Je ne te savais pas aussi douée pour mentir, glisse Nao avec un sourire en coin.

Je reste silencieuse un moment. J’ai appris du meilleur…

  • Je crois que j’ai trouvé le moyen d’obtenir les réponses qu’on cherche.

Nao fronce les sourcils. Un petit sourire s’étire sur mes lèvres.

  • Tromper Samuel, c’est une chose. Mais nous… on va faire encore mieux.

Eishen et Nao échangent un regard méfiant.

  • Qu’est-ce que t’as en tête ? demandent-ils en même temps.

Je m’adosse lentement à ma chaise. Et malgré la peur qui continue de me ronger depuis des jours, malgré les secrets, malgré le danger, je sens une étrange détermination grandir en moi.

  • Nous allons faire encore plus fort, je souffle avec un sourire. Nous, nous allons duper le maitre de la manipulation. Nous allons tromper Suwan !

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